Imilalion ri'Homi'îre. //., X, ''i.'i
sous LA RKlM'IiLIQqj;. \1
on Itrise la trie sur iiiio pierre on avec une pierre, il dit :
Saxo cere comminuit bnim.
On a voulu voir, et M. Ménièrc est de cet avis, dans bruni « une figure de rhétorique, une imitation du bruit causé par la rencontre de la pierre et de la tête, une simple onomatopée, enfin quelque chose comme ce fameux Taratantara pour le son de la trompette. » Mais alors que faire de cere? M. Ménière n'en sait rien, pas plus que ses devanciers. En vérité, n'est-ce pas aller chercher bien loin ce qui est bien près? Ennius a fait ce qu'on appelle une tmèse en style d'école, c'est-à-dire qu'il a partagé en deux le cerveau du pauvre diable pour faire plus aisément son vers et lui donner en même temps une certaine résonnance imitative. Réunissez les deux parties, et vous aurez cerehnim : la cervelle tout entière. C'est un vers de la force de celui-ci :
Déficiente i:iccu déficit omne nia.
Ceci est une petite faute par commission, en voici une autre par wnission :
Il y a dans une des tragédies d'Ennius, intitulée Achille^ toute une scène oubliée par M. Ménière et qui m'a paru d'autant plus importante qu'elle constitue un des rares documents que nous possédions sur la médecine militaire des anciens; elle nous a été conservée en partie par Cicéron dans les Tusculanes, au livre II, chapitre 16, .^ 38. Il la rapporte comme un exemple de la force d'àme qu'un guerrier éprouvé sait déployer au milieu du champ de bataille, loin d'imiter les bon-
leux gémissements de ces jeunes recrues qui ne veulent ni supporter les fatigues ni. mépriser les coups. Eurypylo Itlessé s'adresse en ces termes à Patrocle' : ({ 0 Patrocle ! je viens vous demander du secours et l'aide de vos mains avant que "je ne succombe à ce mauvais coup que vient de me porter une main ennemie. Les autres blessés remplissent les portiques des enfants d'Esculape, je ne puis en approcher. Mes genoux fatigués fléchissent sous mon corps tremblant, et je n'ai nul moyen d'arrêter mon sang qui s'échappe à flots... Mais celui qui prépare la mort à autrui doit savoir qu'un sort pareil l'attend. »
Et le reste.
La scène se passe un peu autrement dans Y Iliade; Eurypyle y paraît encore plus noble parce qu'il est moins diffus ; il s'y montre, du reste, fort instruit des ressources de l'art ; ajoutez que dans Homère il n'est pas question du temple d'Esculape; c'est un véritable anachronisme de la part d'Ennius.
Ennius n'a-t-il fait que traduire librement Homère, ou bien cette scène est-elle le reflet de ce qui se passait également dans les armées romaines? Je ne saurais le décider, et je voudrais croire, malgré l'absence de documents authentiques, que Rome, pendant toute la durée de la république, n'a pas laissé sans secours tant de braves soldats sur les champs de bataille î îl est vrai que dans Silius Italiens, un médecin figure à l'armée d'Annibal ; mais, comme dans Caton, c'est par
1. Je traduis l'exeellenl texte de MM. Valilen et Ribbeck {Fragments d'Ennius et des traaiques grecs, à Leipzig , fiiez Teubner), comme préférable à celui qui se trouve dans les éditions de Cicérou.
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des charmes [cantu] et par quelques jus d'herbes [herharum succis) qu'il guérit les blessures. Je vois bien encore au sixième livre des Puniques un certain Marus se montrer habile chirurgien auprès de Régulus blessé ; , toutefois je ne sais quelle autorité on peut accorder ici à Silius Ilalicus, et peut-être les Romains en usaient-ils avec leurs soldats blessés comme les Russes avant Pierre le Grand.
Ennius, comme on le voit par cette maigre récolte, ne paraît pas avoir eu grand souci de la médecine et des médecins; contemporain et ami de Caton, il a dû se médicamenter lui-même, ce qui ne Ta pas empêché de mourir de la goutte et d'ivrognerie, à l'âge de soixante-dix ans, il est vrai. Sans doute fidèle observateur des préceptes et rigide imitateur des exemples du grave censeur, il mangeait du chou plus que de raison avant et après boire. Lui-même a dit :
Numquam poetor nisi podager,
et Horace ' prétend que sa muse était au fond d'une bouteille.
Ennius ipse pater nunquam, nisi potus, ad ai'ma Prosiluit dicenda.
Du reste, il avait une hygiène succulente et recherchée ; on peut en juger par quelques fragments de ses préceptes de gastronomie imités d'Archestrate [heduophafjeticd]. Les médecins l'ont fort blâmé , Montaigne le gourmande, les poêles l'ont absous, et Rabelais le place en très-bonne compagnie.
1, Epht. 1, 19, 7.
