LIVRE PREMIER
On ne dit que deux mots sur l’origine et la cause de la petite vérole; mais il est remarquable qu’on assure que la haute antiquité ne l’a pas connue et quelle n’a commencé en Chine qu’au moyen âge , c’est-à-dire sous la dynastie des Tcheou, qui a commencé 1122 ans avant Jésus-Christ. Nous avons consulté plusieurs dissertations très-savantes et très-ennuyeuses sur la cause de la petite vérole; l’érudition y accumule bien des citations, tantôt pour reculer, tantôt pour avancer l’origine de ce redoutable fléau. Il y en a qui remontent mille ans plus haut que les autres ; quelques-uns conciliaient tout d’une manière assez vraisemblable, en distinguant le temps où la petite vérole a commencé du temps où elle est devenue redoutable. Tous les écrivains s’accordent à nommer lai-tou (virus du sein maternel ) , le virus empoisonné qui en est le premier germe. Mais quelle est la cause de ce virus? en quoi consiste-t-il? comment se transmet-il? pourquoi est-il si universel? d'où vient qu’il se développe tantôt plus tôt, tantôt plus tard? à quoi attribuer son horrible malignité dans les épidémies? qu’est-ce qui fait qu’il ne se développe pas en Tartarie et qu’il est plus mortel pour les Tartares quand ils viennent en Chine? Nous n’avons rien trouvé de satisfaisant sur tout cela. Ce qui résulte de plus clair et de plus universellement avoué, c’est : I°que le virus de la petite vérole est beaucoup moins dangereux dans les pays chauds ; qu’il ne se déve-
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loppe pas dans les pays froids, el que les pays tempérés sont ceux où il fait le plus de ravages ; que le virus vérolique, quelle qu’en soit la cause, devient plus malin d’un siècle à l’autre; que sa malignité est prodigieusement augmentée par les maladies vénériennes des pères et mères et même par leurs excès et négligences dans l’usage du mariage. Voilà pourquoi elle fait moins de ravages dans les campagnes. Du reste, les médecins chinois, faisant les moralistes , ont l’attention d’avertir que ce virus , qu’on pourrait nommer selon eux le thermomètre des mœurs, doit souvent sa malignité à la génération précédente ; que les soins excessifs , les délicatesses outrées et raffinements des riches ne laissent aucune force à leurs enfants contre les attaques de ce fléau.
Après avoir indiqué les signes principaux de la petite vérole , le traité examine les signes qui indiquent si le foyer du virus est dans le foie, dans la poitrine, dans le cœur, dans l’estomac, dans les reins. Les bâillements, par exemple, et la tristesse du malade, indiquent qn’il est dans le foie. Ces signes essentiels sont confirmés par le premier endroit où paraissent les boutons ; si c’est sur le front, par exemple, on peut compter que c’est le cœur; il arrive quelquefois que le foyer est partout et change de lieu.
Le virus de la petite vérole est tantôt plus ou moins dangereux; la couleur, la forme, la grosseur, la qualité et la quantité des boutons indiquent sa force.
La connaissance des dispositions du malade est encore plus essentielle. On en distingue quatre : liiu, che , yn, yang . Viennent ensuite le temps, la saison et la manière dont le malade a été élevé et peut être soigné. On distingue six crises dans la petite vérole : la fièvre qui la précède, l’éruption des boutons, leur accroissement, leur suppuration, leur aplatissement, la formation et la chute de la croûte. On indique quels sont, dans chaque crise, les signes et les symptômes qui sont favorables , équivoques ou dangereux , et on indique des remèdes pour tous les cas.
Différentes espèces de petite vérole.
1° Vérole mong-ieou (vérole qui couvre la tête). — On lui a donné ce nom parce que c’est à la tête qu’est la plus grande érup-
tion. Si la tête devient rouge et enflée irrégulièrement, de manière qu’il se forme des pointes, le mal est sans remède.
2° Pao-ping (ou vérole au-dessus des oreilles). — Si les boutons qui sortent au-dessus des oreilles , assez près des tempes , sont en petite quantité et clair-semés, il n’y a rien à craindre; s’ils vont à se toucher et couvrent un grand espace , le virus est violent, il y a tout à craindre.
