II
« Tenez! je veux fermer cette lettre avant qu’elle soit tout 11 fait morte.... sans quoi, je vous maudirais au nom de votre femme et de votre enfant.
« Marcelle respire encore; je prierai donc ppur son père qu’elle a tant appelé, mais qui ne l'a pas entendue! » Gorentine de sanp-froid n'eût pas écrit avec cette violence; mais, depuis huit jours, toutes les fois qu’une voiture passait au loin, toutes Les fois qu’un pas précipité se faisait entendre, chacun à la Plantelle disait :
« C’est lui! c’est le père de Marcelle!... »
Si un cliien du voisinage aboyait, si une porte s’ouvrait brusquement, on s’écriait ; f C’est lui! »
El le regard de l’enfant malade se ranimait, pour reder venir plus terne après chaque vaine espérance.
« Il ne viendra pas! Il ne viendra plus!... » dirent enfin avec découragement tous les hôtes de la ferme.
Alors Marcelle s’affaissa, ne trouvant même plus un sourire pour son bien-aimé Pierre-Paul.
Nuit et jour, il n’avait cessé d’aider Corentine avec un zèle infatigable. Il s’ingéniait à distraire la petite malade ; son cœur l’inspirait, et si la plus active tendresse avait pu la guérir, il eût été son sauveur. Mais, hélas! il ne put satisfaire l’unique caprice de Marcelle, touchant vœu filial que son père n’exauçait pas.
Pierre-Paul consterné restait immobile, laissant couler ses larmes, comprimant ses sanglots, et presque aussi abattu que la jeune mourante. Les Morgan et les Roverin partageaient sa profonde douleur, qui n’était égalée que par celle de Corentine.
Tout le canton s’intéressait ardemment à l’état de la petite Marcelle, et chacun attribuait les progrès du mal à la coupable indifférence d’Émilien Durantais, en sorte que l’indignation de Gorentine fut surexcitée par ses parents, ses voisins et ses amis. Sa lettre était l’expression des sentiments de toute la population rurale, déjh fort mal dispo-
sée envers M. Durantais, — «! homme dur el lier, disaient les uns; — méprisant pour le pauvre monde, répliquaient les autres; — oublieux de son origine de paysan, quoique ce ne fût après tout que le petit-fils d’un simple laboureur, le bonhomme Durantais: — un gars de mon temps, ajoutait la Bernarde. »
Au Moire comme à la Plantelle, on avait sévèrement blâmé la vente de la Petite-Plorée, son patrimoine; plus lard, le conseil de famille, convoqué par Jacques Morgan, subrogé tuteur de Marcelle, avait dû protester énergiquement contre le dessein de vendre de même la Grainée-sur- Coésnon, les prairies et les bois qui constituaient l’héritage de Nicolas Faron.
« H ne se soucie plus de rien avoir au pays, il n’aime que son Paris, ce beau monsieur-là! Il a honte de nous; H ne veut pas revenir dans un endroit où l’on sait bien qu’il n’est qu’un gars tout comme toi ou moi ! »
Voilà ce qu’on disait de toutes parts.
« S’il aimait seulement sa fille, reprenaient les mauvaises langues, la laisserait-il à Saint-Loup, en nourrice chez la Morgan?... La petite est bien d’âge pourtant à ce qu’il s’occupe d’elle. » .. .
Malgré tant de propos colportés de ferme en ferme, grossis et souvent envenimés par la rumeur publique, on se gardait pieusement de prononcer devant l’enfant un seul mot qui pût diminuer son amour ou son respect pour la personne de son père. Loin de là, parents, ou amis se faisaient un devoir de la porter à le vénérer et à le chérir.
Si la vie des champs est plus heureuse que celle des villes — vérité trop vieille pour avoir besoin d’être démontrée ; — et si quelques-unes de nos plus funestes passions, trouvant moins d’aliments dans les campagnes, s’y développent plus rarement, ce n’est point à dire que les paysans soient doués de toutes les vertus et les citadins fatalement adonnés à tous les vices.
