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L’A VARICE DE L’ONCLE GERVAIS

« La fourniture générale du laitage de Notre-Dame-des- Fleurs!... Core pus drôle! répéta l’oncle Gervais en souriant. Âh ! petit malicieux, tu es bien toujours le même.

— Nous n’aurons jamais une goutte de lait ni une moche de beurre perdues, répondit Pierre-Paul, pourvu que la denrée soit toujours conforme à l’échantillon que j’ai fait goûter à ces dames....

— Bien! bien! le couvent est un peu plus proche que la ville, et il n’est pas malaisé de fournir du bon quand on est sûr d’être payé recta ; mais toi, mon gars, je gagerais que tu trouveras moyen de voir ta Marcelle souventes fois. »

Le gros Gervais, enchanté de l’affaire en elle-même, continuait à sourire, et pour deux raisons; mais Pierre- Paul lui répondit sur le ton sérieux :

« Vous savez, mon oncle, que je n’ai pas le cœur changeant. Depuis le jour où je suis arrivé au pays dans la même carriole que Marcelle, je me suis attaché à elle tout doucettement. On encourageait notre amitié à la Plantelle comme au Moire; personne no m’a jamais dit : « Prends

garde! elle n’est pas de ta condition, ne l’aime pas trop. * Au contraire, on riait, un badinait, chacun l’appelait ma petite femme, ma bonne amie, ma promise. Et je me suis accoutumé k l’aimer de même ; elle aussi me préférait k tous les jeunes gars du canton, prenant plaisir à m’entendre et contente d’étudier ce que je lui apprenais.

— Ma fine 1 interrompit le fermier le plus gaiement du monde, elle aurait été fièrement difficile de n'être pas bien aise. »

Pierre-Paul soupira.

a J’étais son maître et son fidèle compagnon, poursuivit-il. Marcelle ne pouvait pas se -passer de moi; je n’ai jamais été un jour entier sans aller causer et jouer avec elle.

— Dieu merci ! dit Gervais, c'était plaisir de vous voir. Biaise Gordon vous appelait Paul et Virginie, Daphnis et Chloé, que sais-je moi. Appelez-les Pierre-Paul et Marcelle, ma fine ! et laissez là vos sornettes de l’ancien temps. Biaise Cordon se fâchait des fois, corepus drôle ! mais une chopine de cidre le remettait bien vite en bonne humeur. Nous finissions par tomber d’accord sur tourtereau et tourterelle, de l’ancien aussi, mais toujours nouveau.... hél hé! hé!...

— Vous riez, mon oncle I murmura le jeune gars.

— Pourquoi donc pas?

— Ah !.. . c'est que. ... je suis tout embarrassé pour finir !

— Pauvre pliot ! dit le bonhomme d’un ton si encourageant que Pierre -Paul ne craignit plus d’achever.

— A Paris , reprit-il, Marcelle languissait de ne plus me voir, et dans le même temps, vous savez quelle était ma peine.... Marcelle est de retour, je tâche de l’entrevoir de temps en temps; c’est là mon espérance, ma consolation, mon bonheur....

— Va toujours, mon fils, mais ne prends pas un air triste comme ça, que diantre! Est-ce que nous te faisons reproche d’aimer encore ta petite bonne amie?

— Vous, non 1 fit Pierre-Paul en hochant la tête ; mais Corentine a bien changé pour moi et m’a tout dit sans mentir.

— Bon, bon! patience, et pas de sottes idées, vois-tu!... Corentine n’est pas tant contre toi qu’elle en a l’air. Entre nous, elle voudrait pour une grosse part de son bien que la ptiotte lui restât au pays.

— Sans doute, j’en suis sûr..

— Pour lors donc, elle est de ton bord dans le fond.

— Mais M. Durantais ! objecta Pierre-Paul.

— Ce n’est pas un si gros seigneur déjà pour faire fi - d’un gars éduqué comme tu l’es.

— Pourtant, murmura Pierre-Paul.

— Eh ! dà !il est petit-fils d’un paysan... .

— Il est fils d’un chirurgien-major que vous appeliez le docteur....

