LE RETOUR DE MARCELLE
Marcelle, dont le cours d’études était achevé, Marcelle, définitivement retirée du couvent de Notre-Dame-des- Fleurs, allait rentrer dans sa famille, non plus pour y passer quelques semaines, mais pour y vivre en fille aînée de la maison. Son retour actuel avait donc bien plus de rapports que les précédents avec sa première ariivée.
Enfant, elle s’était présentée sous le costume d’une petite paysanne que Clarisse essaya vainement de transformer en petite Parisienne; adolescente aujourd’hui, c’était une pensionnaire que Clarisse allait être appelée à métarmorphoser en jeune personne du monde.
Ainsi, dans l’histoire des familles comme dans celle des peuples, le temps ramène des situations et des événements
analogues ; mais le temps môme a modifié les hommes et les choses. Sous son empire, les circonstances ont changé, et les faits ne sauraient se reproduire sans des dissemblances qui sont l’objet des études de l’historien ou du moraliste. Il serait encore plus vrai de dire que les mêmes faits ne se reproduisent pas.
Les causes n’étant plus exactement les mêmes, les conséquences seront différentes, quoique les situations soient en apparence identiques.
Clarisse attendait le retour d’Êmilien et de Marcelle dans le même salon où, cinq ou six années auparavant, avaient eu lieu tant de scènes douloureuses. Assise entre ses deux enfants, Gilbert et Léonie, qui se réjouissaient en témoignant la plus vive impatience, la jeune femme songeait au passé, sans parvenir à se soustraire à d'importuns souvenirs. Elle se reprochait sa préoccupation, elle combattait ses impressions fâcheuses avec l’espoir d’en triompher par la force seule du raisonnement : — Le prochain retour de son mari et de Marcelle était bien différent du premier. Ils étaient annoncés, ils étaient attendus avec bonheur. Aucune mauvaise nouvelle, aucun motif étranger à la réunion, comme la funeste lettre du comte de Lersant, ne devait attrister Emilien ;
« Et moi, poursuivait Clarisse, je désire bien plus vivement encore qu’alors, accueillir maternellement ma jeune belle-fille. »
Elle voulait faire un rêve de paix et d’union ; elle voulait voir l’avenir sous de riantes couleurs. — « Le temps avait tout changé, c’était évident. — Les circonstances étaient meilleures, c’était incontestable. — Plus de mystères, plus de menaces, plus d’effroi ; Émilien allait revenir satisfait; rien ne troublerait la joie de la famille. 9
Voilà ce que se disait Clarisse, voilà ce qu’elle tâchait de se prouver; et pourtant elle ne recouvrait point sa sérénité ordinaire. A peine entendait-elle les bruyantes questions de Gilbert, intelligent petit garçon de neuf ans, qui
avait les grands yeux noirs, le teint un peu brun et la physionomie ouverte de Pierre-Paul, son oncle inconnu. Elle restait inattentive aux gentillesses de Léonie, blonde et rose enfant dont les traits rappelaient à la fois ceux d’Êmilien et ceux de Marcelle, bien que celle-ci fût l’image vivante de sa mère. Mais il en est des ressemblances de famille comme des couleurs mélangées, où sous une nuance nouvelle on reconnaît des tons très-divers.