Rien de plus faux, rien de plus injuste, rien de plus 404 8
funeste même que cette thèse, dont l’exagération trop fré* quente aujourd’hui,' surexcite l’orgueil du paysan, son envie déraisonnable et sa haine sans motifs pour les habitants des grands centres de population. Qu’il sache jouir de son sort dont il ignore les avantages, qu’il n’aspire pas imprudemment à vivre à la ville, qu’il n’abandonne pas la vie des champs, qu’il s’estime favorisé par la Providence, mais qu’il ne se vante pas d’être meilleur parce qu’il a ce premier bonheur d’être en butte à moins de besoins ou de tentations et de rencontrer moins d’occasions de faire le mal. Partout, hélas 1 l’homme se laisse trop facilement dominer par ses mauvais penchants, et partout aussi, grâce au ciel, il peut en triompher.
Ces réserves utiles une fois faites, on né craindra pas d’ajouter que le commandement de Dieu : « Père et mère honoreras, » est mieux observé dans les campagnes, et surtout dans les campagnes bretonnes, que dans les villes, où les enfants sont exposés à de plus mauvais conseils et à de plus mauvais exemples.
Gbaquô jour, Gorentine parlait en termes attendrissants et chaleureux h la petite Marcelle^ de sa mère qui était au ciel, de son père, retenu à Paris par des soins impérieux. Ghaque jour, elle la faisait prier pour ses parents, s’attachant avant tout h remplir son jeûné cœur de sentiments purs et de saintes pensées. Marcelle grandit donc dans la croyance que son devoir était d’invoquer sa mère comme un ange gardien, d’aimer son père par-dessus tous ses parents ou amis; et c’est pourquoi, lorsqu’elle tomba malade, son seul désir, son idée fixe fut d’embrasser ce père qu’elle n’avait jamais vu, mais qu’on lui avait appris à aimer de toute la puissance de son âme.
Les leçons de Gorentine avaient porté des fruits, fruits bien amers maintenant, car la vie de l’enfant fut mise en plus grand danger par l’ardeur même de son amour filial. Pendant plusieurs jours, après le départ de la lettre que brûla Minalès, on lui répondit que son père allait venir;
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on exalta son espérance, qu’on partageait; on la trompa de bonne foi. La déception fut fatale. Aux brûlants accès de fièvre succéda sans transitions un accablement qui était une véritable agonie.
Ah! combien M. le baron se fût trouvé' habile, s’il eût pu se douter de tout le mal qu’il avait fait! Même après l’agréable lecture de la deuxième lettre, il ne s’en rendit pas un compte exact.
1 Peste ! se dit-il en souriant, quelle virago épistolaire que notre chère nourrice! quelle verve bretonne!... Par saint Loup , elle est prête à dévorer papa oommô nn agneau!... »
Les deux ligues relatives à la Grainée déplurent au baron ;
« Si j’osais les raturer, je n’y manquerais pas, poursui- . vit-il. Durantais vous a parfois de si étranges scrupules ; l’héritage de sa hile, après cette strophe farouche, lui paraîtra sacré !... mais les surcharges ne valent rien. Je pré*férerais, à la rigueur, toute une fausse lettre comme celle qui, dans le temps, sous la raison Mathurin Gillet, maire de Saint-Loup, nous a si joliment débarrassés du gênant beau-frère Pierre-Paul, réputé mort et enterré. Jeter ceci an fôu serait, en tous cas, une sottise ; deux erreurs de la poste coup sur coup, il n’en faudrait pas davantage pour éveiller les soupçons. Bahl... laissons faire! j’ai cent arguments pour prouver à Emilien qu’il a tout intérêt à se débarrasser de ses terres de Bretagne. *
Le groom de M. le baron alla chercher et ramena bientôt le père de Marcelle.
€ Ami, des nouvelles de votre fille, dit Minalès en lui remettant la lettre supérieurement recachetée.
— Vous permettez, baron?
— Gomment donc, cher! vous êtes chez vous! »
Émilien lut des yeux et frémit. La douleur, l’étonnement, la colère, remplirent à la fois son cœur. Tendant Minalès la lettre rouverte, il s'écria :
c Je pars! »
Ses yeux étaient remplis de larmes; il tremblait de fureur.
