THÉORIE DU POULS
les esprits vitaux et le sang dans ce laps de temps est 50. On compte pendant ces vingt-quatre heures 13,500 respirations, inspiration et expiration. Dans une respiration, l’air et le sang circulants font 6 pouces de chemin; dans un jour, 81,000 pouces. Le plus long chemin qu’ils aient à parcourir dans le corps humain n’est que de 1,620 pouces.
Le corps humain , avec ses nerfs , ses muscles , ses veines et ses artères, ressemble à une espèce de luth ou instrument harmonique, dont les parties rendant divers sons, ont par leur forme, leur structure et leur usage, une sorte de tempérament qui leur est propre, et c’est par le moyen des pouls différents, qui sont comme les touches et les sons divers de cet instrument, qu’on peut juger de leur altération. Le mouvement produit le pouls, et ce mouvement est causé par le flux et le reflux du sang et des esprits vitaux, qui sont portés partout par douze voies ou canaux. Tout ce qui meut pousse quelque corps mobile, et tout ce qui est mû cède ou résiste. Or comme le sang et les esprits vitaux sont dans un mouvement continuel, qui pousse et presse les vaisseaux, dans lesquels ils sont portés , il faut nécessairement qu’il y ait des battements de pouls en certaines parties du corps. Ces battements servent à indiquer la nature du sang et des esprits, et la source du mal. Afin de pouvoir mieux faire connaître les dispositions des sources principales de la vie (membres et entrailles), la nature a placé dans la tête , qui est le siège de tous les sens qui font les opérations animales , des indices qui sont très-utiles aux médecins pour pouvoir établir leur pronostic. Ainsi la langue fait, connaître l’état du cœur, les narines celui des poumons, la bouche celui de la rate, les oreilles celui des reins, et les yeux celui du foie.
Le médecin peut alors tirer de la couleur du visage, des yeux, des narines et des oreilles , du son de la voix , de l’aspect de la langue et des saveurs qu’elle sent ou désire, des conjectures véritables de l’état du tempérament du corps et de la vie ou de la mort du malade.
Chez la femme et chez l’enfant, il existe également certains signes apparents qui servent à indiquer la nature et la gravité de l’affection.
Il existe encore deux autres grands principes sur lesquels repose la théorie médicale chinoise : 1° le mécanisme du corps humain est tout hydraulique, c’est-à-dire que la libre circulation du sang, des humeurs et des esprits vitaux, et l’équilibre respectif qui modifie leur mouvement et leur action réciproque, étant tout à la fois le poids et les roues du corps humain , la santé ne subsiste que par cette circulation et cet équilibre, ou ne se rétablit que par leur rétablissement; 2° l’air qui entre sans cesse dans le sang et les humeurs par les poumons étant comme le balancier qui tempère et entretient leur fluidité, celle-ci ne peut se rétablir ou subsister que par lui; d’où naît cette conséquence : que la circulation des liquides dans le corps humain ayant à vaincre les deux grands obstacles de la pesanteur et du frottement, que Cette circulation pouvant en outre être gênée par l’influence des causes extérieures, tout ce qui tend à diminuer ou à corriger ces obstacles peut aider à rétablir cette circulation lorsqu’elle est altérée. De là l’utilité de l 'acuponcture, qui, au moyen de la pénétration des aiguilles, augmente l’activité et le ressort de l’air nécessaire à la fluidité des liquides , et aide les humeurs et le sang à vaincre les engorgements qui gênent la circulation et engendrent la douleur.
§11. DES ORGANES ESSENTIELS
Le corps humain renferme cinq organes essentiels , ou membres principaux , qui sont : le cœur, les poumons , les reins , le foie, la rate ou l’estomac. Chacun de ces cinq organes correspond à un élément, à une planète, à une saison, à une partie du jour astronomique et à une région. En outre il a une cause, un effet, un contraire, un non contraire.