Clarisse, qui deux fois aux vacances, avait revu la fille de son mari et qui l’avait trouvée alors docile et douce, sinon confiante, prévenante et respectueuse, sinon expansive, Clarisse ne cessait d’évoquer des souvenirs moins lointains, pour bien se démontrer que Marcelle n’était plus et ne pouvait plus être la sauvage petite Bretonne qui lui refusa si durement le nom de mère. — « C’est une jeune fille à présent : elle n’éprouvera plus de folles terreurs instinctives. A ses derniers voyages, elle n’a témoigné aucune répugnance à mon égard : pourquoi donc m’alarmer? Corentine ne lui aura donné que d’excellents conseils, la raison de l’enfant s’est formée, elle sait que sa seconde mère est bonne et tendre ; elle le pense, car elle l’écrit. »
Clarisse feuilletait la correspondance de la jeune pensionnaire de Notre-Dame-des-Fleurs; elle y rencontrait à toutes les pages des expressions affectueuses, des souhaits charmants, un aimable repentir de ses erreurs d’autrefois et mille autres traits pleins de finesse ou de sensibilité, plus délicats, plus vifs, mieux dits d’année en année : — Marcelle bénissait Dieu d’avoir dès parents aussi bons que les siens; elle se reprochait d’avoir pu méconnaître un jour leur sollicitude pour elle ; par d’ingénieuses allusions, elle revenait sans cesse sur les mêmes pensées. Les plus honnêtes, les plus doux sentiments remplissaient la correspondance entière de Marcelle, qui faisait preuve en même temps d’une intelligence bien cultivée et d’une raison au-dessus de son âge.
Une semblable lecture eût ravi le cœur d’une véritable mère. Ilélas! loin de diminuer les appréhensions de Clarisse, elle les augmenta, car dans ces nombreux passages la seconde femme d’Emilien Durautais ne rencontra pas une ligne fugitive, pas un mot qui indiquât le désir de revenir à Paris, pas même un regret pour les vacances dont Marcelle fut privée trois fois : rien, qui trahit la satisfaction qu’elle éprouverait au sein de sa famille.
Toujours des vœux pour le bonheur de ses parents; souvent do gracieux projets pour l’avenir de Gilbert que, du fond de son couvent, elle nommait colonel ou ambassadeur; souvent de jolies phrases sur les plaisirs de Léonie, sur les soirées et les bals d’enfants ç'i’elle lui souhaitait; mais pas une bouderie qui la montrât peinée de ne pouvoir partager ces plaisirs. Pas un soupir, pas une plainte sur sa réclusion à Notre-Dame-des-Fleurs.
Tandis que les lettres des autres jeunes filles sont pleines de beaux rêves plus ou moins romanesques, Marcelle ne parlait jamais de ses propres espérances. En vérité, elle était raisonnable â faire peur! Quoi! pas un caprice mutin, pas une ambition un peu folle 1 Elle n’avait envie ni d’une parure, ni d’une fête, ni d’un spectacle. Il ne lui fallait pas une amazone et un poney; elle ne parlait point de voyage en Suisse ou en Italie, de parties en bateau, de promenades en calèche ; elle voulait bien que son frère fût un gentil colonel de hussard, mais son mari, comment le voulait-elle?
Ce défaut d’abandon portait à supposer que la jeune fille se nourrissait d’arrière-pensées, qu’elle manquait de franchise et surtout qu’elle redoutait le jour où elle rentrerait dans la maison de son père pour ne plus s’en éloigner.
a Marcelle est pieuse, parfaitement élevée et jalouse de se bien conduire, pensait Clarisse avec mélancolie; Marcelle fait tous ses efl'orts pour m’aimer; mais ses premières impressions ne s’effacent pas, et c’est moi sans doute, moi
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qui suis la cause de sa secrète antipathie pour notre intérieur. O mon Dieu! préservez-nous de nouvelles catastrophes ! »
Chaque fois qu’une voiture s’arrêtait, Gilbert courait au balcon en criant ; « C’est Marcelle ! » Chaque fois Léonie battait des mains.
Clarisse, qui voulait partager la joie impatiente de ses enfants, fut au regret d’avoir parcouru des lettres où elle venait si vainement de chercher une illusion. Elle en renferma la collection, non sans trouver au moins étranges dans la correspondance d’une petite pensionnaire les pensées qui l’avaient le plus frappée :
« Le bonheur n’est qu’aux champs.
« Les villes ne sont que de vilaines prisons de pierre.
« La vie de la campagne peut seule satisfaire le cœur. »
L’éloge des beautés de la nature revenait avec une insistance étrange.
Il y avait un parallèle entre l’état de princesse et celui de paysanne, où tout l’avantage était pour la simple et pauvre campagnarde. Cette page, écrite de verve, était fraîche et vraiment éloquente. Clarisse en fut touchée ; mais, au fond, que siguiliait cela sous la plume de Marcelle?
