I. — ACTION DE LA QUINIDINE SUR L'APPAREIL INHIBITEUR
(nerf vague).
La quinidine a une action paralysante plus marquée encore que celle de la quinine-sur l’excitabilité
du vague.
1° Preuves de l’action paralysante de la quinidine
sur le vague.
a) Effets de l'excitation élecirique du nerf avant et après la quinidine.
Tant sur la grenouille que sur le chien, la quinidine en injection intraveineuse empèche l’arrè; du cœur par excitation du vague (Arrillaga, Guglielmettiet Waldorp); de plus elle neutralise l'effet de l'excitation du vague sur la conductibilité auriculoventriculaire, effet qui consisie en une diminution de cette conductibilité (Lewis).
Nos expériences nous ont conduit aux mêmes conciusions (voir expér. I, IL III VIE, XXV, XXVI). Dans tous les cas où nous l'avons recherché et dès l'emploi d'une dose de 1 centigramme par kilogramme, nous avons vu que, après une injection intraveineuse de quinidine, chez le chien, on n'obtenait plus l'arrêt du cœur par excitation faradique du vague.
Si l'on se souvient des résultats correspondants obte-
ñus avec la quinine, on remarquera qu'ils diffèrent jusqu'à un certain point. Nous y reviendrons plus loin, quand nous comparerons les deux alcaloïdes.
b) Effets de l'injection de quinidine sur certaines arythmies d'ordre toxique : arythmie causée par la nicotine (expér. IV, VI, XXV) et l'ouabaine (expér. XII, ANSECXNT).
Nous avons vu plus haut (p. 147 et 176), que l’arrèt du cœur et la fibrillation auriculaire qui constituent la première phase de l’action de la nicotine, ainsi que l’arythmie extrasystolique provoquée par l’ouabaïne, sont la conséquence de l'excitation du vague par ces toxiques. Or, tous ces troubles du rythme sont supprimés par la quinidine (voir les expér. XII, XV, XX, et les expér. XXI, XXIII et XXIX où nous avons fait agir
successivement l’ouabaïne, l’atropine et la quinidine).
2° Caractères de l'action paralysante de la quinidine
sur le vague.
Lewis les a précisés. D’après l’auteur anglais, l’action de la quinidine sur les vagues précède son action sur le myocarde. Elle est immédiate, après une injection intraveineuse. Elle se produit chez le chien avec des doses de quinidine variant de un centigr. à un centigr. 1/2 par kilog, correspondant d’après Lewis à une dose de 0 gr. 25 à 0 gr. 50 chez l'homme de poids moyen. L’action sur le myocarde au contraire ne se produit que quelques minutes après, et nécessite des doses plus fortes pour apparaître : aux doses indiquées ci-dessus,
les modifications du rythme cardiaque qu'on peut observer sont dues à la diminution d’excitabilité de l’appareil inhibiteur. D'autre part, d'après Lewis, la paralysie des vagues reste le plus souvent partielle et elle entraîne “plutôt une atténuation de la conductibilité auriculoventriculaire qu’un ralentissement du rythme sinusal. Enfin, tout en apparaissant avant l’effet direct sur le myocarde, elle persiste aussi longtemps que ce dernier.
Nos propres expériences confirment dans l’ensemble les conclusions de Lewis. Toutes lès fois que nous ‘avons recherché les effets de la quinidine sur l'excitabilité faradique des inhibiteurs, nous avons constaté que ceux-ci devenaient inexcitables dès le début de l'injection intraveineuse (Expér. L IL III, XXV, XXVI, VI. D'autre part, l’inexcitabilité, tout au moins incomplète, s'observait aux doses les plus faibles que nous ayons employées, à des doses qui, dans plusieurs cas, ne produisaient pas l'effet dépresseur habituel sur la contractilité du myocarde. Dans les expériences XXV, XXVI et VI, nous avons obtenu l'inexcitabilité totale avec 1 centigramme d’alcaloïde par kilogramme ; dans l'expérience IL dès l'injection de 3/: de centigramme,
3° Conséquences de l’action paraly'sante de la quinidine
sur le vague,
L’excitation du vague ralentit les battements du cœur et diminue la conductibilité auriculoventriculaire. Sa paralysie par la quinidine entraînera donc les effets suivants :
a) Accélération du rythme cardiaque
avec augmentation de l'amplitude des contractions.
