CHAPITRE II
DE L’ACUPONCTURE (tchiy-kieou).
Il existe deux grands principes sur lesquels repose la théorie médicale chinoise. Ces principes sont ainsi formulés : 1° le mécanisme du corps humain est tout hydraulique , c’est-à-dire que la libre circulation du sang, des humeurs et des esprits vitaux, et l’équilibre respectif qui modifie leur mouvement et leur action réciproque , étant tout à la fois le poids et les roues du corps humain, la santé ne subsiste que par cette circulation et cet équilibre, ou ne se rétablit que par leur rétablissement; 2° l’air qui entre sans cesse dans le sang et les humeurs par les poumons étant comme le balancier qui tempère et entretient leur fluidité, celle-ci ne peut se rétablir ou subsister que par lui ; d’où naît cette conséquence : que la circulation des liquides dans le corps humain ayant à vaincre les deux grands obstacles de la pesanteur et du frottement , que cette circulation pouvant en outre être gênée par l’influence des causes extérieures, tout ce qui tend à diminuer ou à corriger ces obstacles peut aider à rétablir celle circulation lorsqu’elle est altérée. De là futilité de l’acuponcture, qui, au moyen de la pénétration des aiguilles, augmenle f activité et le ressort de l’air nécessaire à la fluidité des liquides, et aide les humeurs et le sang à vaincre les engorgements qui gênent la circulation et engendrent la douleur.
Pour pratiquer l’opération de l’acuponcture , on se sert d’aiguilles fabriquées avec des métaux très-flexibles , très-durs, trèsductiles, et autant que possible inoxydables; l’or et l’argent doivent être employés de préférence. On fabrique également d’assez bons instruments avec l’acier bien trempé, recuit et parfaitement poli.
On distingue neuf espèces d’aiguilles :
La première, appelée tsan-tchin (fig. 1), a la tête plus grosse que le corps de l’aiguille et ronde ; la pointe, de forme triangulaire, est large à la base de 0m,01 ; la longueur totale de0m,05. Elle sert à ouvrir la peau dans certaines maladies où la chaleur domine.
La deuxième, appelée yuen-tcliin (aiguille ronde) (fig. 2), aune forme ovoïde; sa longueur est de 0m,05. Elle sert à séparer les chairs.
La troisième, nommée clie-tchin (fig. 3), ressemble à la paille du millet; sa longueur est de 0m,l I ; la tête cannelée en spirale facilite la manœuvre dans l’opération et empêche une trop grande pénétration dans le tissu des organes; l’extrémité est extrêmement fine et acérée. Cette aiguille sert à piquer les vaisseaux dans lesquels l'air est raréfié, par suite d’épuisement, d’oppression, etc.
La quatrième, nommée fong-tclie (fig. 4), est longue de 0m,05; la moitié de son corps est évidée et présente trois cavités, comme une épée triangulaire. On s’en sert pour saigner dans les maladies graves.
La cinquième, appelée py-tchin (fig. 5), a une forme toute particulière ; son extrémité ressemble à une épée à deux tranchants ; sa largeur est de 0m,02T et sa longueur de 0m,13. On s’en sert pour ouvrir les abcès.
La sixième, appelée yuen-tcliin (fig. 6), est longue de 0m,05, a le corps très-fin et l’extrémité très-acérée. On s’en sert pour guérir les douleurs produites par une inflammation. La tête est cannelée en spirale.
La septième , nommée hao-tchin , diffère de la précédente par sa longueur, qui est deOm,12.
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On s’en sert dans les maladies causées par un refroidissement d’une partie du corps. (V. fig. 6.)
La huitième, appelée tcliang-tcliin ou longue aiguille, a 0m,22 de longueur, la pointe très-acérée, et le corps proportionné à la longueur. On s’en sert lorsque le mal a pénétré profondément. La tête est cannelée en spirale. (V. fig. 6.)
La neuvième, nommée ho-tchin (fig. 7), est longue de 0m,12, le corps rond et proportionné à la longueur. On s’en sert dans les maladies provenant d’empoisonnements miasmatiques ou produites par l’infiltration d’un virus dans les organes.
