III. — ACTION DE LA QUINIDINE SUR LA CONTRACTIBILITÉ
(Action inotrope négative).
1 Preuve de cette action inotrope négative.
A, — Diminution de la hauteur des tracés mécaniques sous l'influence de l'injection intraveineuse de quinidine. Nous avons toujours trouvé cette action plus précoce et plus accentuée au niveau de l'oreillette qu’au niveau du ventricule.
B. — Aspect péristaltique de la contraction cardiaque (Arrillaga, Guglielmetti et Waldorp). — Au lieu que le cœur se contracte en masse on voit la contracüon se propager successivement dans les différentes parties du muscle.
C. — Action sur la tonicité du myocarde. — La tonicité est le pouvoir que possède le muscle cardiaque de s'opposer à la dilatation de ses cavités.
Hoffmann avait noté que sous l'influence de la quinidine la paroi de l'oreillette devient œdémateuse et s'étale; cet effet étant proportionnel à la quantité de quinidine.
Pour notre compte, lorsque nous avons produit l’arrêt
du cœur, avec une dose toxique de quinidine, nous
avons vu le phénomène se produire de la façon suivante : les contractions devenaient vermiculaires, et le cœur s'étalait, se détendaif, donnant l'impression de devenir absolument mou et flasque ; c'était un aspect de tous points inverse de celui qu’on observe lors de l'arrêt du cœur par des substances excitatrices de l'organe, comme l'ouabaïne, par exemple : le cœur est alors rigide et
conirac:uré.
2° Conséquences de cette action inotrope négative.
La quinidine, diminuant la capacité qu’a le myocarde de réagir à l'excitation par une contraction énergique, entraine par cela même une diminution de l’ampleur des contraciions et par suite une diminution du travail utile du cœur, proportionnelle à la dose d’alcaloïde injeciée. Cette diminution de l'ampleur des contractions joinie au ralentissement du rythme constitue ce qu’on peut appeler l'effet dépresseur global de la quinidine sur le myocarde, élément essentiel de son action physiologique. Cet effet dépresseur, nous le savons, a été observé par tous les auteurs qui ont étudié expérimentalement cet alcaloïde,.
Pour Hoffmann, il consiste uniquement en une diminution de l’ampleur des contractions, sans action sur la fréquence.
Pour Santesson au contraire, l’effet sur la fréquence, on l’a vu, esi plus marqué que l'effet sur l'ampleur des contractions.
Enfin pour Arrillaga, Guglielmetti et Waidorp, pour Lewis, les deux effe's ont une importance égale.
Pour notre part, nous avons toujours constaté, dans nos expériences sur le chien, à la suite d’injections intraveineuses de sulfate de quinidine, que le ralentissement du rythme et la diminution d'ampleur des contractions marchaient de pair. Nous nous sommes efforcés tout particulièrement de déterminer l'importance de cet effet dépresseur en proportion des doses injectées et du fractionnement de ces doses, Voici les faitsque nous avons constatés, .
4° À la dose de 2 centigrammes par kilogramme injectés d'emblée, nous avons observé, soit l’arrèt du cœur en diastole (expér. I) soit le ralentissement avec diminution de l'amplitude des contractions sans arrêt du cœur (expér. XIV). Dans l'expérience XXV, une première injection de {1 centigramme par kilogramme avait produit un effet tonique (v. plus loin p. 209), une 2° injection de 1 centigramme par kilogramme portant la dose totale à 2 centigrammes, provoqua le ralentissement el l’affaiblissement des contractions; une 3° injection de la même dose (soit une dose totale de 3 centigr. qar kilogr,) accentua cet effet, mais n’amèna par l'arrêt du cœur.
2° À la dose de 1 centigr. 1/2 par kilogramme nous avons obtenu : soit la paralysie progressive du cœur avec arrêt en diastole (expér. IT), soit le ralentissement et l’affaiblissement sans arrêt du cœur (expér. III. où celte dose fut injectée en deux fois à vingt minutes d'’intervalle, et expér. XX VI où elle fut injectée d'emblée).
3° À la dose de 1 centigramme par kilogramme nous avons obtenu constamment un effet dépresseur marqué
sur le myocarde, dans les expériences XXIV, IV, VI, VIT. Cet effet a subi une augmentation nette lorsqu'on a répété l'injection (expér. XXIV).
L'effet dépresseur de la quinidine sur le myocarde est donc constant. IL apparaît chez le chien, en injection intraveineuse à partir de la dose de 1 centigramme par kilogramme. Son intensité subit de larges variations individuelles, puisqu'on peut provoquer la paralysie complète avec { centigr. 1/2 par kilogramme ou au contraire ne pas provoquer d'arrêt du cœur avec 2 centigrammes. Mais son intensité dépend surtout d’un fait très important, de la valeur de la dose initiale : alors qu'une dose initiale de 1 centigr. 1/2 par kilogramme peut provoquer l’arrèt du cœur, en revanche il est frappant de voir qu'il se produit une accoutumance rapide du cœur à l’alcaloïde, si bien qu’en fractionnant les doses, on peut arriver à la dose de 3 centigrammes par kilogramme sans provoquer l’arrèt du cœur ni même une accentuation notable de l’état de dépression du myocarde. Nous croyons que dans ces conditions, on peut augmenter la dose de l’alcaloïde. C’est là un phénomène de tachyphylaxie, bien connu par ailleurs et que nous nous sommes bornés à vérifier en
ce qui concerne l’action physiologique dela quinidine.