Le cœur est le viscère le plus parfait du corps , il est le frère aiué de l’intestin grêle. Sa mère est le foie; son fils, l’estomac ou la rate. Il a pour contraires ou ennemis, les reins; pour non contraire ou ami, le foie. Il correspond à la partie du ciel appelée hj et à la planète nommée Mars. Dominant en été, il est soumis à l’élément du feu. Sa région est la région méridionale; son temps astronomique, l’heure de midi. Il prédomine sur le front, le sang, la langue et la paume des mains ; il règne et se meut dans la mer
DES ORGANES ESSENTIELS
du sang; la langue sert à faire connaître ses mouvements; les odeurs dérivent de lui; sa couleur est la couleur rouge crête de coq ; sa saveur, la saveur amère; son odeur, l’odeur des objets brûlés; sa voix, la voix du rire; son humeur, la sueur. Il aime le millet et la chair de mouton; il déteste la chaleur et une trop grande méditation, qui le blessent. Il ressemble à la fleur de nénuphar non éclose. Placé au-dessous du poumon, il s’appuie contre la cinquième vertèbre, $on poids moyen est de 12 lecing ; il est percé de sept trous et de trois fentes; il renferme 3 ko (1) de suc fin. Son canal de communication avec les autres viscères s’appelle shilling ou cheôu-chao-yn. Ce canal part du centre du cœur et finit au petit doigt de la main, où il se réunit au canal de l’intestin grêle. Lorsque ce canal est plein , il y a mauvaise réplétion d’humeurs peccantes : le malade rêve fantômes, monstres, etc. Lorsque ce canal est vide, le mal vient d’inanition, et les rêves sont alors des rêves de flammes, de feu, etc. La fonction du cœur, comme celle des intestins grêles, est de recevoir, contenir et améliorer. Le cœur reçoit le chyle, le perfectionne et en forme le sang. Sa destruction, qui entraîne la mort après un ou deux jours , est indiquée par la rétraction de la langue devenue noire, par la tuméfaction de la paume de la main , sur laquelle on ne peut plus distinguer aucune ligne, par la contorsion des yeux, et enfin par un pouls tout particulier dont nous parlerons plus tard.
Le cœur a pour adjoint ou frère aîné l’intestin grêle, dont la fonction est de recevoir les aliments pour les digérer et les convertir en chyle. L’intestin grêle, pèse 2 kin (2) 14 leang ; sa longueur est de 3 tchang (3) 2 Iche ; sa largeur, de 2 tsun 1/2. La longueur de sa tète est de 8 fen 1/2. Il forme 16 courbes, commençant par la gauche, et contient 2 ieou (4) 4 ching d’aliments et 6 ching 2 ko 1/2 d’eau. Il est percé de deux trous dont l’un communique avec l’estomac et l’autre avec le gros intestin. Son canal de com-
(1) 1 ko = 0 litre 08 cent.
(2) 1 kin =: 588 grammes; 1 kin — 16 leang.
(3) 1 tchang — 3 mètres 14 cent. — 10 tche = 100 tsun = 1,000 fen.
(4) 1 teou — la mesure de 120,000 grains de millet =: 10 ching = 100 ko = 1,000 yo.
munication s’appelle siao-tchang-king ou cheou-tai-yang , commence à l’index de la main et finit à la tête près des narines, où il aboutit au canal de l’estomac. La destruction de l’intestin grêle entraîne avec elle une mort prompte qui ne dépasse pas le sixième jour. Les cheveux hérissés et secs comme de l’étoupe, une sueur abondante et persistante, sont des symptômes qui indiquent cette destruction (1).
Le poumon a pour mère la rate ou l’estomac; pour fils, les reins; pour ennemi, le cœur; pour ami, le foie. Il correspond à la partie du ciel appelée kouan-yu et à la planète nommée Vénus. Dominant en automne, il est soumis à l’élément métallique. Sa région est la région occidentale; son temps astronomique, l’heure du soir. Il prédomine sur la peau, les pores, les cheveux, les narines, les épaules et les esprits vitaux (air). Les narines et les humeurs expectorées servent à faire connaître son état. Les sons et la voix dérivent de lui. Sa couleur est la couleur très-blanche ; sa saveur, la saveur âcre; son odeur, l’odeur de la chair fraîche; sa voix, la voix des pleurs; son humeur, la morve ou l’humeur qui coule par les narines. Il aime le riz et la chair de cheval; il déteste le froid. La tristesse, les aliments froids, le repos ou le sommeil , ou le parler trop prolongés le fatiguent. Il pèse 3 kin 3 leang ; il est divisé en sortes de feuilles qui sont au nombre de huit et dont deux forment les deux oreilles ; il s’appuie contre la troisième vertèbre ; il- est percé de vingt-quatre petits trous par où s’échappe l’air; il est comme un couvercle pour les autres viscères ; il est lié par la partie supérieure avec le gosier au moyen d’un vaisseau* ayant neuf articulations; il renferme beaucoup d’air et peu de sang; son canal de communication s’appelle fey-king ou cheou-lai-yn . Ce canal commence à la poitrine et finit aux mains. Lorsqu’il est plein, le malade rêve combat, guerre, armes, soldats, etc.; lorsqu’il est vide, les rêves sont des rêves de plaines, mer et campagnes, etc. La froideur de la peau indique la froi-
(1) L’enveloppe du cœur ( sin-pao ) est une peau qui enveloppe le cœur et qui contient une matière graisseuse jaunâtre. Le sin-pao est lié au poumon par de petits filaments ou nerfs très-fins.