3° Vérole mong-ke (vérole derrière les oreilles). — Cette espèce est très-mauvaise et très-dangereuse. Le foyer du virus est dans les reins.
4° Vérole so-yen (vérole qui entoure les yeux). — Si l’éruption est médiocre sur le reste du visage , mais très-épaisse autour des yeux, la force du virus est très-grande, et agit sur l’estomac.
5° Pao-pai (vérole qui entoure le nez). — Si elle est assez clair-semée sur le reste du visage , mais très-près à près aux deux côtés du nez , et que les grains ne soient pas plus gros que des œufs de ver à soie, elle est très-dangereuse. Le foyer du virus est dans la poitrine.
6° So-keou (vérole qui cadenasse la bouché). — S’il sort tantôt d’un seul côté , tantôt des deux côtés de la bouche , un bouton gros, irrégulier et dur, cela indique que le virus a séjourné dans l’estomac. Il faut vite piquer ces boutons avec une aiguille d’argent; si la vérole devient d’un rouge vif, on peut encore espérer la guérison,
7° So-tchuen (ou vérole qui est sur les lèvres). — Si les grains sont secs, crevassés, enflés, douloureux et nourris, elle est moins dangereuse que lorsqu’ils sont durs et d’une couleur jaune. Le virus agit violemment sur l’estomac. S’ils noircissent, il n’y a plus de remède.
8° To-sse (ou vérole qui est sur les joues). — Si elle est clairsemée sur le reste du visage, mais très-épaisse sur les joues, où elle ne forme qu’une croûte, cela marque beaucoup de malignité ; aussi a-t-elle beaucoup de peine à s’enfler et à venir à suppuration. Pour peu quelle commence à devenir violette ou à noircir, il y a tout à craindre sans un prompt remède.
9° So-yang (vérole en forme de collier). — Pour sauver la
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vie au malade, il faut se hâter de le secourir, parce que le virus gagne dans la gorge , cause de grandes douleurs au malade , qui perd la voix et ne peut plus rien avaler.
10° Pe-kien (vérole qui couvre les épaules). — Les boutons sont près à près et ne forment ensemble qu’une large croûte d’un rouge foncé tirant sur le noir. Le virus a de la peine à se dégager, agit violemment et constipe souvent le malade; dans ce cas, etc.
11° Kin-pai (vérole accumulée sur l’échine). — Cette espèce de vérole est très-dangereuse, si les grains se touchent par leur base et s’ils sont très-durs; la masse du sang est attaquée. Les remèdes les plus efficaces ne peuvent donner que de bien faibles espérances.
12° Tsoan-kiong (vérole accumulée sur la poitrine). — Il en est comme de la précédente; plus les grains sont rapprochés, plus elle est dangereuse.
13° Tonan-kiao (vérole interrompue en forme de pont). — Quelque épaisse quelle soit sur le reste du corps , il y a comme une large ceinture sur les reins où on n’en voit pas un seul grain; le virus qui agit en haut n’a, ce semble, aucune communication avec celui d’en bas. Il faut se bâter de la changer. Cette espèce est très-dangereuse.
14° Tcliang-yao (vérole qui s’empare des reins). — Si les boutons sont clair-semés, il y a espérance de guérison ; mais s’ils se touchent comme des perles enfilées, il y a tout lieu de craindre que le virus ne pénètre dans les reins , etc.
15° Nang-fou (vérole qui emmaillotte le ventre). — Elle est très-dangereuse , parce que le virus peut pénétrer dans les entrailles. On doit viser à empêcher qu elle ne s’épaississe et que sa racine ne se durcisse.
16° Ling-tso (vérole qui couvre les fesses). — Les grains sont rangés comme des écailles de poisson; c’est l’effet d’un virus violent. Pour peu qu’ils s’épaississent et durcissent, il se fait une révolution subite qui conduit à la mort. Il faut se hâter de la prévenir. Si elle s’aplatit et devient comme couleur de cendre, etc.; si elle durcit et prend un œil vert, etc.
17° Noan-kieou (vérole qui se répand sur les bourses). — L’éruplion de la petite vérole est fort douloureuse lorsqu’elle s’épaissit sur les bourses. Plus les grains sont serrés et se touchent, plus le danger augmente avec la douleur ; et si on diffère d’y apporter remède , on en échappe très-difficilement.