Emilien, toujours léger, ne s’était pas adressé pareille question. A l’époque où fut lue en famille une lettre si singulière :
a Jolie amplification de petite réthoricienne ! avait-il dit en souriant, très-gentiment tournée, ma foi! je lui en ferai mes compliments ! »
Ah ! si la clairvoyante Clarisse avait su la moitié de ce que savait Emilien, elle eût compris que l’amour de la campagne était avant tout pour Marcelle l’amour de son compagnon d’enfance, le jeune pâtre qu’ù la Plantelle et au Moire on appelait son bon ami, et que le gros Gervais s’obstinait à nommer à tout propos le futur, le promis, le mari de Marcelle.
•} Le vieux fermier, dépassant toutes les bornes saluait
’ dans les derniers temps la jeune fille du nom de Madame
' Pierre-Paul. — C’était un enragé que ce bonhomme!
« Mais, disait-il en se frottant les mains, pour qu’un ■ clou tienne bien à la muraille, faut frapper dur, fort et
longtemps!...»
' Quand Marcelle vint lui faire ses adieux, ce n’est point
adieu qu’il lui répondit ; donnant à sa physionomie un air narquois et bienveillant en même temps :
« Au revoir, la ptiote! au revoir! » dit-il jusqu’à quatre fois avec une affectation marquée .
Marcelle en rougit, et son cœur bondit de plaisir à cet adieu de bon augure. Pierre-Paul alla serrer la main de •; son bon oncle.
Mais Clarisse ! Si elle eût été seulement mise un peu sur la voie, elle n’aurait plus attribué à des préventions injustes le langage affligeant de sa belle - fille. Pénétrant la ! cause du mal, elle en eût aisément trouvé le remède, et
ses douloureux pressentiments eussent fait place à une joie sans mélange, car elle se serait écriée :
ot Ce sera moi, ma fille Marcelle, moi qui serai ta confidente et ton amie !... »
La voiture, si longtemps attendue, s’arrêta enfin. Marcelle en descendit , Marcelle se hâta de monter l’escalier , pénétra dans le salon, courut vers Clarisse et l’embrassa tendrement. Il n’y eut de sa part ni effort, ni contrainte ; — les baisers échangés entre elles ne furent ternis par aucune pensée mauvaise, Clarisse, ravie du mouvement de Marcelle, la serra plus vivement dans ses bras ; trois fois ’’ Marcelle, touchée, répondit à son étreinte en l’appelant :
‘ « Ma mère, ma bonne mère! » Il y eut là un instant de
trêve à toutes les angoisses de la jeune femme ; elle se sentit pleine d’espoir.
' « Je me suis donc trompée ! » pensa-t-elle en frémis-
sant.
Marcelle lui disait de la part de Corontine quelques paroles qui lüi allèrent à l’âme'. ' '
« J’ai eu tous les torts autrefois^ Coreutiuem’a fait pro- *taettre de vous le coûfesser de vive voix dès mon arrivée ; cet aveu m’est doux, je vous l’assure { vous trouverez toujours eu moi une fille respectueuse, tendre et obéissante.
. — Assez, chère enfant ! interrompit Clarisse. Oublions des scènes dont ton jeune âge et ta première éducation étaient les excuses. »
Marcelle, doucement émue, n’était pas sans tristesse pourtantj mais elle sut se rendre maîtresse de ses impressions secrètes. Clarisse même s’y trompa. Émilien était enchanté. Marcelle, maintenant, partageait ses caresses entre Gilbert et Léoûie, émerveillés de la voir si grande ;
- « Je pensais que.tu étais encore petite fille et que tu jouerais avec nous, dit Gilbert, mais te voilà sage comme une maman, tu ne voudras pas! J’ai tant de beaux jouets; quel dommage !
— Ne te désole pas, Gilbert, je jouerai bien, sois tranquille ! ..
