‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 40 sur 106 · COMPARAISON DE LA QUININE ET DE LA QUINIDINE · texte numérisé non relu

COMPARAISON DE LA QUININE ET DE LA QUINIDINE

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Après avoir étudié séparément l’action cardiovaseulaire de la quinine et celle de la quinidine, il nous faut maintenant comparer l’un à l’autre les deux alcaloïdes.

1° Comparaison des deux alcaloïdes au point de vue de la nature de leurs effets cardiovasculaires.

Sur ce point, tous les travaux parus concordent; la quinine et la quinidine ont, sur le cœur, les vaisseaux et la pression artérielle des effets qui, par leurs caractères, sont absolument identiques. Les deux alcaloïdes sont tous deux des modérateurs de toutes les fonctions du myocarde ; ils sont également tous deux des modérateurs de l’excitabilité du vague extra-et intracardiaque, et dans une faible mesure, de l’excitabilité des terminaisons intracardiaques du sympathique.

Ils ont les mêmes antagonismes. Ils produisent tous deux une hypertension d’origine cardiaque, avec une action vasculaire minime. Enfin, les faits observés avec l’une l’ont constamment été avec l’autre, lorsqu'on s’est

donné la peine de les rechercher.

D'où vient done la différence si grande, comme nous le verrons, de leur action thérapeutique ? C'est ici qu'intervient la notion de l'intensité comparative de

leurs effets sur le cœur.

2 Comparaison des deux alcaloïîdes au point de vue de l'intensité de leurs effets cardiovascu-

laires.

Sur ce point, les faits qui se dégagent des recherches récentes sont en désaccord complet avec les opinions

classiques.

S 1. — Opinions classiques.

D’après tous les travaux classiques la quinidine est à la fois moins toxique que son isomère et son action

sur le cœur est beaucoup moins marquée.

1° Zlle est moins toxique.

D'après Pouchet, la comparaison des toxicités des deux alcaloïdes est la suivante : 1 gr.50 de quinidine équivalent à 1 gramme de quinine. Il est vrai que pour Pouchet cette échelle comparative s'applique uniquement au paludisme ; il compare d’ailleurs les deux alealoïdes uniquement au point de vue de leurs effets sur cette dernière affection.

D'après Manquat, les effets généraux de la quinidine seraient les mêmes que ceux de la quinine, mais moins marqués.

Nombre d'auteurs (Manquat, Laborde et Simon, entre autres) admettent que la quinidine aurait un effet convulsivant que n’a pas la quinine, et qui l’apparenterait à la cinchonine.

Enfin Freudenberger qui a fait, à la fin du siècle dernier, une étude d'ensemble de la quinidine au point de vue de son action thérapeutique, conelut de ses recherches qu’elle a des effets absolument identiques à ceux de son isomère et qu'elle est susceptible exactement de la même utilisation.

2° Elle est moins active sur le cœur.

D'après Santesson, la quinine provoque l'arrêt du cœur à une dose où la quinidine ne fait que de le ralentir, et d'autre part la quinine est encore active à une dose où la quinidine ne l’est plus.

Pouchet admet également que les effets de la quinidine sur la circulation sont les mêmes que ceux de la quinine, mais moins marqués.

Pour Fredericq et Terroine, alors que l’effet de la quinine sur le cœur isolé commence à se faire sentir à une dilution de 0 gr. 01 p. 1000, il faut, pour que les premiers effets de la quinidine se fassent sentir, élever la concentration à À gramme p. 1.000. D'autre part, avec la quinine, l'arrêt du cœur est obtenu à la dilution de 1 gramme.p. 1000 alors qu'avec la quinidine, pour obtenir le même effet, il faut atteindre le chiffre de

k grammes p. 1000.

S 2. — Faits expérimentaux récemment observés.

Il ressort au contraire des expériences que nous avons été amené à faire, ainsi que de celles qui furent réalisées par Arrillaga, Guglielmetti et Waldorp, que les effets cardiaquesde la quinidine, sont beaucoup plus marqués que ceux de la quinine, et que la première est incomparablement plus active sur le cœur que la seconde. Les constatations expérimentales corroborent ainsi les résultats thérapeutiques.

Les physiologistes argentins ont recherché l’action comparative de la quinine et de la quinidine sur l’exeitabilité faradique de l'oreillette. Ils ont opéré sur 16 chiens, dont 9 reçurent une injection intraveineuse d'une solution de sulfate de quinidine à 1 */, et 7 une injection similaire d’une solution identique de sulfate de quinine. Ils ont constaté dans ces coñditions que la mort du chien par arrêt du cœur, survenait avec 5 centigrammes par kilogramme de sulfate de quinidine, au lieu qu'il fallait pour la provoquer, 6 centigrammes par kilogramme de quinine.

D'autre part, dès la dose de 7 centigramme par kilogramme de quinidine, l’excitabilité faradique de l’oreil: letie était diminuée de moitié; avec 2 centigramme par kilogramme l'inexcitabilité faradique était totale.

Au contraire, avec le sulfate de quinine il fallait 2 à 3 centigrammes par kilogramme pour ‘oblenir une

dépression sensible de l’excitabilité et même si l’on

atteignait la dose de 6 centigrammes par kilogramme,

on n arrivait pas à produire J'inexcitabilité totale.

