Voy. Appendice, n° IV
Ilippocralo, qui n'a jamais refusé les présents d'Artaxerce qui ne lui en a jamais olïert, n'oublie pas non plus les honoraires; on ne les payait pas toujours de son temps, et, à ce qu'il paraît, on ne les paye pas toujours du nôtre. Le médecin de Cos souhaiterait même qu'on fit un marché d'avance , quand le mal n'est pas pressant; cela, dit-il, donne au malade l'assurance qu'il ne sera pas abandonné. Tant qu'ils souffrent, continue-t-il, les malades se ruinent en promesses ; une fois guéris, ils sont prêts à injurier leur sauveur. Le même versificateur que je viens de citer, paraphrase encore ce passage de l'opuscule des Préceptes :
Ergo petas pretium, patienti dum dolor instat ; Nam dum morbus abest, dare cessât ; lis quoque restât; Euipta solet care multum niedicina juvare; Si qua detur gratis, nil confert utilitatis.
« Mais, continue Hippocrate, le médecin n'exigera son salaire qu'en vue de s'avancer dans son art ; il s'accommodera toujours à la fortune de ses clients ; quand il y aura des étrangers ou des pauvres^ c'est auprès d'eux qu'il courra tout d'abord, disposé à les assister non-seulement de ses remèdes^ mais encore de sa 6oM?'5e. » A cette pieuse recommandation, le christianisme ne pouvait ajouter que le baiser d'a?7îitié qn m temps de saint Jérôme le médecin donnait aux malades pour les. engager à prendre le remède salutaire, mais repoussant. Je crois cependant, à ne rien cacher, qu'on a bien fait de renoncer à cet usage assez compromettant sous plus d'un rapport.
Achevant ce tableau physique et moral, Hippo-
craie, bien éloigné en cela du sentiment de Platon qui souhaite toutes sortes de maux au médecin pour lui donner de Texpérience et le mettre à même démontrer qu'il conserve sa vie par la force de son art; Hippocrate, dis-je, recommande à ses confrères d'avoir, autant que la nature le leur permet, le teint frais et de l'embonpoint, attendu que le vulgaire s'imagine qu'un • médecin qui n'a pas bonne apparence n'est pas en état de bien secourir les autres. Montaigne a dit aussi : « Jamais médecin laid et rechigné ne fait œuvre. »
Scrutateur profond de la nature, observateur attentif des malades, Hippocrate a peint d'un seul trait le triste spectacle auquel assiste chaque jour le médecin et tous les dégoûts qu'il doit surmonter, toutes les ingratitudes qui Tattendent pour prix de ses veilles et de sa sollicitude '.
« Parmi les arts, il en est certains qui sont pénibles à ceux qui en possèdent les secrets, mais avantageux pour ceux qui en usent; qui sont une source commune de bien-être pour le vulgaire, mais une source de peines et de maux pour ceux qui l'exercent. Au nombre de ces arts est celui que les (Irecs nomment médecine. Le médecin voit des choses pénibles, touche des objets repoussants, et, dans les malheurs d'autrui, il ne recueille que l'ingratitude et des chagrins personnels; les patients, au contraire, par l'entremise de l'art, et non de la fortune, comme beaucoup le prétendent, échappent aux maux les plus terribles : maladies, souS"rances, , peines et mort, car c'est contre tous ces maux que la médecine se montre efficace. »
Je voudrais pouvoir reproduire ici tout le chapitre que M. Chomel a intitulé : Des mot/ens propres à soii-