— Vrai ! s’écria Léonie, tu verras naa poupée? -
— Je te rhabillerai en paysanne bretonne. »
Léonie sauta de plaisir à cette promesse qui fit tressaillir Clarisse comme une allusion pénible. > '
« Mais, dit encore Gilbert, ça ne t’ennuiera pas au moins de jouer avec nous? Je ne veux pas t’ennuyer, vois-tu.
— Sois tranquille, ce sera de bon cœur, avec plaisir, que je prendrai ma part de vos jeux.
— Sans complaisance? » répéta Gilbert du même ton que Pierre-Paul aurait pris à son âge.
Son geste, son accent, sou regard, étaient exactement ceux de Pierre-Paul ; Marcelle l’embrassa de nouveau avec un mouvement de joie si évident, que Clarisse en fut pénétrée jusqu’au fond du cœur. Le dîner était servi; l’on se mit à table. Kmilien lit presque tous les frais de la couver-
r.A MEILLEURE PART.
sation. 11 parla des brillants succès de Marcelle, qui avait lemportè plusieurs prix de la classe supérieure,, et dont le départ laissait des regrets à toutes ses compagnes, h toutes les religieuses et k toutes les bonnes gens du pays. Il fit le' tableau des adieux.
Mais il ne dit point, — il ne pouvait le dire, — qu’un jeune paysan caché derrière un pilier, après avoir applaudi à la distribution des prix avec une sorte de fureur, sanglotait à déchirer l’âme, lorsque Marcelle fondant en larmes fut enfin emmenée. Seulement Émilien parla d’un magnifique chien noir à collier de cuivre, dont l’instinct l’avait franchement ému :
Ce brave animal , le même qui autrefois avait sauvé la vie h Marcelle, semblait jdeurer son départ; il léchait ses pieds et ses mains en gémissant; il aurait voulu la retenir.
« Corentine, qui le conduisait en lesse, a eu toutes les .peines du monde à l’empêcher de nous suivre ! dit encore Émilien.
— Gomment s’appelle-t-il? demanda Gilbert;
— Plantiau , du nom de la Planlelle , où il est né , » répondit Marcelle avec la plus vive émotion.
Émilien pria Clarisse de faire venir dès le lendemain la couturière et la marchande de modes ; il lui annonça presque aussitôt que son intention était de produire sa fille dans le monde dès l’ouverture de l’hiver.
« Elle est bien jeune encore, objecta Clarisse; à seize ans et demi !...
— A quinze, la comtesse de Lersant te menait partout avec elle, repartit Émilien. D’ailleurs, j’ai mes raisons. Marcelle est un peu triste, ses amies du couvent lui manquent ; elle s’en fera de nouvelles ù Paris. Des distractions, du plaisir, c’est nécessaire !
— Mon père, dit Marcelle, je pense comme maman que je suis bien jeune.. •
— Allons donc ! tu es bonne h marier ! reprit son père en riant. ^
— Mais, je n’ai pas le moindre goût pour les plaisirs du monde.
— Propos de nonne ! le goûf t’en viendra comme l’appëtit vient en mangeant. J’ai bâte d’ailleurs, moi, de jouir d’un double triomphe en conduisant au bal la plus charmante des jeunes femmes et la plus jolie des jeunes filles ! ' - ,
— Que vous êtes gai, mon bon Êmilien! dit Clarisse, et combien je suis charmée de vous voir ainsi. . i
— Ce moment-ci est le plus doux de ma vie; nous sommes tous réunis, vous vous aimez, le faisceau de la famille se resserre autour de moi. Clarisse, voUà bien la plus belle des fêtes ! Aussi je veux faire un grand extra pour un pauvre employé tel que je suis.
— Du champagne ! interrompit Gilbert en criant , nous allons boire à la santé de Marcelle !...
— Le petit luron m’a deviné. » / .