Le baron prit son loi^non et se donna le temps de relire la missive de Corentine. Émilien rugissait :
a Je n'aime pas ma fille, moi!... Je m’amuse à Paris, moi!... Je n’ai ni cœur ni âme.... Je renie mon enfant.... »
Sa voix s’altéra; il pâlit. Depuis son second mariage, il n’avait pas revu la tombe de Jeanne-Marcelle; Corentine disait vrai. Oui, certainement, il avait renié sa fille comme sa première femme, en cachant son passé à Clarisse et à la famille de Lersant.
« Minalès! s’écria-t-il avec colère, vous ne m’avez jamais donné que de méchants conseils !.. . Je suis puni de les avoir suivis lâchement.... J’ai trompé tout le monde!... Corentine et Clarisse, tous ceux qui m’aiment!... La Providence me châtie.... Marcelle! ma fille, je ne te reverrai donc jamais!... Vous ne croyez point en Dieu, vous! vous
adorez le veau d’or, vous!... Moi, j’ai le cœur breton
celte lettre est la vérité !... Et vous, un....
— Votre douleur paternelle égare votre raison, mon cher ami, dit le baron avec une douceur admirable. Si vous êtes Breton, je suis Espagnol, et au. fond du cœur, malgré quelques faiblesses, je ne suis pas moins sincèrement chrétien que vous. D’après le virulent factum de Mme Morgan, je vois qu’une importante lettre a dû être égarée ; ces malheureuses postes rurales n’en font pas d’autres. Calmez-vous! votre conscience s’alarme à tort, vous n’avez rien à vous reprocher. La colère superstitieuse de la nourrice est excusable, j’en conviens; je suis de sang-froid et conciliant par nature. Vous vous emportez contre moi, votre meilleur ami; je ne me fâche pas, je me défends; vous allez voir combien vous êtes injustç à mon égard. »
Émilien s’était lourdement assis dans un fauteuil; il
pleurait, il soupirait ; il suivait néanmoins avec attention les raisonnements de Minalés.
« Le malheur qui vous arrive et auquel je prends une part bien sincère, croyez-le bien, démontre évidemment la sagesse de mes conseils. Tout votre passé tombe dans l’oubli, puisque la pauvre petite Marcelle n’est plus. Je ne m’attendais pas à une fin si prématurée; j’espérais qu’elle attiendrait à peu près l’âge de quinze ans, mais sa mort était, hélas ! trop prévue, et j’avais eu soin dès l’origine de vous préparer à cette douleur. Ne vous frappez pas l’imagination. Allons ! du courage , mon ami ? Soyez fort, soyez un homme, un philosophe, un chrétien.... A’ous •avez déjà deux autres enfants ; au point de vue purement humain, leur sœur du premier lit eût été pour eux comme pour vous, un embarras dans l’avenir. Philosophiquement parlant, Marcelle eût été malheureuse ici-bas, car il y avait contradiction entre son éducation de paysanne et sort rang de demoiselle. Chrétiennement enfin , c’est un ange qui rejoint au ciel sa bonne et sainte mère....
— Je veux partir ! je pars ! interrompit Kmilien.
— A quoi bon?... Un moment encore, je vous en prie; écoutez- moi.
Émilien ne partit pas. Use contenta d’écrire à Gorentine :
et S’il en est temps encore, -im mot. J’accours !
« Votre première lettre s’est perdue à la poste.
« J’aime ma fille Marcelle avec le désespoir dans le cœur ; je l’aime ainsi que j’aimais sa mère, de toute la force de mon âme.
« Je vous pardonne vos injustes reproches, ma bonne Gorentine, et je vous aimerai toujours, vous aussi, comme la plus tendre des sœurs. »
Le baron qui, sans le moindre lorgnon, lisait cette réponse par-dessus l’épaule d’Êmilien , songea un instant à l’escamoter , à la supprimer ou à la repoplacer en imitant avec art l’écriture de son ami . Réflexions faites, il s’abstint.
