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FAUSSE BOI TE

Au reçu de la lettre de Corentine, Émilien s’était muni des preuves d’àlibi les plus authentiques ; l’opulent Ri'uny, plusieurs officiers publics, le secrétaire général de la Banque et divers autres personnages marquants dans le

LA MEILLEURK PART.

monde des affaires, alteslaient en termes lutteurs qu’il ne s’était pas un seul jour absenté de Paris. Dès son arrivée à Fougères, il se présenta chez le procureur du roi, homme du monde et magistrat éclairé, qui lui dit gracieusement:

« Ces pièces honorables étaient inutiles, monsieur Durantais : votre caractère seul vous met à l’abri du soupçon. »

Émilien, jusque-là soucieux, se dérida :

« Avant-hier encore, j’ignorais le crime, dit-il.

— Moi, monsieur, depuis plus de quinze jours je suis édifié sur votre moralité irréprochable, quoique, permettezmoi de vous le dire, vous ayez beaucoup trop fréquenté, durant ces dernières années, un soi-disant baron de Minalès, dont les moyens d’existence paraissent assez louches.

— Quelle étrange eireurl s’écria vivement Émilien. M. de Minalès, riche propriétaire espagnol, est mon plus intime ami. Je répondrais de lui comme de moi-même.

« — L’exagération est le mensonge de l’honnête homme,» a dit M. de Maistre, répliqua finement le magistrat; et après de nouvelles protestations d’Émilien : — M. le baron de Minalès, demanda-t-il, n’aurait-il point quelquefois manié des fonds pour votre compte ?

— Souvent, tant j’ai de confiance en ses lumières et en

son désintéressement. •

— Le trop en tout est un défaut.

— M. de Minalès a des ennemis bien perfides, à ce que je vois.

— Ne vous a-t-il pas déterminé à vous défaire de vos terres de la Petite-Plorée ?

. — Non! je ne prends que par moi-même des décisions si graves, répondit Émilien avec la sincérité de l’amourpropre.

— Du moins, reprit le procureur du roi, vous causiez de vos affaires avec monsieur votre ami?

— Sans aucun doute..

— Vous preniez volontiers son avis?

— Les conseils d’un homme de sens ne nuisent jamais.

— Eh bien ! ne vous aurait-il pas conseillé plus tard de vendre toutes les propriétés foncières de votre enfant du premier lit ?

— Jusqu’à un certain point, oui, monsieur.

— Très-bien 1 — Le matin où vous l’avez laissé partant pour TEspagne, de quelle couleur était son pantalon, s’il vousplaît?

•— Son pantalon! répéta Émilien avec stupeur. Et vous savez que j’ai passé chez lui la nuit qui précéda son départ ?

— Notre enquête préalable a été faite avec soin, monsieur Durantais'; mais vous ne me répondez point : le pantalon ?

— Minalès n’en portait que de noirs.

— En drap très-fin, n’est-ce pas?

— Assurément.

— Son bottier n’était-il pas le même que le vôtre, un certain Grakowsko?

— Oui, monsieur; mais pourquoi?

— Bien de plus simple ; le malfaiteur a été aux prises avec un chien qui l’a vaillamment houspillé, mais dont il s’est débarrassé par un coup de couteau.

— J’ignore tous les détails de l’événement, dit Émilien.

— Apprenez donc que parmi les haillons qui nous ont été remis se trouvent plusieurs morceaux de drap noir très-fin et un fragment de botte vernie sur lequel se lit fort bien le nom de Grakowsko. Maintenant, monsieur, je vous fais un devoir sacré, comme homme d’honneur et comme père de la victime, de ne jamais instruire de ces découvertes de Injustice M. le baron Vincent de Minalès.

— Eh quoi ! s’écria Émilien, vous le croiriez capable d’un meurtre, lui, l’homme le plus doux et le plus pacifique de l’univers, un parfait hidalgo, un ami dévoué s’il en fut !...

— Si votre ami est innocent, monsieur Durantais, il ne sera pas plus inquiété que vous ne l’avez été vous-même.

iniilpn* les clameurs accusatrices de tout le canton, et quoique vous portiez, vous aussi,- des pantalons de drap noir et des bottes vernies de Grakowsko. »

Émilien salua profondément.

O Mais, si M. de Minalès est coupable, poursuivit le magistrat avec chalenr, vous deviendriez son complice en nous empêchant de venger sur lui la société offensée.

— Monsieur le procureur du roi, répondit Émilien, votre dilemme est sans réplique : je vous donne donc de grand cœur ma parole d’honnête homme et de père de famille, de n’informer de rien le baron Vincent de Minalès, qui ne sera jamais, j’en suis sûr, en butte à des soupçons plus sérieux qu’aujourd’hui. »

Le magistrat salua profondément à son tour, et, regardant la pendule :

a II est beaucoup trop tard, monsieur Durantais, pour que vous alliez à Saint- Loup ce soir; .vous offrirai-je une tasse de thé ? »

Émilien accepta, ce qui permit à M. le procureur du roi de recueillir tout doucement une foule de renseignements accessoires plus ou moins utiles h la conduite du procès.