DES ORGANES ESSENTIELS
deur du poumon. Sa destruction entraîne la mort très-prompte, qui est annoncée par la sécheresse de la peau et du corps , par la chute des cheveux, la bouche ouverte, l’oppression extrême et par un pouîs particulier. La fonction principale du poumon est de faire marcher le sang et d’évacuer les flegmes et autres matières.
"Le poumon a pour adjoint le gros intestin, dont la fonction est de pousser et d’évacuer les matières grossières et impures. Le gros intestin pèse 2 kin 12 leang ; sa longueur est de 2 tchang 1 tche ; sa grosseur, de 4 yn. 11 forme seize courbes commençant par la gauche; il peut contenir 1 teou d’aliments, 6 ching 1/2 d’eau. Il est percé de deux trous, dont le premier lui sert à communiquer avec le petit intestin; le deuxième, appelé kong-men, est celui par lequel s’échappent les matières fécales.
Le gros intestin a un canal de communication appelé la-tchangking ou cheou-yang-ming, qui va des mains à la tête. Sa destruction est sans remède. Un flux continuel de sang indique cette destruction.
Les reins et la vessie ont pour mère le poumon; pour fils, le foie; pour ennemi, la rate ou l’estomac; pour ami, le cœur. Ils correspondent à la partie du ciel appelée kieou et à la planète nommée Mercure. Dominant en hiver, iis sont soumis à l’élément de l’eau . Leur région est la région boréale ; leur temps astronomique, la nuit. Ils prédominent sur les dents, les oreilles, les poils et les os. Les oreilles indiquent leur nature; les liquides dérivent d’eux. Leur couleur est la couleur noire ; leur saveur, la saveur salée ; leur odeur, l’odeur de chair en putréfaction; leur voix, la voix des sanglots; leur humeur, l’urine. Ils aiment les fèves, les pois, les légumes et la chair de porc; détestent la sécheresse. Une crainte trop grande, un froid extrême, l’humidité, une action violente et prolongée, des aliments trop salés les fatiguent. La vessie pèse 5 leang ; sa largeur est de 9 Isun ; elle peut contenir 9 ching 9 ko d’urine; la largeur de son orifice est de 2 tsun 1/2. Les rognons sont doubles, ils pèsent 1 kin I leang ; ressemblent à des haricots et s’appuient contre la quatorzième vertèbre. La fonction des reins et de la vessie est de filtrer et d’évacuer les matières liquides; l’urine se forme dans les reins au moyen du sang qui arrive du cœur;
lorsque l’urine est formée, elle est veïsée dans la vessie par des canaux conducteurs.
Le canal de communication des reins s’appelle chin-king ou tso-chao-yn, part des pieds et aboutit à la poitrine. Lorsqu’il est plein, le malade rêve qu’il a mal aux reins, qu’il est très-fatigué; lorsqu’il est vide, le malade croit en rêvant qu’il nage avec peine, qu’il est sur le point de se noyer, etc. Lorsque ce canal est trop échauffé , les matières fécales sont difficilement évacuées et les urines deviennent très-épaisses. Lorsqu’il est trop froid, l’évacuation est trop répétée. La destruction de la vessie entraîne avec elle une mort très-prochaine qui se présente du quatrième au septième jour, et qui est annoncée par les dents sèches, la face noire, les yeux jaunes, les reins tombants, et une sueur abondante et persistante (1).
Les reins et la vessie ont pour adjoints les uretères, dont le canal de communication, pang-kouang-hing ou iso-tay-yang , commence à la tète et finit aux pieds. Les uretères descendent des reins h la vessie. Ce sont des canaux qui conduisent l’urine des reins dans la vessie. Il y en a un pour chaque rein.
La rate et l’estomac ont pour mère le cœur; pour fils, le poumon; pour ennemi, le foie; pour amis, les reins. Ils correspondent à la partie du ciel appelée Tieou et à la planète nommée Saturne. Dominant à la fin de chaque saison, pendant les dix-huit derniers jours de chaque saison, ils sont soumis à la terre. Leur région est la région comprise entre les quatre régions. Ils prédominent sur la chair, la bouche, les lèvres, les bras et les pieds. La bouche sert à faire connaître leur état; les saveurs dérivent d’eux; leur couleur est la couleur jaune; leur saveur, la saveur douce; leur odeur, les odeurs douces et suaves; leur voix, la voix du chant; leur humeur, la salive. Ils aiment le froment et la chair de hæuf, détestent la tiédeur. Trop d’aliments, trop de fatigue, trop de travail, trop de soucis et trop de douceur les fatiguent.
(1) Le rein droit s’appelle ming-men , porte de la vie ; il est le réservoir séminal. C’est au rein droit qu’il faut attribuer principalement le changement du sang en semence. La vessie sert de récipient à l’urine, comme les testicules servent de récipients à la semence.
