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mal de gorge; quelques jours après, il fallut requérir Icministère du chirurgien pour e\lraire le malheureux chicot.
Saint-Simon accuse quelque pari Fagon d'avoir fait périr le roi sous un tas d'oreillers de plume qui le faisaient tellement suer toutes les nuits, qu'il le fallait frotter et changer chaque matin. Cette surcharge de couvertures n'est qu'une invention de la malignité de Saint-Simon, qui détestait le premier médecin. L'ignorance d'un homme d'esprit qui veut parler de' ce qu'il ne sait pas éclate avec une rare impertinence dans cette phrase : « Les sueurs forcées des nuits furent cause de la mort du roi, comme on le reconnut à rouvei^ture de son corps. » Un médecin qui lit une pareille phrase ne peut que hausser les épaules. Fagon se plaint au contraire, en nombre de passages du Journal, que le roi, malgré la goutte, les fluxions rhumatiqueset la lièvre, desquelles il était quasi toujours travaillé, ne voulait pas ramener sa couverturô ordinaire sur lui, ou acceptait à grand'peine une simple couverture d'ouate, et cela dans les plus grands froids. Les sueurs que Fagon obtient à grand'peine amènent toujours quelque soulagement à Yenmuure, à la goutte et aux douleurs '. S. M. finit par accorder «aux instantes supplications » de son premier médecin « d'avoir toujours une garniture prête dans sa chambre pour changeren s'éveillant, pour peu qu'elle soit mouillée, et le jour lorsqu'elle sue beaucoup. « Cependant le roi oublie sa promesse, et on voit qu'il a soin de tenir les bras hors de son
lit le malin pour éviter de changer de linge. Fagon, pour des douleurs rhumatismales que le roi avait contractées à Trianon un soir du 1" de juin, obtint qu'on placerait de petits oreillers swr le col et sur les épaules ; une autre fois il décide le roi à envelopper un bras rhumatisant dans une manche de flanelle '. En vérité, il n'y avait pas de quoi étouffer un homme, pas plus qu'avec ce manteau de satin légèrement ouaté qu'on substituait pendant la nuit à un manteau de toile pour entretenir une moiteur salutaire dont on soutenait le bon effet à l'aide de frictions pratiquées chaque fois que le roi changeait de linge. On voit du reste, par les remarques mêmes de Fagon, que le roi entrait facilement en transpiration, qu'il supprimait fort souvent ces sueurs par indocilité, et qu'il en advenait toujours quelque redoublement de goutte ou de rhume'-. Le témoignage des premiers médecins sur l'humeur difficile, sur les imprudences journalières et systématiques, sur les appétits voraces du roi, mérite d'autant plus de confiance, que le Journal a été écrit par « exprès commandement » de S. M. (p. 100) qui ne manquait pas de le lire (p, 205), moins sans doute pour profiler des conseils qui s'y rencontrent çà et là- que pour s'enorgueillir des éloges qui y abondent ; il a fallu que l'évidence fût bien grande aux yeux des médecins (et aussi que le sentiment du respect de soi-même lut bien petit chez le roi) pour que nous trouvions dans ce
1. En maintes occasions (voyez, par exemple, p. 281), Fagon manifeste sa joie de ce que S. M. veut bien suivre ses conseils, ne lùt-ce que pour quelques jours.