Homme léger, orgueilleux et susceptible’ faible et changeant, mais se croyant ferme parce qu’il était souvent obstiné, — comme le savait si bien M. le baron Vincent de Minalès, — Émilien Durantais n'était point incapable, tant s’en faut; M. le procureur du roi de Fougères en acquit la preuve. Sur la plupart des sujets de conversation qui défrayèrent la soirée, le père de Marcelle se montra brillant ou plein de vues judicieuses. Il avait acquis la connaissance des affaires; il en parlait pertinemment. Ses proprés inspirations étaient généralement bonnes; aussi ne se fût-il pas ruiné, ou môme fût-il devenu un capitaliste remarquable j s’il n’eût agi sous la déplorable impulsion d’un aventurier de la pire espèce. Malgré ses pertes, il jouissait de l’estime du monde financier, où son extrême probité l’avait maintes fois fait citer comme un modèle

LA MEILLEIJRK PART. 15V)

M. le procureur du roi savait déjà fort bien à quoi s’eu tenir, lorsque Emilien se présenta chez lui. Son langage acheva de le convaincre.

Emilien déclara qu’il ne voulait pas se borner à revoir Marcelle ; le moment était venu de s’occuper de son éducation ; il ne comptait pas faire d’elle une simple paysanne, tandis que sa sœur et son frère seraient élevés dans une classe supérieure.

4 Aussi, poursuivit-il, je profiterai de mon voyage actuel, pour, l’emmener à Paris, à moins que vous n’y voyez quelque obstacle, monsieur le procureur du roi.

— Aucun dans l’état actuel de l’instruction ; reprenez donc votre charmante enfant, qui mérite bien votre sollicitude paternelle. J’ai été charmé de sa gentillesse, de ses intelligentes reparties et de sa sensibilité ; elle vous aime, monsieur Durantais, avec la plus touchante tendresse. > Émilien, enchanté de ces éloges, fit celui de Corentine ; il ajouta que Marcelle, après avoir eu la meilleure des nourrices, trouverait en sa seconde femme, à Paris, la meilleure et la plus tendre des mères.

4 Corentine est excellente; j’en ai jugé par moi-même, dit le magistrat, mais Mme Durantais, qui est une Lersant, si je ne me trompe, convient évidemment beaucoup mieux pour élever une jeune personne. »

A Paris, Émilien laissait dire volontiers que Clarisse élait de la famille de Lersant, Le baron de Minalès, pour donner du relief à son ami, avait fait grand bruit de cette alliance. A la Bourse, d’où provenaient, par l’intermédiaire de la police, tous les renseignements de M. le procureur du roi, il passait pour constant que Mme Durantais était une Lersant : le nom de Roverin n’y fut jamais prononcé.

Émilien, tout préoccupé d’une autre idée, ne prit pas même garde à l’erreur du magistrat:

« Je ne saurais oublier, dit-il, que le canton entier m’accuse, la lettre de Corentine et vos propres j>arole.s en font foi. Gomment me justifier ? .

r.A MEII-LEURE PART,

— Dédaignez des calomnies qui tomberont d’ellesmêmes.

— Non 1 non ! mille fois, non ! Je me rendrai avec mon enfant chez tous les principaux fermiers, je protesterai, s’il le faut, sur la place du bourg.

— Gardez-vous-en bien, monsieur 1 s’écria le procureur du roi. Laissez-nous le soin de faire éclater votre innocence par la découverte et la condamnation du coupable.

— Mais il vous échappe, et je reste en butte à des bruits infâmes !

— En provoquant la contradiction, vous causeriez des scènes regrettables.

— Passer dans mon propre pays pour un père sans entrailles, pour un monstre !...

— Plus tard, votre fille elle-même sera votre meilleur avocat. Il est imprudent, monsieur, de combattre les préventions, c^les des paysans surtout. Croyez-moi donc, ne perdez pas votre temps en va-et-vient dans la commune ; bornez-vous à faire une courte visite au maire, qui est un homme plein de sens, et k son neveu Jérôme Gillet, qui a sauvé votre enfant. Les Morgan vous la laisseront emmener sans résistance ; et, si vous ne cherchez point le scandale, vous reviendrez sans avoir été reconnu.

— J’aurai l’air d’enlever ma fille comme si j’étais criminel. Mon intention était de passer cinq ou six jours à Saint-Loup.

— Ce serait une faute, monsieur Durantais. L’enquête m’a prouvé que l’on est horriblement monté contt*e vous. Je ne puis raisonnablement vous faire escorter par la gendarmerie, mais, si vous vous avisiez de faire des démonstrations théâtrales, je ne répondrais de rien.