Le champagne fut débouché à la grande joie de Léonie •et de Gilbert, dont la gaieté enfantine était surexcitée par les propos plaisants d’Émilien. U était de belle humeur, il complimentait sa femme avec une galanterie du meilleur aloi, il déridait ' souvent Marcelle par ses saillies, et s’étourdissait lui-même, voyant sans voir entendant sans entendre, ne songeant pas même k observer la jeune fille et la belle-mère qu’il venait de remettre en présence. Marcelle ne cessa d’être pleine d’attentions pour Clarisse; ainsi, par exemple, elle ne souffrit pas que sa santé fût portée la première :
« A celle de maman, d’abord! » dit-elle.
Puis, se penchant vers la jeune mère de famille, elle lui ^ demanda des nouvelles du comte et de la comtesse de Lersant ; elle ne manqua donc k aucune convenance ; elle fut aimable, avenante et même tendre. Elle remercia Clarisse es lettres qu’elle lui écrivait k Notre-Dame-des-Fleurs.
<t Je les ai précieusement conservées, disaiUelle; je veux les relire et les faire lire k Léonie. Corentine les admirait avec moi. Ah! elle a conservé pour vous, maman,
et pour Mme la comtesse , votre mère, une estime bien chaleureuse. »
On ne pouvait mieux dire; Émilien applaudissait aux propos de Marcelle ; mais Clarisse, un moment aveuglée, redevenait inquiète k bon droit. La politesse, le respect affectueux de Marcelle, sa soumission, ses promesses, n’empêchaient point quelle ne fût évidemment sur la défiance.
« Elle sourit à peine, pensait Clarisse, Émilien la force k paraître gaie, elle ne cesse d’être sérieuse ou même triste. Plus étrangère ici que je ne l’étais chez Ismène, elle s’étudie k jouer un rôle et va me réduire k en jouer un aussi. Sous des dehors irréprochables, elle cache une froideur affligeante pour son âge. Moi, l’orpheline recueillie par pitié, étais-je ainsi les jours de fête dans l’hôteldu vieux marquis? Avec une insouciance folâtre je me livrais, je ne mesurais pas mes paroles; je risquais parfois des hardiesses qui , k défaut d’autre mérite, avaient celui de l’expansion, sans laquelle point d’amitié vraie. »
Marcelle aurait pu aisément compléter les récits d’Emilien, donner une foule de détails omis par lui, répondre du moins aux allusions, qu’avec un frivole entrain , son père faisait k son futur mariage. Non-seulement elle évita systématiquement d’ajouter un mot au dire d’Émilien, mais encore elle détourna la conversation avec beaucoup trop d’esprit.
Lorsqu’il fut question de futur mari, Gilbert, Léonieet son père riaient ; les plus fantasques boutades étaient hasardées. Un mandarin chinois et un prince du Congo devaient se disputer sa main; ils arriveraient incognito, l’un déguisé en Auvergnat, l’autre en lady anglaise. Les présents do noce des deux rivaux, leurs portraits, leurs aventures, leurs combats, tel était le canevas badin que brodait Einilienau dessert. Gilbert et Léonie disaient leur mot tour ' à tour.
. « Eh bien! Marcelle? demanda Clarisse, tu restes muette, quand il s’agit de loi.
LA MKILLEURE PART.-
— J’écoule, mainaû, et je m’amuse beaucoup de ces iunocentes plaisanteries, » répondit la jeune fille avec une mesure parfaite. . >. - '
Émilien crut qu’elle s’amusait très-réellement ; Clarisse supposa le contraire. Clarisse avait tort peut-être, mais ’ elle avait raison de croire Marcelle triste au fond du cœur.
On était encore à table quand la pendule sonna neuf, heures. ^
« Si tard, déjà ! s’écria Émilien; ô mon Dieu! comme le ' temps du bonheur passe vite, mes chers enfants. J’ai dix courses à faire avant minuit. A demain, Marcelle; adieu, Clarisse, adieu ! »
Il sortit en toute hâte, tandis que sa femme et sa fille passaient au salon, où la conversation se soutint k merveille tant que les enfants ne furent pas couchés. Mais^ enfin Clarisse et Marcelle se trouvèrent en tète-k-tête.