— Et il a épousé une paysanne, mon gars, Jeanne- Marcelle Faron, une brave et honnête fille, pas plus princesse que Mariette, Périne ou Denise.

— Tout ça est vrai, mon oncle, mais c’est un monsieur. »

Le père Gervais haussa les épaules :

« Un moTwtewr/ répéta-t-il avec dédain; dis donc un employé quasi-mort de faim, qui n’a rien à lui, vu qu’il doit tout son avoir à sa seconde femme, la fille de la comtesse j cette autre Clarisse dont le nom me fait toujours penser à ta sœur!...

— Oui, mais Marcelle a du bien.

— Tu n’es pas un mendiant. Dieu merci l

— J’ai quinze cents francs placés chez le notaire, mes bras et votre bienveillance, mon oncle.

— Eh bien! mon gars, ma bienveillance.... ma bienveillance.... Je m’entends! sois calme !... Tu aimes Marcelle, je n’y vois pas sujet de chagrin, voilà mon sentiment!... Vas au couvent de Notre-Dame-des-Fleurs tous les jours, si tu veux, mais étudie, étudie, j’y tiens!... Les mémoires

de mon frère Joseph m’ont ouvert l’entendement d’un coté, les conseils de M. de Eeauval me l’ont débouché die l’autre.... On a son idée ! »

Ah! combien, sous tous les rapports, le père Gervais différait à cette heure de ce Gervais qui s’enorgueillissait en toute occasion d’être le frère d’un monsieur de Paris, d’un savant qui avait finement tiré son épingle du jeu en CO monde. Alors Gervais passait pour généreux, et il acceptait les cadeaux de Joseph sans songer seulement à lui expédier ime barrique de cidre. Maintenant Gervais passait pour avare, et de fait son système d’économie domestique attristait parfois Pierre-Paul lui-même. Mais la Bernarde n"’y trouvait rien à redire, — ce qui fit faire à Gorentine des réflexions singtdières :

« Ne nous fions pas aux apparences, dit-elle un jour à son mari. Nous savons assez par nous-même que le monde prend souvent le rebours des choses.

— Avoir laissé partir son fils simple soldat I lui, un richard ! Je l’avais toujours cru bon père et moins attaché à sesécus?...

— C’est peut-être pour le mieux ce qu’il en fait, répliqua Gorentine.

— Allons donc! Et marier sa fille contre la coutume, sans noces, sans danses, rien de rien 1

— A la place de Gervais, Morgan, nous ferions peutêtre comme lui.

— Je ne t’entends plus, femme 1

— Moi, reprit Gorentine, je regarde, je pense, et je me tais, car les affaires du voisin ne sont pas les nôtres. Ah . si j’étais tout à fait sûre de ce que je commence à croire, je n’aurais pas grand mal à te prouver que Gervais est plus honnête et généreux à cette heure qu’au temps où il donnait à bouche que veux-tu, de quoi boire et manger à tous vos camarades....

— Biaise Gordon ne pensera jamais de même ! » s’écria Jacques Morgan riant de bon cceur.

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Le maître d ecole, il faut bien l’avouer, avait été fort déconcerté en s’apercevant que le pichet de cidre ne circulait plus de main en main au souper du Moire, et que Gervais mettait son monde à la ration congrue. Gorenline sourit de l’observation malicieuse de son mari.

« Eh bien ! dit-elle ensuite, ne faisons pas comme Biaise Cordon. La vraie générosité, mon homme, c’est de se priver soi-même pour donner aux autres !

— Hé! hé! voire? » fit Morgan.

De tous les habitants de la paroisse, Corentine était la seule qui eut entrevu la vérité; mais aussi, la Bernarde, Pierre-Paul et Gervais lui-même excepté, elle était la seule qui eût saisi toute la portée des mémoires de Joseph Roverin. Quand elle eut achevé de parler, Jacques Morgan, comme de coutume, fut obligé de lui donner raison.

« Si tu ne te trompes pas, femme, oui, c’est bien le cas de dire que Gervais est plus brave et plus juste, meilleur père et meilleur parent qu'autrefois. »

Gervais, cependant, continuait à recueillir les confidences de Pierre-Paul, et d’un ton paternel ;

« Toi, mon gars, disait-il, tu veux rester paysan....