— Vous m’affligez, monsieur le procureur du roi.

— Nos malheureux paysans sont d’un entêtement incroyable. Dans certaines fermes, on veut que vous soyez le meurtrier et l’on n’en démordra pas! Chez les Roverin

entre autres, on l’affinnait avec rage, et précisément dans , cette famille très-considérée au bourg, il y a un jeune paysan fort épris de votre petite Marcelle.

— Oh ! pour le coup, s’écria Emilien, ceci me déciderait à défaut de toute autre raison.

— A merveille 1 vous me rassurez.

— J’ai fait la douloureuse expérience d’une union mal assortie, et je dois épargner à ma fille les maux dont j’ai souffert. Ma première femme, sa mère, que j’ai tant aimée, était née paysanne ; elle n’a pu s’habituer à l’existence parisienne ; la privation de la vie des champs, le mal du pays, les regrets, l’ont, hélas ! fait périr en peu d’années. Ma fyie sera une jeune personne du monde, elle se mariei-a dans le monde !...

— Elle n’a pas onze ans, dit le magistrat avec un sourire, vous prévoyez le mal de loin.

— 11 n’est jamais trop tôt pour cela ! Je ne me soucie plus d’amours villageoises, car je n’ai que faire d’un gendre en sabots et bonnet de laine ! »

Enfermé par la funeste influence du baron de Minalès dans un double cercle de réticences et de mystères, Emilien, depuis son départ de Paris, avait enfin pris la sage résolution d’en sortir. Il comptait aller voir les Roverin et apprendre à Gervais qu’il avait épousé sa nièce.- Gorentine lui pardonnerait plus aisément son second mariage, quand elle saurait le véritable nom de sa jeune femme. Enfin à Paris, en présentant Marcello à Clarisse, il devait lui dire : « Nous avons prié ensemble sur les tombes de ton « père Joseph Roverin et de ton pauvre petit frère Pierre- « Paul. »

Par malheur, les communications du procureur du roi, trompé lui-même par le nom de Lersant, changèrent tous ces projets. Emilien se promit de n’avoir jamais aucun rapport avec les Roverin de Saint-Loup ; en même tem])5 il prenait le parti de laisser croire à Corenliue que sa seconde femme était une Parisienne de grande famille.

Quant à ce qu’il dirait à Clarisse, il imagina tout un système de dénégations évasives, de demi-confidences et , de secrets compliqués, plus fâcheux mille fois que les plus odieux propos des habitants de Saint-Loup, Les gens faibles se paralysent par de fausses mesures, se donnent des entraves par de ridicules quiproquos, et, faute d’explications précises, compromettent le bonheur de tous ceux qui les entourent. Lorsqu’inspiré par son bon génie, il entrevit le moyen d’en finir par des aveux complets, Kmilien éprouva un moment de joie inexprimable; déjà toute sa joie était empoisonnée. La fatalité, le diable, s’en mêlait, il est vrai, mais il faut avoir la forcé de résister à la diabolique fatalité. Un mot eût sauvé le père de Marcelle, il n’aurait eu qu’à dire au procureur du roi que Clarisse était la fille de Joseph Roverin. Il n’y songea même point.

Telle est l’histoire vulgaire des gens faibles. Dans les hautes régions politiques, ils sont toujours les première auteurs des révolutions, terribles quiproquos de rois à peuples ou de ministres à tribuns. Dans les affaires commerciales, ils détruisent la confiance par leurs hésitations et font plus de banqueroutes que les fripons habiles. Dans l’intérieur des familles, ils causent chaque jour des malheurs irréparables. Et les gens faibles sont, hélas ! en majorité parmi les hommes.

Émilien Durantais était inquiet, triste et pensif, lorsqu’ij monta dans la carriole de Fougères pour aller redemander Marcelle à Corentine. Les Dames-Plorées , limites extrêmes de la commune, se dessinèrent à l’horizon. A l’aspect de ces collines où il avait passé les plus heureux jours de sa première jeunesse, Emilien demeura froid ou plutôt son front s’assombrit ; il approchait du but, il allait avoir une lutte à soutenir, il s’armait de son opiniâtreté, ingrate et funeste égide qui n’a jamais préservé des contre-coups.

A la vue de la maisonnette où il était né, où sa mère, où son père étaient morts, à la vue des champs que son aïeul cultivait de ses propres mains, mais qu’il avait ven-

dus, il soupira, ce fut tout. Il n’évoqua aucun de ses souvenirs d’enfance. Ses inquiétudes trop positives l’ainporlèrent sur les images poétiques du passé, sur les tendres et mélancoliques rêveries, sur toutes ces douces chimères qui font battre le cœur et qui mettent des larmes dans les yeux. Ses regrets même furent étouffés par ses craintes. Mécontent de tous, mécontent de lui, moralement abattu, découragé profondément, il croyait Se roidir, il s’abandonnait. - '

Vers midi, Émilien mit pied à terre devant l’auberge de la Fourche où, deux heures après, devait s'arrêter la carriole qui reprenait la route de Fougères ; il retint deux places de retour et se dirigea sur la métairie des Morgan.