18° Pao-tsi (vérole qui couvre les genoux). — Quand le virus se fixe ainsi sur les genoux, il y a fort peii de boutons sur le reste du corps, mais ils s’y assemblent de manière à former dessus comme un gâteau de matière putride. Le moment de la suppuration devient dangereux, parce qu’il arrête la circulation des humeurs dans les jambes et y empêche celle des boutons véroliques.
19° Lou-kong (vérole qui s’arrête aux chevilles des pieds). — Les pieds correspondent à l’estomac et en dépendent. Quand l’éruption de la vérole est générale sur le reste du corps et quelle n’y a pas lieu , c’est un indice que l’estomac est lésé par le virus vérolique. Il faut se fortifier, etc., etc.
20° Che-py (vérole en peau de serpent). — Quand les grains de vérole sont petits , près à près et distribués irrégulièrement sur tout le corps par plaques , comme si on avait collé dessus des morceaux de peau de serpent ; c’est une marque que le virus est violent.
21° Tsan-tchong (vérole en œufs de vers à soie). — Elle est ainsi nommée parce que les grains paraissent comme des œufs de vers à soie et sont aussi serrés. Elle est très-dangereuse. L’essentiel est de procurer un gonflement dans les boutons et d’en faciliter la suppuration; si on y réussit, on a bonne espérance.
22° Yen-ouo (vérole en nid d’hirondelle). — Les boutons sont tellement serrés qu’ils se confondent les uns dans les autres, de manière qu’on ne peut pas les distinguer, comme les bêchées de terre dont sont faits les nids d’hirondelle.
23° Chou-ki (vérole en patte de rat) . — On a donné ce nom à cette espèce parce que les boutons sont rangés au nombre de quatre ou cinq , de six ou sept , comme les traces que font les
doigts des pattes de rat. Si elle ne paraît qu’en un ou deux endroits du corps, elle est légère; mais si l’éruption prend cette
forme par tout le corps, elle est très-dangereuse.
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24° Lei-lsou (vérole en pièces de monnaie). — L’éruption se fait çà et là comme dans la précédente , et les boutons sont distribués d’une manière qui en approche ; mais ils sont larges et plats et viennent à se toucher. La suppuration est difficile.
25° Hoan-tchou (ou vérole en collier de perles). — Les boutons sortent en différents endroits du corps rangés en cercle et près à près comme un collier de perles; c’est une marque que le virus ne peut pas se dégager. Si on parvient à produire une bonne suppuration, il sera aisé de guérir le malade.
26° Heou-ping (ou vérole en lentille d’eau). — Les boutons de cette espèce de vérole ne sont qu’une pellicule; ils n’ont point de corps, leur grandeur varie, et ils sont situés au hasard; ils ont la figure de la lentille d’eau et sont d’un violet foncé; ce qui marque que la masse du sang est attaquée et que le virus est violent. Il n’y a de guérison à espérer qu’ autant qu’on réussira à faire enfler les boutons et à leur faire prendre une couleur rouge foncé , etc.
27° Hie-lchao (ou vérole en pieds de cancre). — Les boutons rangés sur une ligne et près à près vont toujours en diminuant de grosseur et approchent de la figure du bout des serres de cancre. Il est essentiel de les faire élever et enfler, pour dégager leur racine et procurer une bonne suppuration qui consume le virus.
28° Piao-cha (ou vérole en monceaux de sable). — Ce sont plutôt des placards de petits boutons que des boutons. Ces placards sont d’une figure fort irrégulière et n’ont point de contours bien marqués ; ils ressemblent à de petits monceaux de sable que le vent a formés. Plus ces petits boutons sont confondus, petits et serrés , plus ils sont dangereux. Le danger de mort est trèsprésent lorsque ces placards deviennent violets.
29° Hue-pao (ou vérole en vessies de sang). — Ces vessies commencent à s’élever sur la peau, entre les grains de la vérole, au moment de la suppuration; elles sont quelquefois assez grosses. Quand le virus est violent, leur couleur est violette ; quand elle est rouge , il y a moins à craindre. Les vésicules marquent que le poumon est attaqué par le virus, qui les porte entre cuir et chair; leur grosseur n’est pas égale. Il faut les piquer avec une aiguille
d’argent, pour faire écouler ce mauvais sang, qui se pourrirait et irriterait les boutons de la petite vérole, en se répandant dessus. La vie du malade tient à cela. Pour l’intérieur, on prend, etc.