Tout médecin qui veut pratiquer l’acuponcture doit préalablement étudier avec le plus grand soin la place d’élection pour les piqûres dans chaque affection ; il doit connaître la profondeur à laquelle il doit, dans chaque cas, enfoncer les aiguilles au-dessous de la peau, pour atteindre le siège du principe morbifique et lui donner une issue convenable; et enfin il doit savoir combien de temps il est nécessaire de laisser les aiguilles en place, afin d’obtenir le meilleur résultat thérapeutique.
Pour faire l’opération , on tend le plus possible la portion de peau que l’on veut perforer. Ceci étant fait, on saisit l'aiguille entre le pouce, l’index et le médius de la main droite, l’index appuyant sur la tête de l’aiguille. On avertit le malade de tousser, et aussitôt, posant la pointe de l’aiguille sur le lieu d’élection, on l’insinue insensiblement , au moyen de mouvements de rotation , à la profondeur qu’on désire atteindre. Lorsque le pouls sera élevé, on fera pénétrer l’aiguille en l’inclinant légèrement à gauche; si le pouls est faible, l’inclinaison sera donnée à droite; s’il y a douleur, l’aiguille devra être enfoncée verticalement. Dans le premier cas, le mouvement de rotation aura lieu de gauche à droite; dans le deuxième cas , de droite à gauche.
Si la profondeur h laquelle on veut atteindre est grande, on devra faire pénétrer l’aiguille peu à peu , au moyen de plusieurs mouvements de rotation. Supposons, par exemple, qu’il soit nécessaire d’enfoncer l’aiguille à une profondeur de 1 tsun ou 0m,03 : le malade ayant toussé, on enfoncera l’aiguille de 0m,0I, on répétera ensuite deux fois cette même opération.
Le temps pendant lequel on doit laisser l’aiguille dans les chairs est déterminé pour chaque lieu d’élection, mais en général la durée de l’application doit être en rapport avec le soulagement du malade et son état de faiblesse. L’aiguille étant dans les chairs, il faut avoir bien soin de frapper légèrement la tête trois fois avec l’extrémité de l’ongle du médius, comme si on donnait une chiquenaude ; les médecins chinois disent que cela active la circulation de l’air. On devra de même, pour activer la circulation du sang, gratter avec l’ongle les spirales de la tête de l’aiguille, et répéter cette opération trois fois en remontant.
L’aiguille étant retirée, on cautérisera la place d’élection avec des feuilles d’armoise. On prendra une feuille d’armoise, que l’on roulera en spirale , de manière à en former un petit cône ; on placera ensuite une sapèque ou un corps plat en métal et percé d’un petit trou sur le lieu d’élection ; on posera le petit cône d’armoise sur le trou de la pièce de monnaie, et on mettra le feu à son extrémité; on retirera l’armoise dès que la peau sera trèséchauffée. Cette opération se répétera suivant le nombre prescrit pour chaque affection. Dans les cas graves, lorsqu’il y aura furoncles, anthrax ou abcès, on remplacera la pièce de métal par des rondelles d’ail , que l’on percera de plusieurs trous , et sur lesquelles on mettra la feuille d’armoise. Quelquefois il n’est pas nécessaire, ou même il y aurait danger à se servir des aiguilles; on a recours alors à la cautérisation.
Nota. Chaque place d’élection est fixée par sa distance à une partie du corps très-apparente et mesurée sur une droite horizontale ou verticale, ou bien par sa distance à deux points du corps connus , mesurée sur deux lignes droites partant de chacun de ces points. L’unité de longueur dont on se sert pour mesurer les distances d’un lieu d’élection aux différentes parties de la tête et au cou est représentée par la ligne de séparation des deux coins de chaque œil. L’unité de longueur qui sert à mesurer les distances d’un lieu d’élection aux parties du corps comprises entre le cou et les cuisses est représentée par le huitième de l’horizontale menée entre les deux mamelons des seins. L’unité de longueur qui sert à mesurer la distance d’un lieu d’élection aux cuisses , aux bras , aux pieds et aux mains , est représentée par la ligne droite menée entre les extrémités des deux articulations du médius gauche chez l’homme et du médius droit chez la femme, le médius étant courbé. Chacune de ces unités de longueur se nomme tsun , que l’on évitera de confondre avec l’unité de longueur égale à 0m,0314. Chaque tsun est partagé en 10 /en.
DE L’ACUPONCTURE.