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Quelques auteurs, au cours du xrx° siècle, cherchèrent à utiliser la quinine comme sédatif du cœur.
C’est ainsi que Beletti aurait fait disparaître certaines crises d’angine de poitrine par la quinine. Briquet en conseillait l’usage dans les névroses cardiaques, la quinine exerçant d’après lui, une action modératrice sur les nerfs de cet organe. Alors que Traube ne l’associait à la digitale que comme amer, Cantani au contraire estimait que l'association des deux médicaments est capable de produire un effet nettement cardiotonique. Huchard, dans le traitement de Ia tachycardie paroxystique, des palpitations, du goître exophtalmique, préconisait l’usage, comme vasoconstricteur, de la quinine seule ou associée à la digitale. Lancereaux enfin la proposa pour combattre l’excitabilité cardiaque, et en fait usage dans des cas de palpitations, de tachycardie, de goître exophtalmique. Hayem, dans ses lecons de thérapeutique, admet que la quinine peut être employée comme un sédatif du cœur, en compagnie du bromure, du chloral, de la valériane.
Mais ce fut Wenckebach qui le premier fit un emploi systématique de ce corps comme médicament de l’arythmie complète. Celle-ci était considérée auparavant
par définition, comme inaccessible à toute thérapeutique ; c'était l « arythmie perpétuelle ». Or. Wenckebach eut l’occasion de rencontrer un malade, qui en prenant depuis un temps assez long, 1 gramme de quinine par jour, parvenait à supprimer l’arythmie dont il souffrait. Le travail de Wenckebach fut l’origine d’un certain nombre de recherches sur ce sujet, dont les principales sont celles de MM. Clere ei Pezzi en France, et celles de Hecht et de Winterberg en Autriche. Nous allons donc, en nous inspirant de celles-ci, nous efforcer de préciser les indications du médicament, son action pharmacodynamique, sa posologie, les accidents qu'il peut provoquer, et enfin, les résultats de cette thérapeutique.
S 1. — Indications de la médication quinique du cœur.
I, — FIBRILLATION AURICULAIRE ET TACHYSYSTOLIE AURICULAIRE
(« Flulter » des auteurs anglais).
La fibrillation et la tachysystolie sont les indications les plus formelles. Les corps de la série quinique sont en effet seuls capables de les supprimer et par conséquent de supprimer l’arythmie complète qui en est la conséquence.
La digitale n’agit pas directement sur elles, mais un de ses effets essentiels est d’en empècher la propagation au ventricule, par blocage partiel du faisceau de His.
1° Fibrillation. — Les résultats paraissent devoir être différents dans les cas de fibrillation invétérée ou dans les cas de fibrillation récente et paroxystique.
a) Fibrillation invétérée. — Les auteurs qui ont étudié la question s'accordent à dire que la quinine n’a, pour ainsi dire aucune action sur eux.
D'après Wenckebach, ce ne serait que tout à fait exceptionnellement que la quinine pourrait agir sur une fibrillation invétérée. IL en cite cependant un cas : il s agissait d'un malade qui faisait de temps en temps et depuis longtemps des crises d’arythmie avec hyposystolie. La digitale redonnait de la force à son cœur, mais n'arrêlait pas l’arythmie. Or, celle-ci fut supprimée, d'une façon transitoire d’ailleurs, par la quinine.
Hecht cite deux cas où il obtient, par injection intraveineuse, une régularisation du rythme au cours d’une fibrillation invétérée.
D'après Schrumpf, la quinine est incapable de supprimer une fibrillation invétérée et de rétablir un rythme auriculaire normal visible à l’électrocardiogramme. Mais elle pourrait dans certains cas, soit transformer la fibrillation en tachysystolie, soit faire appa raître un mélange des deux. D'autre part, en dimmuant la conductibilité du faisceau de His, elle pourrait, jusqu'à up certain point, ralentir et régulariser le rythme ventrieulaire. C’est ainsi que s’expliquerait la régularisation relative du pouls et l’amélioration subjective, très fugace d’ailleurs, qu'on pourrait observer dans certains cas de fibrillation invétérée.
b) Füibrillation récente et paroxyslique. — Dans les
cas de fibrillation récente, il semble qu'on obtienne des résultats un peu plus favorables (Clerc etPezzi). Schrumpf cite trois cas où il vit disparaître, électrocardiographiquement, la fibrillation, au bout de deux jours de traitement quinique. Wenckebach de même, dans un cas d’arythmie complète récente, avec un cœur suffisant, vit le rythme se régulariser. Mais l’arythmie reparut dès qu’on eut interrompu le traitement.
c) Comme préventif de la fibrillation, la quinine serait capable d'empêcher son apparition (Schrumpf). Il faudrait dans ce cas, la donner, associée à la quinine à haute dose, dès l'apparition des signes précurseurs.
2° Tachysystolie auriculaire paroxystique. — Celle-ci serait, dans certains cas, comme la fibrillation récente, influencée favorablement par la médication quinique. Dans un cas de tachysystolie, Wenckebach a vu la fréquence du rythme auriculaire se réduire de 180 à 50.