Nos expériences sur l’action comparative des deux alcaloïdes, auxquelles nous renvoyons le lecteur (p- 58 et suiv.) nous ont conduit à des résultats tout à fait comparables. Nous avions dès le début été très frappéde voir qu'une dose de 1 centigr.1/2 à 2 centigrammes de quinidine injectée d'emblée, chez le chien, provoquait dans la règle l’arrèêt du cœur en diastole, alors que même avce 5 à 6 centigrammes de quinine par kilogramme le cœur ne s'arrête pas (voir expériences de Clerc et Pezzi). Nous avons voulu comparer systématiquement l’un à l’autre les deux alcaloïdes. Pour cela nous nous sommes servis, comme « réactif », pour ainsi dire, de la solution de nicotine à 1 p. 10.000 et nous avons recherché quelle était la dose minima de chacun des deux alcaloïdes, suffisante pour supprimer les effets de l’excitation du vague par la nicotine (arrêt du cœur et fibrillation auriculaire). |

Nous avons constaté les faits suivants (voir les expériences IV, VI. XXVI, XXVII, XXVIII, XXX).

4° La quinidine, dès la dose de 1 centigramme par kilogramme supprime constamment la fibrillation auri» culaire nicotinique.

2° La quinine, au contraire, à la dose de 1 centigramme par kilogramme n'agit dans aucun cas sur la fibrillation auriculaire nicotinique. À la dose de 2 centigrammes par kilogramme, elle empêche son apparition. On peut donc admettre que la quinidine a sur le

\ 0 a sur le rythme cardiaque un: aciüvité physiologique au moins double de celle de la quinine (1).

Comment donc s'expliquer que les résultats, qui ont

été obtenus dès qu’on s’est mis à comparer méthodiquement l’action cardiaque des deux alcaloïdes, soit si différents de l'opinion classique ? Nous ne pouvons que constater ce fait sans en donner d’explication satisfaisante.

Nous ferons remarquer toutefois que des expériences comparatives comme celles de Santesson ou de Fredericq et Terroine ont toutes été faites sur le cœur isolé ; or, il ressort de nos expériences que la quinidine,

par rapport à son isomère, semble avoir une action

1. Indépendamment même des recherches comparatives, il suffit de remarquer les doses de quinidine employées dans les expériences récentes de Boden et Neukirck sur le cœur isolé, et de Arrillaga, Guglielmetti et Waldorp et Lewis, sur le cœur in situ, ainsi que dans les nôtres, pour être frappé immédiatement, si on les compare aux doses de quinine employées dans les recherches correspondantes, par l’activité plus grande de la quinidine sur le cœur. On remarquera que les effets physiologiques dbtenus par Boden et Neukirck sur le cœur isolé l’ont été avec des doses de quinidine ne dépassant pas ///00.:000. De même Lewis a obtenu les résultats relatés par lui avec des doses moyennes de un centigr. par kilog. d'animal, chez le chien, en injection intraveineuse. Arrillaga, Guglielmetti et Waldorp ont employé en général chez le chien, en injection intraveineuse, des doses de 0 gr 10 de sulfate de quinidine, mais 1ls ne donnent pas le poids de leurs animaux d’expériences. Nous-mêmes, on l’a vu, avons obtenu la plupart de nos résultats avec des doses variant entre {/2 cent. et 1 cent. 1/2 de sulfate de quinidine par kilog. Enfin, Jackson, Friedlander et Lawrence ont employé des doses encore bien moindres, variant entre un milligr. et deux cent. 1j2 par kilog, chez le chien, en injection intraveineuse ; avec une dose de quinze milligr.,

chez un chien de 11 kilog., ils ont produit l’arrêt du cœur.

d'une intensité plus grande sur l’excitabilité faradique du vague : elle supprime celle-ci à des doses relitivement faibles (1/2 centigr., 3/4 de centigr. par kilogr.), alors qu'il faut de fortes doses de quinine (au moins 2 et même 3 centigr. par kilogr.), pour obtenir le mème résultat (voir nos expériences à ce sujet).

Par ailleurs, les propriétés physico-chimiques de la quinidine pourraient contribuer à expliquer que celle-ci, tout en ayant une action physiologique identique dans l’ensemble à celle de la quinine, soit plus active sur le cœur que cetie dernière. La quinidine, en effet, ne diffère pas seulement de la quinine parce qu’elle est dexirogyre au lieu d’être levogyre. Ses propriétés physiques et chimiques sont différentes. Elle est beaucoup plus soluble que son isomère dans l’eau distillée ; son sulfate ne donne pas comme celui-ci avec l’iode des cristaux d’iodosulfate ; sa solubilité n’est pas augmentée par adjonction d'urethane, ni d’antipyrine, ni d'acide sulfurique.

Il est donc possible que ce soit dans l'effet paralysant particulièrement intense exercé par la quinidine sur le vague, ainsi que dans sa constitution chimique ellemème et sa plus grande solubilité, que réside la cause de l’action si puissante qu'elle exerce sur les contractions cardiaques, et dont la réalité est démontrée aussi bien par les recherches expérimentales que par les

résultats thérapeutiques.

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