En traversant le pont de Lavignais, il croisa un jeune paysan qui, suivi d’un beau chien noir, allait au bourg d’un pas rapide, et qui, selon l’usage des meilleures gens du canton, le salua en passant. Emilien lui rendit son salut avec distraction ; mais, s’il n’eût pas été sops l’empire de préoccupations pénibles, s’il fût revenu au pays avec cette joie expansive qui cherche des regards amis, à coup sûr il eût remarqué la remarquable physionomie du jeune gars. Ils auraient échangé quelques paroles hospitalières, comme le veut aussi l’usage des Bretons ; et au son de sa voix, au sourire, à l’expression de ses' traits, Emilien eût reconnu, sinon le frère de Clarisse, puisqu’il le croyait mort, au moins un Roverin, un proche parent.

Chaque jour, à pareille heure, les voyageurs qui se rendent de Fougères à Antrain, Dol ou Saint-Malo, franchissent le pont de Lavignais. Pierre-Paul néanmoins ' aurait dû se rappeler que le père de Marcelle était attendu ; il se fût retourné en ce cas, il eût observé l’étranger et n’aurait pas tardé à le voir tourner sur la droite dans la direction de la Plantèlle. Malheureusement, Pierre-Paul, n’était guère moins préoccupé qu’Emilien Dürantais luimême; après une nuit d’insomnie et tout brûlant d’impatience, il courait au rendez-vous du notaire.

L’oncle Gervais, pour sa part, avait aussi passé la nuit blancj/e, et de grand matin il avait répété à Pierre-Paul :

« Ne manque pas l’heure, mon gars, et, dès que tu sauras bien à quoi t’en tenir, viens me rejoindre à la ferme, je t’y attendrai. Nous allons donc, à la fin des fins, connaître les idées de mon frère Joseph. »

La Bernarde se promit bien d’étre à son poste dans le coin de la vaste cheminée ; la tante Gervais et ses filles n’eussent pas été de leur sexe, si elles n’avaient formé le dessein d’être présentes lorsque Pierre-Paul rentrerait. Quant à Julien et à Brieuc, ils aimaient trop leur jeune cousin pour faire faute à la réunion. Aussi, après le repas de midi, quoique le temps fut superbe et qu’aux champs le travail ne manquât point, personne ne s’avisa de sortir. Pierre-Paul passa la matinée avec Corentine'et Marcelle; il ne parla que du gros paquet cacheté de noir que le notaire devait lui remettre.

« Mon enfant, dit la fermière, je suis'bien sûre, moi, de ce qu’il y a sous l’enveloppe. Depuis mon voyage à Paris, je ne partage plus aucune des idées de ton oncle ; mais, grâce k Dieu, je dois avoir les mêmes que ton pauvre père. Il a ordonné en mourant qu’on fit de toi un paysan ; Gervais ne croit pas que ce soit là son dernier mot ; moi je jurerais que son testament ne dira pas autre chose.

— Mon oncle pense qu’il y a toute une fortune dans le gros paquet cacheté, répondit Pierre-Paul.

— Ton oncle a raison cette fois ! s’écria Corentine avec une sorte d’enthousiasme, il y a les conseils d’un pèi e sage, l’expérience d’un juste, ses dernières volontés, S'3S ordres que tu respecteras, la vraie fortune d’un fils tel que toi ! »

Un peu plus tard Gorentiue força Pierre-Paul à déjeûner copieusement.

— Tu risques, passé midi, de n’avoir plus d'appétit, lui dit-elle. Tu auras le cœur serré, je le crains : inang'e doue k présent pour avoir force et courage. »

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Marcelle servit gaiement son bon ami Pierre-Paul.

<i Soyons bien joyeux, ce matin, lui dit-elle ;^liens, voici un verre de cidre nouveau.

— A ta santé, Marcelle ! .

— Mais ce tantôt, ajouta la charmante petite fille, si lu as de gros chagrins, ne t’en va pas seul dans les bois ; reviens ici, nous te consolerons en pleurant ensemble. » Gorentine embrassa Marcelle avec transports :

« Sa mèrel toute sa mère! dit-elle. Oh! si celle-là n’était jamais allée à Paris ! »

Sans regretter la fortune que voulaient absolument rêver pour lui tous ses bons parents du Moire, Pierre-Paul dit pourtant :

« Ce n’est pas. pour moi, mère Morgan, que je serais content d’être riche, mais pour tous ceux que j’aime ici, mon oncle, ma tante, mes cousins et.... »

Un regard du jeune garçon compléta clairement sa pensée.