Émilieu lui demanda loyalement pardon de son moment d’emportement; il reçut un baiser de Judas. Le baron voulut le reconduire chez lui ;
« Non! merci mille fois! je n’y rentre pas encore,» répondit le père de Marcelle.
Il croyait avoir besoin de solitude; il comptait se rendre maître de lui>mème avant de reparaître devant Clarisse. Loin d’y parvenir, il s’exalta par des réflexions fiévreuses. Il parcourut à grands pas l’avenue des Ghamps-Élysées, et, quoiqu’il eût laissé au baron la lettre de Gorentine, il se la récita dix fois textuellement. La foule l’obsédait. Il sortit par la barrière de l’Étoile,. errant au hasard, mais attiré par une force latente vers, le cimetière où reposait la mère de Marcelle. S'il eût pu y entrer, il eût passé la nuit entière à pleurer sur sa tombe. Lorsque sonnèrent onze heures du soir , il était dans la campagne déserte rodant autour du cimetière, longeant ses murs les plus éloignés, s’agenouillant parfois et se frappant la poitrine comme un coupable chaîné de remords, Il évoquait le passé, il appelait tour à tour Jeanne-Marcelle et sa fille, confondues en une seule pensée de deuil. Lorsque enfin il rentra chez lui , ses émotions tumultueuses, sa fatigue excessive , les efforts qu’il fit pour dissimuler son trouble, déterminèrent un coup de sang. Il fut secouru à temps et gardé ensuite par sa jeune femme, mais tout à coup, s’éveillant en sursaut, il se remit à délirer. Clarisse comprit qu’il y avait un mystère dans la vie d’Émilien. Elle se crjit misérablement trompée par ce mari qu’elle aimait tant : il avait ailleurs une fille, une fille nommée Marcelle. Quelle était donc la mère de cet enfant qu’il pleurait?
« Il me trahissait.... il en aimait une autre! c!est pour elle, sans doute, qu’il nous a ruinés, moi et mes enfants, à moi !... Le baron de Milanès doit être mêlé à cette infâme intrigue.... Malheur à lui s’il ose se représenter ici ; c’est à lui seul que je veux m’en prendre! Le misérable ne m’a rien laissé !» ' ‘
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LA MEILI'ÆURE PART.
Telles étaient les imprécations de Clarisse à côté du lit où Émilien, oppressé par le cauchemar, mêlait souvent son propre nom à celui des deux Marcelle. Quiconque eût été témoin de leur double délire aurait eu le cœur navré.
« Clarisse, mon bon ange, je t’ai trompée..., Marcelle priera pour nous !./.
— Ta Marcelle? la fille d’une autre! Non ! non! je ne veux pas de ses prières!...
— Ma fille! ma femme ! mortes'!... Corentine !...
— Corentine ! Ah ! voilà donc le nom de la mère de sa Marcelle....
— Je vais à vous, Corentine !... Retiens son âme par un baiser maternel !... attendez-moü... j’accours!
— Non! non ! tu n’iras pas!... Je suis ta femme, moi ! Tu ne retourneras jamais chez cette Corentine maudite...» jamais ! jamais !... »
Émilien étouffait.
« Au secours! au secours! » dit-il.
Clarisse le réveilla.
Bientôt il &e rendormit d’un sommeil moins agité. Alors, digne enfant de Joseph Roverin, la jeune femme priaDieu de lui donner la force de soigner son époux qu’elle croyait infidèle. Elle se releva plus calme, sinon résignée; elle courut embrâsser ses deux enfants, et, puisant dans son amour maternel une consolation suprême :
» Ils vivent , ceux-ci ! vous me les conservez , ô mon Dieu ! >• s’écria-t-elle.
Et le lendemain, lorsque le baron de Minalès se présenta, loin de l’expulser avec colère, elle le reçut comme par le passé. Clarisse avait résolu de garder le douloureux secret de sa découverte» Voyant Émilien Durantais gravement malade et sa femme horriblement changée, pâle, brisée de fatigue et de douleur, là, dans cet étroit appartement où tout annonçait la gêne, le baron eut une idée qu’il trouva sublime.