30° Choui-pao (ou vérole en vessies d’eau). — La peau de ces vessies est très-mince et très-déliée; elles sont tendues par une eau très-claire dont elles sont remplies. L’estomac a souffert de l’humidité de l’air; aussi y a-t-il beaucoup de ces vessies aux pieds et aux mains, peu sur le reste du corps et rarement sur le visage. Il faut les piquer avec une aiguille d’argent et appliquer dessus du blanc de plomb délayé dans le kou-soui-yeou. Si on diffère, elles causent des démangeaisons très-inquiétantes, s’aplatissent et ne laissent plus de ressource dans les remèdes. Pour l’intérieur, etc.
31° So-tc/iong-tchang (ou vérole où la chair enfle). — Cette enflure a quelquefois lieu dans tout le corps au moment où les boutons commencent à se gonfler. Le plus dangereux, c’est quand la tète et tout le corps s’enflent , sans que les boutons de la vérole se gonflent. On juge de la force du virus selon que la peau est luisante et rouge, ou rougeâtre, ou d’un rouge ardent. Dans le premier cas , la crise est en désordre ; dans le second , l’air et le sang n’ont pas la force de pousser en dehors le virus; dans le troisième, il est très-violent et a embrasé la masse du sang.
32° Kan-kou (ou vérole séchée). — Quand le virus de la vérole se dégage par l’éruption, les boutons sont luisants et la peau humectée; s’il pénètre dans le sang, les boutons se sèchent, se raccornissent et s’échauffent ; ils paraissent violets et comme brûlés; lorsqu’il gagne la masse du sang, on ne saurait trop se hâter de le pousser dehors.
33° Pou-hong (ou vérole à cercle rouge). — Lorsque le virus fait gonfler les boutons , le sang qu’irrite la fermentation forme comme un filet rouge autour de la racine de chaque grain, et cela n’a rien de mauvais. Quand les forces du malade sont épuisées ou trop faibles pour pousser le virus dans les boutons , il se répand tout autour et forme un large cercle de couleur violette. Il est rare qu’on évite la mort dans ce cas-là. Si ce large cercle est d’un rouge tendre ou même un peu foncé , on peut encore espérer la guérison, si on a vite recours aux remèdes.
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34° Ken-ouo-vou-hoei (ou vérole sans cercle). — Quand les grains se gonflent sans avoir le cercle délié comme un fil, dont nous parlions dans l’article précédent , c’est une marque de faiblesse dans le malade. Il faut se hâter de le fortifier; sans cela, il succomberait peut-être dans la suppuration.
35° Pi-po-tsiang-hong (ou vérole à peau mince, à pus clair). — Quand le virus se développe et sort bien , la peau des grains est grisâtre, nourrie, et les boutons s’enflent en.se remplissant d’une matière épaisse. Si le malade est trop faible, les grains sont luisants , la peau en est mince , molle , et la matière dont ils s’enflent, sans corps. 11 faut se hâter de le fortifier; sans cela, il est à craindre qu’il ne succombe.
36° Kong-kouo-vou-tsiang (ou vérole à grains vides et sans pus). - — Quoique l’éruption et le gonflement des boutons aient été en apparence très-heureux, il arrive qu’ils ne peuvent pas parvenir à la suppuration et sont vides en dedans. Il est essentiel alors de distinguer si cela vient de la faiblesse du malade ou de la force et qualité du virus qui ne peut pas se dégager. Si la racine des boutons est pâle et blanchâtre , il n’est pas douteux que cela vient de la faiblesse du malade ; si elle est dure et violette , le virus ne peut pas se dégager du sang, etc.
37° Teou-iing-ta-liien (ou vérole dont la pointe est aplatie et enfoncée). — Cela arrive dans le moment de la suppuration, quoique les grains d’ailleurs aient le filet rouge à la racine et soient assez mous. Le malade doit avoir le visage pâle; ses pieds et ses mains sont froids , il ne songe ni à manger ni à boire; ses excréments sont liquides, il est très-abattu. Il faut s’attacher à le fortifier.