DES ORGANES ESSENTIELS
La rate pèse 2 kin 3 leang ; elle est large de 3 isun, longue de 5 tsiin; elle renferme 1/2 kin de graisse et s’appuie contre la onzième vertèbre. L’estomac pèse 2 kin 14 leang ; sa longueur est de 2 telle 6 tsun ; sa grosseur (au milieu) est de 1 tche 5 tsun . Il peut contenir 2 teou d’aliments et 1 teou 5 ching d’eau. Il est percé de deux trous dont le premier reçoit les aliments qui viennent par le san-isiao , conduit qui aboutit au gosier^et par lequel s’échappe et pénètre l’air respiratoire. Le deuxième trou sert de passage aux aliments qui pénètrent dans le petit intestin. La fonction de l’estomac est de recevoir les aliments , les broyer, les administrer et les préparer à la digestion. Le canal de communication de la rate s’appelle py-king ou tso-tai-yn, et va des pieds au cœur. Lorsqu’il est plein, le malade rêve chant, fêtes, etc.; s’il est vide, les rêves sont des rêves se rapportant à des rixes, à des repas, etc. La destruction de la rate entraîne la mort après douze ou quinze jours; mort qui est annoncée par la bouche froide, les pieds tuméfiés, une chaleur excessive dans les lombes et un flux de ventre sans fin.
Le canal de l’estomac se nomme oey-king ou tso-yang-ming , et communique de la tète aux pieds. Sa destruction est suivie de la mort, qui enlève le malade du cinquième au neuvième jour. Les symptômes qui l’annoncent sont une très-grande douleur aux reins, une fatigue extrême, l’impossibilité de se baisser, la contorsion des lèvres et un pouls tout particulier.
Le foie a pour mère, les reins ; pour fils, le cœur; pour ennemi, le poumon, et pour amis, la rate et l’estomac. Il correspond à la partie du ciel appelée chin et à la planète nommée Jupiter. Dominant au printemps, il est soumis aux arbres. Sa région est la région orientale; son temps astronomique, le matin. Il prédomine sur les muscles, les nerfs, les veines, les ongles et les yeux. Les couleurs dérivent de lui ; sa saveur est la saveur acide ; sa couleur, le bleu ; son odeur est l’odeur qui se rapproche de celie du bouc; sa voix, la voix du gémissement; ses humeurs, les larmes. 11 aime la graine de lin et la chair des volailles. Il déteste le vent. Une promenade trop prolongée journellement, la colère et les choses trop acides, le fatiguent. 11 pèse 4 kin 4 leang , est divisé en sept sortes
de feuilles dont trois se trouvent à gauche et quatre à droite. Il s’appuie contre la neuvième vertèbre. Son canal de communication s’appelle kàn-king ou tso-kiuè-yn, et va des pieds au poumon. Lorsqu’il est plein , le malade rêve forêts , montagnes ; lorsqu’il est vide, les- rêves sont des rêves de gazon, d’herbes. La chaleur au foie produit la tristesse; le froid indique un manque d’esprits vitaux (air). La fonction du foie, comme celle du fiel , est de servir à la filtration des humeurs. La destruction du foie est suivie de la mort après le huitième jour. Face bleuâtre ou livide, yeux enfoncés et troubles, sueur abondante et sans fin, tels sont les symptômes qui annoncent cette destruction.
Le foie a pour adjoint le fiel, qui pèse 3 Jeang 3 chou et qui renferme 3 ko de suc fin; il ressemble à un vase fait pour contenir du vin. 11 a un canal nommé tan-king ou tso-chao-yang, et qui va des mains à la têté. Le fiel détruit, le malade meurt le septième jour.
En dehors des cinq grands viscères que nous venons de décrire, les Chinois reconnaissent comme nécessaires aux fonctions des grands viscères, trois foyers (. san-tsiao ), qu’ils divisent en foyer supérieur, foyer du milieu et foyer inférieur. Le premier est lié à la région du cœur, au-dessous duquel il est placé ; son principal effet est de retenir et de serrer; sans lui, le cœur et les poumons ne pourraient gouverner l’air et le sang. Celui du milieu est lié à la région du sternum. Il est placé à 4 tsun au-dessus du nombril. Il ne retient ni ne pousse. Son effet est de cuire et de broyer. Sans lui l’estomac ne pourrait digérer les aliments. Le foyer inférieur est placé à un pouce au-dessous du nombril. Il est percé de deux trous par lesquels passent les aliments. Son effet est de séparer, de pousser. Sans lui le foie et les reins ne pourraient séparer ni filtrer les liqueurs. Il est l’adjoint du rein gauche ( ming-men ).