— C'est mon devoir.... mais Marcelle? »

Le bonhomme du Moire était plus encourageant en vérité que ne le fut jamais Corentine :

« Ta Marcelle, répondit-il, peut passer les jours et les nuits avant d’en savoir la moitié de ce que tu sais, surtout, mon enfant, si tu ne perds pas trop de temps en courses. »

Pierre-Paul fit courageusement un grand sacrifice.

a Malgré, ma bonne envie, je n’irai pas au couvent tous les matins.

— Bien 1 très-bien! fit l’oncle Gervais en lui frappant

sur l’épaule, j’aime ça! D’abord, vois-tu, les jours de marché, ma femme, mes filles ou moi. nous irons, elles autres fois tu prendras le cheval. »

Ceci était une concession énorme, car elle dérangeait jus- 40i 17

qu’à un certain point les combinaisons économiques du digne cultivateur. Il la fit pourtant, dans la pensée que Pierre-Paul, allant et revenant à cheval, gagnerait près de deux heures pour ses études. D’un autre côté, la combinaison était parfaite, puisque les Morgan s’étaient .réservé les jours de marché pour rendre visite à Marcelle. Pierre- Paul, vivement pénétré de la bonté de son oncle , lui témoignait sa gratitude avec chaleur. Alors Gervais, tour à tour gai, rieur ou familièrement amical, s'assombrit brusquement. U regarda le jeune gars en face, et, retrouvant sur ses traits ceux de son père Joseph , il le repoussa non sans rudesse :

« Assez causé!... à. l’ouvrage!... nous jasons, ma fine! comme des pies !...>

Pierre-Paul se dirigea docilement vers l’étable; mais dès qu’il se fut retourné, Gervais ne se contraignit plus, un gros soupir s'exhala de sa poitrine. 11 leva les yeux vers le ciel et dit avec effusion :

« Joseph ! mon pauvre Joseph ! il ne tiendra pas à' moi, vois-tu, qu’il ait à son tour la meilleure part que je t’ai prise! »

Une mélancolie profonde emplissait le cœur du vieux fermier.

« Paysan, murmurait-il en se dirigeant vers le bord de l’eau! il l’est, il le sera.... sois tranquille! mais il aime la ptiotte Marcelle et il est tout cœur! Ah! Joseph, mon pauvre Joseph, s’il a jamais du gros chagrin, ça ne sera pas de ma faute. «

Lorsqu’il était pensif et surtout dans ses moments d’émotion, le père Gervais avait coutume de fumer une pipe sur la berge; par une vieille habitude, il porta machinalement la main à sa poche, — sa pipe et son briquet n’y étaient plus.

« Vieil oublieux que je suis! » se dit-il avec une sorte de fierté.

Il avait réformé le tabac comme dépehse de luxe; et,

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tous les fumeurs en conviendront, ce ne fut point sa privation la moins héroïque,

Corentine, à son grand regret, avait cessé d’être la confidente de Pierre-Paul, puisqu’elle s’était fait un dev/)ir de rester neutre ; mais ce ne fut pas sans un secret plmsir qu’elle apprit que les Roverin fournissaient de laitage No tre-Dame-des-Fleurs .

Souvent elle rencontra Pierre-Paul à califourchon sur son cheval chargé de boîtes au lait.

<t Pourvu que ni lui, ni Marcelle, ne commettent aucune imprudence ! » pensa-t-elle chaque fois eu faisant des vœux pour l’heureux dénoûment du petit roman que mesdemoiselles de Beau val trouvaient, à bon droit, si condamnable, si dangereux, si téméraire, si terrible, et pourtant si gentil, — toutes épithètes qui se trouvaient dans cette fameuse réponse, renvoyée en balle élastique, que Plantiau tout joyeux avait apportée à son maître.

Aussi le jeune laitier se conforma-t-il de point en point aux instructions détaillées des trois amies, véritable chefd’œuvre diplomatique.