* Petit malicieux ! fit Gorentine en souriant, on te voit venir, mais ce n’est pas d’aujourd’hui ! »

Puis, avec une gravité sereine :

« Sois calme, Pierre-Paul, reprit-elle, si tu continues à être un brave et loyal Breton, un honnête paysan, un bon cultivateur, riche ou pauvre, n’importe, tu auras pour toi Gorentine, Marcelle et l’aide de Dieu ! »

En ces propos s’écoula toute la matinée, sans qu’on eût reparlé du malfaiteur qui avait attaqué la petite fille, ni de son père qui devait arriver si prochainement.

L’horloge sonna onze heures trois quarts.

« Il est temps ! adieu ! s’écria Pierre-Paul ; à bientôt î mais venez donc au Moire, mère Morgan.

— Non! répondit Gorentine, les secrets de votre famille ne sont pas. les nôtres. Tes parents d’abord,' nous après ! Courage, mon cher enfant, bon courage !

— J’en aurai, mère Morgan ! dit le jeune gars en relevant la tête.

— Courage ! » rc^pt^ta Marcelle tout émue et qui l’embrassa fiateruellement.

Pierre-Paul partit. On sait comment, à moitié chemin, il salua Émilien Durantais. ^

A midi précis, le notaire lui remettait le paquet cacheté de noir, en lui disant ;

« Votre père Joseph Roverin m’a recommandé d’attendre que vous fussiez d’âge à bien comprendre ses dernières volontés ; je suis sûr de ne pas m’acquitter trop tôt de ma mission: prenez donc ce pli, jeune homme ; lisez-le avec respect, et méditez-le avec recueillement. »

A midi précis, Gorentine, jetant un grand cri, prit sa nièce dans ses bras ;

« Émilien, voici votre fille! dit-elle; Marcelle, embrasse ton père ! »

A LA PLAIVTEU.E.

Marcelle, frémissante de bonheur, était suspendue au cou de son père dont les yeux s’emplissaient de larmes, et Gorentine remerciait Dieu du fond de son cœur.

Si jamais le plus fugitif des soupçons avait pu traverser son esprit, la noble femme en eût éprouvé du remords au spectacle de l’émotion paternelle d’Émilien; mais elle n’avait pas à se reprocher un mouvement de doute.

Lors de la grave maladie de Marcelle, Gorentine craignit de la tiédeur ; on n’a pas oublié ses plaintes sévères ; cette fois, il s’agissait d’un crime, et, sa lettre se fût-elle encore égarée, elle en aurait expédié une seconde sans hésitation comme sans amertume. Depuis quelle avait écrit, elle annonçait hautement que M. Durantais luimême ne tarderait pas à confondre ses calomniateurs.

« Je voudrais qu’ils fussent ici, tous ceux qui ont osé le croire coupable , murnmra-t-elle ; je les forcerais à lui demander pardon à genoux. »

Et déjà elle avait hâte d’assembler ses amis pour leur crier :

« Voyez de vos yeux et doutez maintenant, je vous en délie! >

Ah ! s’il eût été doué d’une parcelle de cette énergique droiture, Émilien eût assuré son propre bonheur et celui de tous les siens! mais la fermeté réelle, don rare parmi les hommes, n’appartient qu’aux âmes d’une tfempe supérieure. . -

Émilien, malgré son intelligence développée par l’éducation,- était de la nature vulgaire. On connaît sa faiblesse; on sait qu’il éUiit aimant, sensible et susceptible des plus généreux élans d’enthousiasme. En voyant sa Marcelle s’abandonner à des transports d’amour filial, il oublia jusqu’à ses projets, jusqu’à ses angoisses.

L’enfant avait si ardemment désiré l’instant qui la réunissait à son père, qu’à cette heure, accablée par l’excès de sa joie, elle avait peine à proférer quelques paroles ou plutôt quelques cris inarticulés. — Elle pleurait, et, à travers le voile de ses larmes, elle regardait fixement Émilien :

« C’est lui 1... c’est lui, enfin ! je le reconnais.... «

Elle le reconnaissait, disait-elle. Elle se l’était faitdépeindre si souvent par Gorentine et par tous ceux des gens du canton qui se souvenaient de lui ! Elle se l’était représenté à elle--même avec tant de prédilection, qu’elle était parvenue à le voir par les yeux du cœur presque semblable à ce qu’il était ! Et, en effet, l’émotion d’Émilien donnait à ses traits l’expression qu’elle y avait rêvée: — C’était loi! oui, c’était bien là son père 1

Et Corentine silencieuse admirait, avec un ineffable bonheur, l’enfant d’Émilien palpitante dans les bras de son père , si longuement attendu , le père de Marcelle

168 LA MLirj.EURE PART

qui ne pouvait se lasser de la coulenipler et de l’eiilendre.