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Piaule, conlcmporain d'Enuius, mais un peu plus jeune que lui (Ennius est né en 239 avant Jésus-Christ, Piaule en 224 ou 227), fournit à M. Méniére une riche moisson. Cela s'explique aisément : Piaule n'élail pas l'ami de Caton, par conséquent il n'élail pas l'ennemi des médecins ; il écrivait des Comédies^ et non pas des Annales ou des Tragédies. D'Enuius nous n'avons que des vers isolés, tandis que les copistes nous ont conservé de Piaule des comédies entières. Aussi les scènes médicales, les indications de maladies et de traitements abondent dans ce qui nous reste du prince de la comédie latine ; je n'ai vraiment que l'embarras du choix. Mais aussitôt se présente à l'esprit une dil"ficullé considérable : ces antiquités médicales, qui abondent dans Piaule, se rapportent-elles à la Grèce ou à Rome? Piaule, qui a imité les poêles grecs, ne leura-t-il pas emprunté jusqu'aux personnages, jusqu'aux moindres délails de rannirs? Il esl vrai qu'avec Piaule nous en sommes encore à la fabula palllata, à la comédie en manteau; les personnages sont habillés à la grecque ; ils ont des noms grecs, mais ils parlent et agissent en Romains. Evidemment on joue les scènes de la vie romaine sur un théâtre grec, et, comme le remarque avec autant de finesse que de raison l'élégant traducteur, l'inlerpiètc érudit de Plante : <( Il y avait quelque chose de sympathique pour les spcc-
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lalcurs dans les pci'sonna^cs de Piaule ; il lalinisa SCS imilalions par les ressorts dramatiques, par l'esprit du dialogue, par une foule de dessins originaux, et présenlail aux Romains le miroir de la société romaine. Voulez-vous pénétrer dans l'intérieur des maisons, surprendre les Komains en partie de plaisir avec leurs maîtresses ou en querelle avec leurs femmes, non plus sous les armes et sous la prétexte, mais en négligé, en déshabillé? Lisez Piaule. Son lliéàlre est l'histoire secrète et anecdotique de la vie romaine '. )> — Youlezvous, dirai-je à mon tour, surprendre à Rome le médecin grec dans son cabinet ou en visite chez ses clients? Lisez Plante, et commencez par entrer avec lui dans la maison du docteur.
A Rome comme à Athènes, les médecins avaient boutique sur rue [iatreion, officine médicale). Plautc nous y introduit par un chemin assez détourné, dans cette comédie si bouffonne et si hardiment imitée par Molière, dans V Amphitryon. Jupiter a pris la figure du héros Amphitryon pour séduire la belle et vertueuse AIcmène; Pépoux légitime, Pheureux vainqueur des Téléboens, arrive un peu trop tard ; Jupiter a pris sa place, et on lui refuse Penliée de sa propre maison ! II ignore sa mésaventure, veut à toute force se faire reconnaître, et invoque à grands cris le témoignage de son pilote Naucratès ; mais Naucratès a disparu ; c'est en vain qu'Amphitryon a parcouru les places, les gymnases, les parfumeries, le lieu où se réunissent les négociants (nous dirions aujourd'hui la
1 . M. Naiulel, Nolicc aiir la vie cl les ccrils de l'IiiiiW.
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Bourse j, le inai'clic, le forum; c'est en vain qu'il est entré dans la boutique des médecins et dans celle des barbiers. Le rapprochement est bien trouvé \ nos voisins les barbiers ont profilé du contact; ils sont devenus nos confrères et ont fini par nous faire une rude concurrence, qui dure encore dans maintes contrées, et en France dans maintes provinces.
A entendre Plante , on croirait volontiers que les boutiques des médecins (rappelez-vous qu'Arcbagalhus en avait une à Rome en o3S) et celles des barbiers étaient le rendez-vous des flâneurs et l'officine des cancans. Cela, du moins, n'est glus guère vrai maintenant que de la boutique d€s barbiers ; et même dans l'antiquité nous trouvons plus d une officine médicale fort respectable, à commencer par celle d'Hippocrate et à finir par celle de Galien. — Un des auteurs de la Collection hippocratique recommande au médecin de choisir pour sa demeure un emplacement convenable et bien 'exposé. Dans l'officine proprement dite, tout devait être disposé pour la pratique des opérations petites ou grandes; en conséquence, elle était pourvue de machines, d'appareils, de lacs, d'instruments bien aiguisés, de linge, d'épongés, de sièges, de bancs et de tout ce qui sert au pansement des plaies. Gomme l'officine était en même temps une pharmacie et un dispensaire, on y trouvait toutes sortes de médicaments simples ou composés. Il y avait, ainsi que de nos jours, des préparations magistrales exécutées instantanément, suivant l'occurrence, et des préparations ojficinales réglées par une espèce de Codex auquel Hippocrale renvoie quelquefois. Ces préparationsétaienl
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faites clans rofficine par les médecins qui lesjendaienl pour être emportées, ou les administraient sur place. On voit même que les liippocratistes, pour n'être jamais pris au dépourvu, se faisaient suivre d'une petite pharmacie et d'un appareil de pansements quand ils pratiquaient au loin. Des aides libres ou esclaves aidaient le médecin dans l'ofBcine, l'accompagnaient dans ses courses et restaient auprès des malades quand le cas était grave.
Les matières premières tirées de l'un ou l'autre règne étaient fournies aux médecins sur les marchés publics, soit par les rhizotomes (coupeurs déracines), chargés de recueillir les plantes ou les sucs; soit par \qs pharmacopoles, espèces d'herboristes qui avaient sous leurs ordres des botanistes, auxquels était confié le soin de séparer les mauvaises herbes des bonnes. Les pharmacopoles débitaient toutes sortes de drogues, simples, médicamenteuses ou vénéneuses. On ne ■ connaît pas bien leurs rapports avec le public. Toutefois les témoignages concordent pour établir c|u'ils ne remplissaient en aucune façon le rôle de nos pharmaciens, qu'ils ne servaient point régulièrement d'intermédiaires entre le malade et le médecin, qu'ils ne vendaient pas sur ordonnance^ Que le malade d'Athènes ou de Rome se soit adressé volontiers aux pharmacopoles, comme le malade de Paris aux marchands de la rue des Lombards, cela n'est pas douteux; encore il paraît que les médicaments, surtout les médicaments composés délivrés par les pharmacopoles, étaient