Nous avons vu que l'effet paralysant sur le vague apparait dès le début de l’action de la quinidine, avant que celle-ci n’influe sur le myocarde ; d'autre part, le sympathique, comme nous le verrons, est beaucoup moins atteint par l’alcaloïde ; aussi voit-on apparaître fréquemment, au début de son action physiologique, un effet tonique caractérisé par l'accélération du rythme avec augmentation de l’amplitude des contractions ; en effet, l'influence des accélérateurs n’est plus balancée par celle des inhibiteurs, et devient prépondérante. Cet effet tonique a été signalé par Lewis ; il a été observé également par Arrillaga, Guglielmetti et Waldorp.
Le graphique n° 7 de leur monographie présente un début de tracé caractéristique de ce dernier, après injection intraveineuse de 1/2 milligramme de quinidine chez une grenouille. De mème, chez le chien, les auteurs argentins signalent dans les premiers moments l’augmentation de la fréquence allant jusqu’à 190-200, et l'augmentation de l'énergie systolique. Lewis d'autre part a constaté que chez les malades l'injection de quinidine est fréquemment suivie d’une action tonique sur le ventricule : les battements cardiaques s’accélèrent et s’amplifient.
Nous avons, dans un certain nombre de nos expériences, observé cet effet tonique de la quinidine. Nous ren-
voyons sur ce point le lecteur à quatre de nos expérien- Deschamps 14
ces : II, IT, XIV et XXV. Dans l'expérience If, nous
l'avons provoqué avec 2/3 de centigramme par kilogramme; dans l'expérience IIL, avec 3/4 de centigramme par kilogramme; dans l’expérience XX V elle a été très marquée avec une injection d'emblée de 1 centigramme par kilogramme ; dans l'expérience XIV enfin, nous l'avons observé avec 2 centigrammes par kilogramme. On voit que ses modalités d'apparition sont variables. Mais dans tous les cas où elle est apparue, nous l'avons observé dès la première injection de qüinidine, comme premier effet physiologique de l’alcaloïde, et elle a disparu dès que nous avons injecté une nouvelle dose, pour faire place à l'effet dépressif sur la contraction cardiaque, qui est ici; comme pour la quinine, le point essentiel de l’action physiologique.
Enfin dans les quatre cas où nous avons observé cet effet tonique, nous l'avons vu coexister avec une inexcitabilité complète du vague au courant faradique ; nous reviendrons plus loin sur ce fait.
b) Tendance à l'augmentation de la conductibilité
auriculo-ventriculaire.
D'après Lewis, une autre conséquence de la paralysie du vague par la quinidine est la suivante : l’excitation du vague diminuant la conductibilité auriculoventriculaire, sa paralysie entraîne une augmentation de celle-ci, et par conséquent s'oppose jusqu'à un certain
point à l’action propre de l’alcaloïde sur le myocarde
qui tend à la diminuer ; aussi, selon que l’action sur le vague ou l’action sur le myocarde sera prépondérante, les effets de la quinidine sur la conductibilité auriculoventriculaire seront différents.
c) Tendance à la diminution de la conduction
intra-auriculaire.
D'après Lewis, l’excitation du vague, qui diminue la conduction auriculoventriculaire, a des effets contraires sur la conduction intra-auriculaire : elle augmente celleci, et tend à supprimer les blocages intra-auriculaires. Il s'ensuit que la paralysie du nerf, sous l'influence de la quinidine, diminue cette conduction intra-auriculaire, tend à favoriser les blocages intra-auriculaires, et s'ajoute à l’action directe de l’alcaloïde sur la conduction des excitations dans les fibres musculaires des oreillettes.
On voit la complexité de tous ces phénomènes. Leur analyse minutieuse est importante, car, comme nous le verrons tout à l'heure chacun joue son rôle dans le mécanisme de l’action de la quinidine sur la fibrillation
auriculaire,