Le retour dans le pays natal l’avait attristé; il n’avait éprouvé que de pénibles irapressionsen revoyant les champs et les collines de Saint-I^up, et la maisonnette de la Petite- Plorée, où il avait ))assé son enfance, et même les bords lleuris du Goësnon, témoins sacrés de ses jeunes amoui*s. Devant toutes les saintes images du foyer domestique, il était demeuré froid ; — la glace se fondit aux premiers accents de Marcelle. <

Ije présent s’évanouit devant le passé qui renaissait sous une forme à la fois nouvelle et trop chère, sous les traits de la bien-aimée d’autrefois. Émilien la reconnaissait, lui aussi, mais sans effort. En elle il retrouvait les regards, le langage, l’expression suave de la physionomie de sa Marcelle perdue, et jusqu’aux indices caractéristiques d’unè sauvagerie toute particulière qui n’était pas de la timidité, mais jdutût de la répugnance instinctive pour l’inconnu. — Jeanne-Marcelle, affable, polie et prévenante envers les pauvres, avait toujours semblé fuir les gens du monde, les amis et les connaissances de son mari, les Parisiens, en un mot. Déjà sa fdle lui ressemblait en cela: Gorentine, il est vrai, s’était attachée à la façonner ainsi. — Emilien voyait donc là, devant lui, en simple costume de paysanne, avec sa belle coiffe bretonne, avec son joli fichu plissé, une petite jeune fille toute semblable à la Marcelle dont il s’était épris, pendant les vacances, lorsqu’il avait à peine quinze ans. Elle le contemplait avec la même admiration un peu farouche, avec les mêmes grands yeux bleus empreints de douceur et de tendresse, de finesse et de candeur. Gette enfant gracieuse lui donnait le nom de père. Mais lui, lui ne disait pas encore : « ma fille. » Il répétait en tremblant: « Marcelle, ma chère Marcelle! » Et puis, il l’embrassait de nouveau, il l’attirait sur son cœur , l’éloignait un peu pour la regarder avec amour, la pressait ensuite sur sa poitrine, et

LA MEir.LIÎÜIRE PART. 169

pleurait de joie eu s’écriant : « Vivante ! Marcelle vivante ! »

De laquelle des deux parlait-il? de la fille échappée aux tentatives de meurtre d’un scélérat^ ou de la mère dout l'âme céleste enveloppait sans doute le père et l’enfant?

De longtemps Émilien ne se tourna vers üorentine pour la remercier et l’embrasser à son tour; mais enfin le nuage des illusions se déchira ;

« C’est ma fille ! s’écria- t-il. Gorentine, vous me l’avez sauvée, vous ine la rendez semblable à sa mère ; vous avez tenu toutes "vos promesses , ma bonne et tendre sœur ! Comment m’acquitterai-je jamais de toutes mes dettes envers vous ?

— En la rendant heureuse, Émilien, dit la paysanne dont il pressait les mains avec effusion.

— Vous avez plaidé pour moi devant vos injustes et méchants voisins, » dit Émilien peu d’instants après.

Gorentine l’interrompit en lui faisant signe que Marcelle ne se doutait de rien.

« Je veux qu’elle sache tout !»

Et s’adressant à sa fille :

« On a osé dire, poursuivit-il, que moi, ton père, que moi-même, j’étais le misérable qui a essayé de te faire périr.

— Vous! 0 mon Dieu! Est-ce possible? dit Marcelle épouvantée.

— Pourquoil’attrister déjà? murmura Gorentine, tandisque l’enfant ajoutait avec naïveté :

— Vous m’aimez, vous me caressez, vous êtes mon père, vous, au lieu qu’il me frappait et voulait me tuer. Vous êtes bon et lui méchant Vous avez de bons yeux qui me regardent doucement, mais ce vilain homme avait des yeux de démon sous ses gros sourcils noirs à faire peur.

— On a dit que je m’étais déguisé de la sorte, on a dit que j’ai attenté à ta vie, et on le répète encore !...

— J’ai démenti cette infamie ! .s’écria Gorentine.

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— On ne vous a pas crueî...

— Si! Personne aujourd’hui n’oserait....

— On ne me croirait pas moi-même.

— Vous vous tromper, Émilien.

— Non, Gorentine ; personne ne vous contredira, soit ! mais je suis mieux informé que vous. Je sais quels odieux propos on ne cesse de tenir dans la plupart des fermes et surtout chez les Roverin.

— Émilien !... Écoutez!... dit Gorentine.

— Mon père !... ne croyez point cela!» disait Marcelle.

£n ce moment, Jacques Morgan, son hls Tanguy et sa

fille Renée rentraient des champs pour le repas demidi.-

Après les premiers compliments, le fermier dit à sa femme de mettre un couvert de plus.

« Merci ! mes bons et chers amis, c’est inutile, dit Émilien. Je n’ai ^s un instant à perdre; j’ai déjeuné à Fougères et j’y souperai ce soir.

— Ge soir ! s’écrièrent tous les Morgan.