« Ne se trouver que par hasard sur le passage des pèusionnaires , se bien garder de les saluer, ne les regarder ’ que du coin de l’œil sans sourire ; affecter une indifférence rustique.

« Porter son plus vilain costume.

<t Venir quelquefois trop tôt ou trop tard, sacrifice pénible, mais indispensable.

« Ne jamais attendre, s’il ai-rivait malgré lui avant l’heure, et surtout ne pas témoigner d’impatience.

a Ne faire aucun signe,, ne pas dire un mot, paraître tout occupé de son lait ou de son cheval qu’il attacherait à la grille ; rester de l’autre côté même apres que la sœur tourière lui aurait ouvert,

<x Par une complaisance à toute épreuve, se mettre peu à peu dans les bonnes grâces des vieilles religieuses, telles que la supérieure, la maîtresse générale et l’assistante, qui

ne manquerait pas quelque jour d’avoir besoin de ses services pour le jardin potager ou pour tout autre détail du service intérieur.

« Se défier eu général de toutes les jeunes religieuses, plus clairvoyantes que les mères anciennes, et surtout éviter d’être remarqué par la maîtresse générale, celle qui avait le nez rouge et qui portait des lunettes bleues.

« Ne pas chanter de l’autre côté du mur, ne jamais refaire la folie de jeter des balles qui pourraient tomber entre les mains des dames de la maison.

« Enfin attendre les petites vacances de la Fête Dieu, que Laure et Suzanne iraient certainement passer à Beauval, et que Marcelle passerait peut-être chez Corentine. »

« Peut-être! fit Pierre-Paul, peut-être, ce n’est pas même sûr, et il me faut attendre quatre grands mois ! »

Le départ de Marcelle avait fait rentrer la paix dans l’intérieur d’Emilien et de Clarisse qui recevaient souvent de charmantes petites lettres de la pensionnaire de Notre- Dame-des-Fleurs. Elle leur parlait de ses éludes, des visites fréquentes de Corentine, des soins affectueux de tous les Morgan, de ses jeux, de sa santé, de mille riens qui déjà ne péchaient plus par excès d’enfantillage ; mais elle n’avait garde de nommer les Roverin ni le bourg de Saint- Loup. Cette réserve qui lui coûtait tant d’efforts à Paris, avait cessé de Iqi sembler difficile, car, mettant à profit les leçons de diplomatie de mesdemoiselles Laure et Suzanne, elle gagnait en circonspection tout ce qu’elle perdait en naïveté. Déjà elle ne rougissait plus lorsqu’elle entrevoyait Pierre-Paul en conférence avec la stcur assistante de l’autre côté de la grille. Sûre d’elle-même , elle ne craignait plus de le regarder en face de temps en temps, et lorsqu’approcha la Fête-Dieu, ce fut sans parler de lui qu’elle supplia Corentine de solliciter pour elle les trois jours de sortie qu'on accordait aux pensionnaires des environs.

CcH’entiue n’avait pas besoin d’èlre suppliée. Grand était son désir de recevoir chez elle l’enfant de sa prédilection; Renée, Tanguy, le père Morgan, désiraient vivement la visite de Marcelle. Mais la supérieure répondit :i la nourrice de mademoiselle Durantais qu’il était de règle de ne donner qu’aux père et mère des jeunes élèves l’autorisation de les faire sortir.

« Madame, reprit Gorentine, je suis presque la mère de cette enfant, je l’aime de tout mon cœur.

— Très-bien ! dit la religieuse, ces sentiments font votre éloge.

— Je vous en prie, madame la supérieure, accordeznous-la pour un jour, pour un seul jour.

— C’est absolument impossible. »

Gorentine n’insista plus et se retira contristée. Marcelle pleura d’un refus si dur et d’autant plus affligeant qu’il ferait loi pour toute la durée de son séjour à Notre-Damedes-î’leurs. Enfin, circonstance aggravante, non-seulement Gorentine ne voulait pas écrire à Émilien à ce sujet, mais encore elle l’engageait fortement à ne pas écrire non plus.

Quelques mois plus tôt, Marcelle n’aurait pas manqué de mêler à ses larmes le nom de son bon ami ; elle aurait accablé sa nourrice de questions embarrassantes; elle se tut.