38° Hoei-hien-pe-hien (ou vérole aplatie, couleur de cendre ou blanchâtre). — C’est la même que celle de l’article précédent, mais qui n’a point de cercle rouge à sa racine, et dont les boutons , aplatis et enfoncés , prennent d’abord une couleur gris de cendre, puis blanchâtre. Tout cela indique une suppuration arrêtée par la faiblesse du malade, qui est encore plus faible que le précédent , et qu’il faut fortifier jusqu’à ce que les grains s’enflent et se relèvent, sous peine de le voir succomber.
39° Tsi-liien-hei-hien (ou vérole aplatie, violette ou noire). — La crise de la suppuration venue , les grains de vérole sortis fort épais 'se raccornissent par le bas et se creusent en bassin par le haut; alors ils deviennent ou violets ou noirâtres; c’est un très-mauvais signe. Le virus s’embarrasse dans le sang par la fermentation qu’il y cause , et la nature qui n’a pas la force de le pousser dans les boutons, succombe infailliblement si on ne se hâte de l’aider.
40° Pan-hoang (ou vérole à croûte jaune). — Quand la suppuration est presque à moitié, la croûte des boutons devient tout à coup jaune, sèche et dure; cela vient de ce que le virus s’attache à l’estomac et affaiblit la fermentation du sang, qui n’a plus la force de s’en décharger. Si les grains qui commençaient à s’aplatir se gonflent par les remèdes donnés à propos, la guérison n’est pas désespérée; mais si la couleur jaune gagne sur la tête, sur le visage, sur le cou et autour des yeux et des lèvres, il n’y a plus de remède.
41° Tao-ya (ou vérole qui ne peut pas former de croûte). — Le pus qui est dans les boutons est clair et sans corps, leur racine blanchâtre et n’a point de cercle rouge , leur pointe se ride comme pour se durcir, mais elle reste molle, et tout le corps est comme couvert de coques de pois. Tout cela indique une grande faiblesse; il faut vite aider la nature.
42° Teou-ting (ou vérole à double bouton). — Le leou-ting commence à paraître avant l’éruption des autres grains , il s’enfle aussi avant eux ; il est d’un violet foncé et tirant sur le noir, sa base est dure et forte. Comme il est directement produit par le viscère où est le foyer du virus , sa couleur et l’endroit où il est l’indiquent : par exemple, si le virus a son foyer dans l’estomac, les teou-ting sont jaunes d’abord ; puis ils noircissent et poussent sur les joues, sur le front, sur les deux coins de la bouche, sur le ventre, sur les pieds et les mains. Si c’est dans le foie, les teou-ting sont violets et sont sur la tempe gauche et tout le côté gauche , sur les fesses et autour des yeux. Dès qu’on les a aperçus , il faut les percer avec une aiguille d’argent pour en faire sortir le sang gangrené de virus dont ils sont pleins ; si on ne le
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faisait pas, ils empêcheraient la suppuration. Quand on les a piqués, on applique dessus un emplâtre de see-ching. L’aiguille dont on se sert est d’argent, comme il a été dit, longue de trois pouces; sa pointe est aiguë et plate. On la fait bouillir avec de la réglisse verte, de la lavande, de l’aconit et du tcliouen-ou , dans un vase de terre , pour la préparer. Il faut avoir l’attention de la garder bien fermée dans un étui de plume. On ne doit piquer le teou-sing que depuis le troisième jour jusqu’au septième; la manière de le faire demande beaucoup d’attention et de dextérité. On doit tellement diriger et enfoncer l’aiguille qu’elle ne touche pas les chairs, et qu’en relevant la pointe on ouvre tout le bouton.
Nous nous sommes plus étendu sur ce livre que nous ne nous l’étions proposé; mais nous avons cru qu’on serait bien aise de voir jusqu’où on a étudié ici et observé la petite vérole. Quoique nos médecins ne connaissent qu’un seul virus variolique , ils ont appris par leur expérience que la méthode générale était insuffisante pour ses divers symptômes et crises; mais tout ce qu’ils disent suppose les principes et les détails du livre précédent que nous n’avons fait qu’indiquer.