— Il le faut ! repartit Émilien en se versant du cidre ; et, d’abord, vous voyez comme j’en use ici. A votre santé, h votre prospérité à tous !

Moi, dit Jacques Morgan, ce sera au regret de vous voir repartir si vite. Vos patrons, à vous, monsieur Émilien, ont le cœur bien dur, m’est avis, pour ne vous pas donner plus de temps que ça?... Gomment! à peine arrivé, après douze ans d’absence, vous nous quittez, nous et votre fille....

— Non!... ma fille ne me quittera plus! »

Gorentine poussa un cri douloureux et serra Marcelle

contre son cœur.

Tous les Morgan posèrent sur la table leurs verres pleins.

Émilien vida le sien d’un trait.

Alors, si l’âme de Jeanne-Marcelle planait sur cette réunion de famille, elle dut en gémissant reprendre son vol vers le séjour d’où sont bannies toutes les erreurs et

toutes les faiblesses humaiues. Elle dut, après avoir béni son enfant, aller prier Dieu d’en avoir pitié.

Avec son opiniâtreté des plus mauvais jours, Émilien formulait ses intentions.

« Partir! nous enlever Marcelle ! disaient les Morgan consternés.

— C’est ma fille I... Ef si je suis pénétré de reconnaissance pour tous vos soins, pour toutes vos bontés, pour toute cette tendresse dont votre chagrin, même me donne la mesure, je dois désormais me charger d’elle. C’est ma fille, et je l’aime aussi, mol !

— Ah! monsieur Êmilien, si vous demeurie;^ au pays ! dit Jacques Morgan.

— Moi, c'est impossible! Quant à elle, je ne yeux pas qu’elle reste un jour de plus dans un canton où son père passe pour le dernier des hommes, pour un assassin, pour un infanticide ! On verra plus tard en Saint-Loup, quand je l’y ramènerai grande, belle, bien élevée, si je suis un mauvais père! En attendant, je saurai rendre mépris pour mépris et haine pour haine à toute cette race de grossiers paysans?

— Oh! monsieur Émilien! calmez-vous! s’écria ’Corentine.

— Je suis calme! j’ai médité sur ma conduite; ma résolution est inébranlable !

— Monsieur Durantais, dit Jacques Morgan, méfiezvous de vous-même, prenez garde.-

— Mes réflexions sont faites. Vous savez bien, vous, comment j’épousai Jeanne'-Marcelle malgré la répugnance de toiis les Faron, ses parents et les vôtres, malgré tous les refus de mon tuteur et tous les obstacles qu’on mit entre nous! Je n’avais pas vingt ans, alors! Aujourd’hui j’en ai près de trente-cinq. Je suis un homme et nul n’est plus ferme que moi !

— Tout le monde est sujet à se tromper, monsieur Éinilien, murmura Corentine.

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— .T’ai pass(' la soin'*e d’hier chez M. le procureur du

roi de Fougères; il m’a mis au courant de ce qui se dit ici. Je u’ignore absolument rien! Et, s’il faut vous le déclarer, mes amis, je désapprouve les assiduités d’un certain petit Roverin auprès de mon enfant; j’ai résolu d’y couper court ! » (

Marcelle tremblante murmura le nom de Pierre-Paul ; mais son père ne l’entendit pas.

« Que ce gars aille garder ses bestiaux avec ceux qui me traitent de meurtrier!... Il n’y a rien de Commun entre de tels misérables et moi Kmilien Durantais !

— Mon père! mon père! » dit Marcelle fondant en larmes.

' Gorentine lui fit signe de garder le silence.

€ Mes amis, dit encore Émilien, pendant un instant j’avais songé à protester publiquement devant les gens de ce pays —

— C’est ce qu’il faut faire, interrompit Gorentine, c’est pour cela que je vous ai écrit, et pour cela seulement! Faites-le, n’hésitez pas ! El nous, les Morgan et tous nos amis, et les Roverin que vous croyez à tort contre vous, nous vous soutiendrons....

— Je ne veux plus entendre parler des Roverin! répliqua Émilien d’un ton sec. Qu’on ne prononce plus leur nom en ma présence ! » .

Il y eut, après ces mots, un instant de silence cruel.

Marcelle et Gorentine échangèrent un regard douloureux. Morgan mâcha un gros juron. Émilien songeait à Clarisse Roverin, .sa femme, et s’affermissait dans la funeste résolution de la laisser pour jamais étrangère à sa famille bretonne.

« Monsieur Émiben , dit enfin Gorentine , la vérité, toujours la vérité!... La vérité plaît au bon Dieu! La vérité, c’est l’arme des honnêtes gens et des chrétiens ! Oh! dites-la, ici, tout haut.... Ne vous en allez pas si vite....’