« Allons! pensa Gorentine, la n’est plus une en-

fant. Elle en a appris terriblement plus au couvent qu’à la ferme ; entre fillettes enfermées, on se montre à mettre de la cachotterie en trop de choses ! Marcelle sait que son amitié pour Pierre-Paul n’est pas du goût de son père ; c’est égal, Pierre-Paul a toujours la préférence. Ah! pourvu que tout ceci ne tourne pas à mal !... »

Gorentine s’en allait en soupirant :

« Il était si simple, mon doux Seigneur, poursuivaitelle, de les laisser s’aimer tout bonnement, sans mente ries, et de les marier un beau jour en Saint-Loup! Pierre-

Paul n’a rien c'est vrai, mais il aurait cultivé la Grainéesiir-Goësnon, ça suffirait! Ils vivraient heureux autant qu’on peut l’être en ce monde, et la mère de notre petite Marcelle serait contente là-haut!... »

Tout près de laPetile-Plorée où le père Gervais Roverin venait de AÛsiter ses récentes acquisitions , il rencontra Corentine plongée dans ses réflexions mélancoliques :

oc Eh! bonjour voisine! dit-il, m’est avis que nous avons un brin de tristesse !

— C’est vrai ! c’est vrai ! murmura la paysanne.

— La ptiotu ?

— Elle se porte bien. Dieu merci.

— Chère amie de Dieu! dit alors Gervais en ouvrant les deux mains. Vous savez, j’espère, que nous vous aimons au Moire de tout cœur, grands et petits! y a-t-il de l’embarras à la Plantelle? Je ne suis pas un ami de l’autre côté de la bourse, entendons-nous bien, s’il vous plaît. S’il vous fallait quelques cents écus, on vous les avancerait avec plaisir !...

— Merci, Gervais, merci! nous ne manquons de rien! Ail! je savais bien, moi, que vous n’étiez pas avare, comme ils le disent dans le pays.

— Core plus drôle! Je me moque fièrement des mauvaises langues.

— Mais pas des bonnes, peut-être? dit Corentine en lui prenant la main. »

Gervais fronça les sourcils :

« Hein! fit-il durement.

— Soyez calme ! j’ai deviné votre secret, mais les Morgan ne vous ôteront pas le plaisir de le dire tout haut vousmême, comme et quand vous le voudrez....

— A la bonne heure!... dit Gervais rassuré! Ah! fau^dra bien du temps pour ça, voisine! Par bonheur vous n’êtes pas une commère bavarde et sans raison, comme les autres femmes ; mais la cause de votre chagrin k vous, sans vous commander?...

LA MEir-LEURE PART.-

— Tenez, Gervais ! m’en revenant de Notre-Dame-des- Fleurs, où la supérieure m’a refusé Marcelle pour les petites vacances de la Fête-Dieu, je pensais à nos enfants, à ma pHotte qui est toute chagrine, h votre Pierre-Paul, à M. Émilien, au temps passé, à l’avenir....

— Tout doux! mère Morgan, et patience! Priez tant seulement le bon Dieu qu’il prête vie au bonhomme Gervais; car, tenez, entre nous, si je mourais avant mon heure, sur ma foi de chrétien, ça ne serait pas juste! Mes pauvres enfants à moi sont innocents des idées de leur grand-père !... »

Gorentine essayait de comprendre, Gervais étendit la main, et, montrant ses nouveaux champs de la Petite- Plorée :

« Voyez-vous cette terre là, demanda-t-il, et avez-vous souvenance de ses premiers maîtres?

— Pouvez-vous me le demander, Gervais, quand c’est là que Jeanne-Marcelle demeura d’abord après son mariage avec M. Émilien! »

Gervais reprit à demi-voix, non sans avoir regardé mystérieusement tout autour de lui :

« On a vu, ma commère, des biens perdus par les parents, que le bon Dieu faisait retrouver par leurs enfants un beau matin.... Suffît!

Ah! Gervais! Gervais! s’écria Gorentine tout émue,

ils sont bien méchants ou bien sots, ceux qui parlent de votrç avarice ! »

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