‹ La médicine, histoire et doctrinesChapitre 39 sur 109 · De cœlo, IV · texte numérisé non relu

De cœlo, IV

Timée(t. II, p. 234 et siiiv. delï'clition deM.H. Martin), expliquait la différence des quatre éléments parla différence des corps géométriques réguliers; selon lui, le feu était formé de tétraèdres, l'air d'octaèdres, l'eau d'icosaèdres, la terre d'hexaèdres; l'univers entier avait la forme d'un dodécaèdre.

Cependant Galien se rapproche de nouveau d'Aristote, en ce qu'il attribue deux qualités premières à chaque élément : le chaud et le sec au feu, le froid et le sec à la terre '. Cette doctrine s'accorde en effet exactement avec un passage du troisième chapitre, livre II, du traité Sur la génération et la corruption^ où nous lisons : « Le feu est chaud et sec, l'air est chaud et humide, car l'air est comme une vapeur, l'eau est froide et humide, et la terre froide et sèche. » (Voyez aussi chap. 2).

Ce qu'il y a de plus clair dans les idées de Galien sur la nature, c'est qu'il admet, avec Platon et surtout avec Aristote, le principe des causes finales. Ce principe , qui revient à chaque page dans ses œuvres, qu'il applique à tous les détails de l'organisme et de la vie, est en même temps la preuve sur laquelle il s'appuie pour reconnaître au-dessus de la nature un être infini en sagesse, en bonté et en puissance. Le passage ^ où il exprime cette conviction est devenu classique, et mérite d'être reproduit en entier.

« Pourquoi disputerais-je plus longtemps avec ces

t. T)e elem. sec. Ifipp., c;ip. G, I I, \). 468. 5. Primt pnri., m, 10, t, III, p. 2?.7, t'I dans ma traduclion, 1. \, p. 2,".(l i'A siiiv.

êtres dépourvus d(^ raison (les blasphémateurs)? Les personnes sensées ne seraient-elles pas en droit de me blâmer, et de me reprocher à juste titre de profaner le langage sacré qui doit être réservé pour les hymnes à l'honneur du Créateur de l'univers? La véritable piété ne consiste pas à immoler des hécatombes ou à brûler mille parfums délicieux en son honneur, mais à reconnaître et à proclamer hautement sa sagesse, sa toutepuissance, son amour et sa bonté... Le père de la nature entière a prouvé sa bonté en pourvoyant sagement au bonheur de toutes ses créatures, en donnant à chacune ce qui peut lui être réellement utile. Célébronsle donc par nos hymnes et nos chants ! Il a montré sa sagesse infinie en choisissant les meilleurs moyens pour parvenir à ses fins bienfaisantes; il a donné des preuves de sa toute-puissance en créant chaque chose parfaitement conforme à sa destination. «

Mais, tout en proclamant la puissance divine, Galien croit, avec l'antiquité païenne, qu'elle ne peut agir qu'en se soumettant à certaines conditions naturelles inhérentes à la matière. « C'est là, dit-il, ce qui dislingue l'opinion de Moïse (on remarquera cette mention de la cosmogonie biblique) de la nôtre, de celle de Platon, et de tous les Grecs qui ont bien traité la science de la nature; car pour Moïse, il suffit que Dieu veuille arranger la matière, et elle est de suite arrangée ; il croit que tout est possible à Dieu, quand même il voudrait changer de la cendre en cheval ou en bœuf. Nous ne pensons pas ainsi ; nous croyons qu'il y a des choses naturellement impossibles, et que Dieu ne touche pas à ces cboses-là, mais qu'entre les choses possi-

ET DE SES DOCTRINES PllILOSOlMIIQUES. 79

bles il choisit le meilleur*. » — Quelques lignes plus bas on lit encore : «Nous disons que Dieu esl la cadse de deux choses : de réleclion du meilleur dans les œuvres qu'il construit, et du choix de la matière. »

OriMOXS DE GALIEX SUR L'AME.

Ce qui précède nous conduit naturellement à parler de \a physique deGalien et surtout de ses théories sur l'âme. Aristote- définit l'âme : une substance qui esl comme l'entéléchie d'un corps naturel, lequel a la vie en puissance. » Galien, par une distinction arbitraire et qui n'est nullement dans l'esprit d'Aristote, lâche de nous faire croire^ que celte défini lion signifie positivement que la substance de l'âme est le tempérament des quatre qualités ou des quatre corps primitifs : le chaud, le froid, le sec et l'humide.

Avec une telle façon de penser, il ne pouvait accepter rimmortalité de l'âme, ou plutôt de la partie pensante de l'âme enseignée par Platon. « Si Platon vivait encore, dit-il, je voudrais surtout apprendre de lui pourquoi une perte abondante de sang, de la cigui' prise en boisson, ou une fièvre ardente sépare l'âme du corps; car, selon Platon, la mort arrive quand l'âme se sépare du corps*. » Il ne saurait comprendre,

1. Di' nsu pnrl.,\\, l't, I. 111. p. fldô, el dans ma Irad., I.I, p.CSi el siiiv.

Page 1