— La vérité ! interrompit Émilien : ai-je donc menti?... Non ! il est au-dessous de moi de venir déclarer que je suis ' incapable d’nn crime infâme.... Les menteurs sont ceux qui me calomnient!... Du reste, mes bons amis, j’ai été dissuadé de mon imprudent projet par M. le procureur du roi. Je me bornerai donc à faire une visite à M. le maire et à son neveu Jérôme Gillet qui a sauvé Marcelle....

— Et Plantiau ! dit la petite fille en essuyant ses larmes.

— Plantiau, qü’est-ceci? »

Jacques Morgan répondit :

« Le chien de.... le chien des.... le chien qui l’a sauvée, au fait, avant Jérôme! »

Il évita, comme on le voit, de nommer les Roverin et Pierre-Paul, obéissant ainsi à regret à l’injonction formelle d’Émilien Durantais.

*En apprenant ce qu’était Plantiau, le père de Marcelle sourit, l’embrassa encore et lui dit de ne plus pleurer ; puis, se dirigeant vers la porte : '

« Dinez, mes bons amis, je vais chez les Gillet et je reviens. »

La famille Morgan le vit avec stupeur prendre le chemin de la Grainée ; le repas fut triste et court ; Corentine ne dîna point.

* Ne parle jamais de Pierre-Paul à ton père, dit-elle à Marcelle, ni à présent, ni à Paris, si tu y vas. Laisse-moi faire, mon enfant!... Oh! tout n’est pas perdu!... Mais mange donc ! tu vas voyager peut-être !

— Je n’ai pas envie de manger! dit Marcelle en sanglotant.

— Quel malheur ! s’écria bientôt après la Bretonne, que tout justement à cette heure-ci il y ait chez les Roverin une affaire de famille....

— Femme, dit Morgan, ceci presse plus que toutes leurs affaires.

— C’est vrai, fit Corentine: eh bien! Tanguy, mou gars, cours au Moire et ramèue-uous Pierre-Paul 1

LA MEILLEDRB PART.

— Oh oui l s’écria Marcelle, que je puisse au moins lui (lire adieu. >

Tanguy partit en courant de toutes ses forces.

Jacques Morgan, subrogé-tuteur de Marcelle, s’assit dans la cheminée, alluma sa pipe et médita en grognant :

« M. Émilien Durantais est son père, son vrai père, se répétait-il sur tous les tons; point de remède à ça ! Nous avons bien pu sauver la terre. . . . empêcher de vendre la Grainée et le reste.... mais il est le maître de sa fille.... S'il veut l’emmener, il l’emmeneraî... »'

Renée, Marcelle et Corentine forn^aient un groupe digne du crayon de Greuse et de la plume de Sterne.- Là, on pleurait , on s’embrassait, on échangeait de tristes et doux regards ; il y avait des sourires célestes parmi les larmes, d’angéliques paroles parmi les soupirs.

Toujours digne, toujours ferme, Corentine empêchait Renée de prononcer un seul mot de blâme, Corentine recommandait le respect filial à l’enfant- qu’elle tremblait dé perdre. Et pourtant, avec sa prudence un peu défiante de j)aysanne prévenue contre Paris :

« Marcelle, ma fille, dit-elle tout bas, n’oublie jamais cette adresse-ci : A madame Jacques Morgan, à Lavignais en Saint-Loup, par Fougères, llle^etrVüaine. — Il y a des boites aux lettres à tous les coins de rue à Paris, tu sais écrire, et, si jamais lu m’appelles, vois-tu, j’irai.... à moins que je ne sois morte !...

— Et si ma mère nfe pouvait pas, dit Renée, mon père, mon frère Tanguy et moi nous serions prêts, sans compter Pierre-Paul....

— Oh ! celui-là, dit Corentine, il faudra le retenir !

— Ma tante, murmura timidement Marcelle, vous ne voulez donc pas qu’il me rejoigne là-bas, si j’y vais?

— Je veux que tu nous reviennes! s’écria la fermière. Oh! Paris! Paris!... Ma pauvre enfant, ne lui souhaite pas d’aller jamais à Paris. »

Le ton de Corentine était sombre et menaçant. r

< Si l’on y est si malheureux, dit Marcelle, que Pierre- Paul reste au pays ayec vous !.. .

— Mais je neveux pas, mcû, que tu sois malheureuse,» répliqua Gorentine frémissante.

Puis, se reprenant r .

« Ton père est bon, il t’aime ; respecte-le, sois une fille soumise et dévouée, ne lui désobéis jamais, et tu seras heureuse, Marcelle ! Le bonheur est le sentiment de bien remplir tous ses devoirs. J’ai eu tant de peine à Paris où j’ai vu mourir ta pauvre mère, j’y ai été si radlheureuse, moi, que j’en dis peut-être trop de mal !... »

Ü un moment après :

« Ne t’effraye pas de mes craintes, Marcelle. J’ai toit de parler ainsi. Partout, partout, à Paris comme en Bretagne, le bon Dieu veille sur ses enfants !... »

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