« Je ne suis qu’un sot, se dit-il, j’aurais dû la concevoir
depuis la première lettre de Cnrentine. Marcelle morte et la Grainée vendue, Émilien reprendra tout h coup l’apparence du bien-être. Il est- fier, sa jeune -ieiume est discrète, toutes mes espérances sur la générosité des Lersant seraient ajournées, compromises même. Allons ! une jolie petite écriture de femme, vivement!
« Madame la comtesse,
« Je n’ai pas l’inappréciable avantage d’être en relations suivies avec vous, mais j’ai l’honneur de vous avoir été présentée et j’ai toujours eu la plus vive sympathie pour votre caractère. C’est pourquoi, mue par un sentiment de charité chrétienne et de tendre intérêt, je crois devoir vous instruire de l’épouvantable crise dans laquelle se trouvent aujourd’hui la jeune Clarisse votre sœur d’adoption et M. Émilien Durantais son mari. Vous ignorez encore, j'en suis bien sûre, que, complètement ruinés, malades, abandonnés dans un galetas, ils manquent littéralement de tout, M. Durantais risque de perdre sa place de commis; sa femme ne peut même plus donner de leçons de musique ....
— Ceci est le comble de l’art, se dit modestement le baron, la comtesse n’a jamais su que le cher Émilien fût employé chez Bruny, ni que sa Clarisse fût maîtresse de piano. — Signons d’un nom indéchiffrable, et :
A Madame
Madame la comtesse de Lersant au château de Prelle-en-Bois,
près et par Grenoble (Isère).
« De la cire parfumée, un cachet de haute fantaisie; très-bien 1 le tour est fait! »
Le baron mit lui-même cette lettre dans la boîte, puis d’un pas fort guilleret se rendit à la maison de jeu, où il s’occupait alors de ruiner M. le vicomte du Haut-Parc, autre aventurier cousu d’or, l’un de ses cent intimes. Le
passif hurlait, il fallait bien donner quelque pâture à ce monstre affamé. Le brocantage, le jeu plus ou moins loyal, les emprunts plus moins habiles, suffisaient à peine â fournir les moyens de soutenir le pins impudent crédit dont on ait l’idée. Récemment le baron avait acheté une' paire de chevaux magnifiques et donné une livrée nouvelle à ses gens. Cet expédient, un peu usé, avait du bon malgré cela, mais la meute des créanciers n’en devenait que plus nombreuse. D’un autre côté, si commune que soit l’espèce des dupes, elles sont tellement chassées et pourchassées, qu’on n’en déniche point à l’infini. Dans leur masse, il en est de fort récalcitrantes ; plusieurs clients s’étaient éclipsés ; plusieurs autres, chose plus grave, publiaient hautement leurs défiances : les mots de chevalier d’industrie et d’escroc du grand monde avaient été prononcés et répétés. Le baron donna mille francs à une œuvre pie qui faisait une publicité retentissante ; le palliatif était cher et le procédé vieux.
Émilien Durantais, eu égard à la générosité des Lersant et attendu le patrimoine de sa fille Marcelle, était donc un sujet de premier ordre, un sujgt rare et précieux qu’il importait de ménager avec une prudence excessive. C’était de lui que le baron comptait tirer, dans le courant de l’année même , les cent mille francs dont il avait un besoin absolu pour ne pas crouler avec un scandaleux éclat correctionnel ou pire encore.
En vérité, les cartons secrets du sieur Vincent, se disant baron de Minalès, avaient déjà une méchante odeur de galères. Il s’était permis, par exemple, d’imiter sur timbre quelques signatures qu’il tenait fort à retirer de la circulation. Mais il jouait de bonheur. Marcelle devait être morte, et la comtesse de Lersant venait d’arriver à Paris en chaise de poste , la lettre à signature indéchiffrable n’ayant pas manqué son effet ;
e J’ai trois impériales et cinq points, je gagnerai ! » se disait M. le. baron.
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