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sorcier, un liiiseur de prodiges, el tout eela pour avoir éludié la cliiniieà une épo(]ue où celle science s'appelait l'alchimie et était synonyuie de magie naturelle. Que de gens du monde ne connaissent pas Albert à d'autres litres! Mais il y a toujours deux renommées pour les esprits d'élite : celle que fait 1-e peuple et celle que font les savants; la première est même souvent la seule qui survive.
Encore si cette renommée populaire d'Albert reposait sur ses véritables écrits; mais il n'en est pas ainsi, et comme au moyen âge tout savant était nécessairement sorcier, comme d'un autre côté les alchimistes et les magiciens avaient l'habitude, pour s'épargner les poursuites judiciaires ou ecclésiastiques, de placer leurs écrits à l'abri d'un nom illustre ou respecté, on a mis sur le compte de notre écrivain presque tous les ouvrages de sorcellerie qui furent corn]iosés à son épo- (pie, entre autres le livre des Merveilles du Monde, le Miroir astrologique, la Philosophie des Pauvres, et presque de nos jours le Traité des Secrets, ou Petit Albert, qu'on réimprime et qu'on lit. Non content d'avoir fait planer sur Albert la réputation de magicien, on l'accusa de s'être écarté de la pureté inhérente au sacerdoce, en exerçant le métier d'accoucheur *. On a dit qu'il avait réussi à faire parler une statue en bronze et qu'il évoquait les moits. On n'a pas manqué noiï plus de prétendre qu'il avait trouvé la pierre philosopliale, que ce secret, découvert par saint Dominique et livré à Albert par des adeptes, lui permit d'acquitter
1. Celle accusation repose sur dcu\ livres apocryphes, Delà Aalure dei choses et Des Secrets des femmes.
en trois ans toutes les dettes que les évêques ses prédécesseurs avaient contractées à Ratisbonne.
Enfin les chroniqueurs racontent que Guillaume, comte de Hollande et roi des Romains, en traversant cette ville, s'arrêta dans le couvent de cet homme illustre, et que là il se passa une suite de prodiges. C'était le jour des Rois; l'hiver avait complètement dévasté la nature, et un manteau de neige. et de glace recouvrait toute la terre. Cependant, au grand élonnement du prince et de sa suite, Albert les reçoit dans un jardin de son cloître, ombragé d'arbres couverts de fleurs, de feuilles et même de fruits, comme au milieu de l'été. Ce fut sous ces bosquets embaumés, où retentissait le gazouillement des oiseaux, que l'on dressa la table et qu'il leur offrit un suave banquet. On ajoutait que cette végétation factice disparut comme par enchantement lorsque la compagnie se retira!...
Selon de Humboldt, toute la prétendue magie du dominicain de Cologne s'explique par l'art qu'il avait déployé à construire une serre chaude dans son cloître, art qui était alors absolument inconnu. En fallait-il en effet davantage, dans ces siècles superstitieux, pour que ce banquet donnât lieu aux plus étranges récits et fût présenté comme une opération diabolique.
Considérée dans son ensemble, l'œuvre d'Albert n'est qu'un commentaire d'Aristote déjà démesurément amplifié par les travaux d'Averroès et d'Avicenne. Au lieu d'être un de ces cadres étroits comme en traçaient du sixième au dixième siècle les Isidore et les Rhabanus Maurus qui donnent plutôt des dédnitions
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que des démonstrations, la Somme d'Albert est une vaste systématisation dont les parties se tiennent toutes par un lien plus ou moins apparent, et où tout concorde vers un but unique, la glurilication de Dieu par ses œuvres; elle se résume dans ce mot sublime de saint Augustin, que les connaissances humaines sont autant de degrés qui élèvent l'âme vers Dieu. En général , on ne paraît pas avoir compris cette tendance des écrits purement scientifiques d'Albert, et Fleury commet le plus grand contre-sens historique qui se puisse imaginer quand il lui reproche, mais sans s'être donné la peine de le lire, d'avoir dérobé pour l'étude des sciences le temps qu'un prêtre et qu'un moine doivent à la prière, à l'étude de l'Écriture et de l'histoire de r Église.
On reconnaît aussi dans les œuvres d'Albert un antagonisme des plus prononcés contre l'école d'Averroès, et, à vrai dire, ce fut ce grand docteur qui le premier leva l'étendard contre l'incrédulité averroïstique, dont Frédéric II s'était fait, sous prétexte d'amour des sciences, une arme contre la cour de Rome et un étendard de rationalisme exagéré. M. Ponchet, qui a trèsbien saisi l'esprit tbéologique des écrits scientifiques d'Albert, ne parait pas y avoir reconnu ce côté polémique, et il leur assigne pour caractère distinctif la recherche des causes; il croit même trouver là une direction nouvelle; mais cette recherche faisait déjà le fond des écrits d'Aristote, de Théopbraste et de Galien ; ces grands auteurs en ont même abusé et ont conduit la science dans une voie stérile parce qu elle est presque toujours sans issue, la recherche de la cause finale.
Elle existe, sans doute, cette cause, puisque (je me sers d'une expression de Kant) dans un produit organisé de la nature , tout est but et réciproquement moyen; mais il n'est donné qu'à Dieu de la connaître. Nous ne pouvons, nous, constater le plus ordinairement que les rapports de l'organe avec la fonction ou du fait avec ses conséquences.
M. Pouchel analyse avec exactitude les traités d'histoire naturelle d'Albert (zoologie, botanique, minéralogie, et parva naturalia, ou traités dans lesquels on étudie, comme dit Aristote ', les facultés communes au corps et à l'âme). Nous ne le suivrons pas dans ce travail, que chacun pourra lire avec intérêt et profit en recourant à l'ouvrage lui-même. Nous ne voulons nous arrêter que sur quelques points : les sources auxquelles Albert a puisé les matériaux de son ouvrage, et la méthode qui a présidé à ses recherches. Ce qui importait avant tout, mais ce qui était, je l'avoue, très-long et très-difficile, c'était de déterminer avec précision ce qui appartient en propre à Albert et ce qu'il a emprunté aux autres auteurs. Assurément je n'ai pas poursuivi cette espèce de triage pour tous les sujets; mais je puis afïirmer, par exemple, qu'Albert a pris beaucoup plus à Aristote et aux Arabes que M. Pouchet ne le pense ; et je suis persuadé que si on comparait l'encyclopédie d'Albert avec ce que les Arabes avaient fait connaître d'Aristote à celle époque, il resterait bien peu de chose qu'on puisse revendiquer en faveur de l'illustre dominicain. On m'objectera peut être que sur
1. De senau, I, I. Pour toutes les eitalions d'AHslote, je me réftre à l'édition de l'Académie de neiiin.