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Kocore de plus drôle

62 LA MKIU.EÜRE PART^

a-t-il uQ air fj.ité! se disaieat les Maoceaui, Normands ou BretoBS dés autres paroisses. . * .

-X’ Ma iine! c’est le neveu au gros Gervais Hoveriu du Moire! le petit vacher de Saint-Loup!.;, un orphelin depuis l’âge ^ quatre ans ! né à Paris; toute une histoire!... Écoutez donc I... •

— Regardez plutôt, voici une petite l'ée qui le , couronne \...Bé drôle ! eort pua drôle !^ ...

Et les salves d’applaodisseipents redoublèrent^ car Marcelle a’était liâtée de monter sur l’estrade üü lè magister Biaise Gordon l’attendait complaisamment. Il la prit dans ses bras, la plaçasur une chaise et, la voyant poui-vue d’une admirable couronne enrubannée, lui mit entre les mains le livre orné d’une faveur rose qui devait être le prix des bellesdettres. . . .

Marcelle, parée de ses plus brillants atours, était gentille à ravir. Les liabitants des cantons étrangers la comparaient à une fée, les châtelaines de Beauval à un petit ange. Biaise Gordon à un amour mythobgique; toutes ces comparaisons se valaient. Marcelle s’acquitta fort simplement et fort graxâeuaementxle son rôle, offrit le prix, mit la couronne et embrassa le lauréat avec une joie enfantine qui charma les plus indifl'éreuts. Elle fut ensuite retenue par les dames de Beauval, tandis que Biaise Gordon proclamait de nouveau Pierre-Paul pour les deux autres prix de sa création.

Gervais Roverin et sa femme couronnèrent tour à- tour leur cher neveu. - ■ •

• « Monsieur Gordon, demanda M. de Beauval, de combien d’écoliers se compose votre classe supérieure ?

— Pierre-Paul est tout seul, répondit le magister, mai^ si ces messieurs veulent bien le questionner, ils pourront s’assurer par eux-mêmes qu’il a bien mérité la récompense de son travail. » . • .

Le curé fut prié par M. le maire dô faire subir un rapide interrogatoire à Pierre-Paul.

LA MEILLBURB PART.

Pierre>-Paal conjugua sans fan te les deuK premiers temps da verbe amo, énuméra les cinq parties du monde, et récita par ordre chronologique la nomenclature des rois de France jusqu’à ce qu’on l’arrêtât. •

Quant aux mathématiques transcendantes, Biaise Cordon se chargea lui-même des fonctions d’examinateur.

« Qu’est-ee qu’une ligne droite ?

— Le plus court ebemih d’un point à un auti'e, répondit Pierre-Paul. • • { ■.

• — Qu’est-ce qu’un trianpie ? • r

— Une figure plane formée par trois lignes droites.

— Qu’est-ce qu’un cerde? ;

— rLasurf^ bornée par une ligne courbe, dite cireonféreiice, dont tous les joints sont également distants d'un point intérieur appelé centre.

— Mon petit ami, demanda M. de Beauval, comprenezvous bien ce que vous nous récitez là?

-r Mais, dit Pierru-Paul en ôtant sa couronne, voici la eirconférence,le totif du rond; le dedans, c’est le cercle, et le milieu du milieu où je mets mon doigt, voilà le centre. »

Pour faire cette démonstration qui fut suivie de' bravos et d'applaudissements redoublés, Pierre-Paul avait dû poser ses livres sur une chaise; M. de Beauval, qui ne s’ingérait que dans la répartition des ouvrages destinés aux adultes, voulut savoir quel choix avait fait le maître d’école pour son élève supérieur; il vit que les trois prix décernés au petit garçon étaient un résiuné d’histoire, un abrégé de géo^aphie et un traité de mathématiques élémentaires. ■ . ' ■" ■

« Mon enfant, lui dit-il, voici des ouvrages bien choisis et propres à développer votre jeune intelligence. Continuez à travailler, vous ferez honneur à votre excellent oncle que je veux complimenter de votre succès. »

Sur ces mots, le châtelain embrassa Pierre-Paul; le maire, le curé, Jacques Morgan et les dames, en firent autant. Gervais Buverinétait-déjà derrière M. de Beauval. '

«11 n’est pas besoin de me complimenter, mon bon monsieur, dit-il. J’ai tout entendu de mes deux oreilles avec cent fois plus de contentement que le petit gars — vu qu’il y a d’aucuns dans le bourg qui me reprochent de le faire éduquer de même; — mais k moi, monsieur de Beauval, m’est avis, sans vous offenser, qu’il faut semer en bonne terre. •

Pierre-Paul était l’objet dhine ovation triomphale. Ses cousins Roverin l’avaient bon gré mal gré élevé sur lé pavois. Précédés par la musique, ils lui faisaient faire tout le tour du champ de foire. Gorentine portant Marcelle sur l’épaule, la mère Gervais, tobtes les femmes et jeunes filles de la paroisse , suivaient ce cortège improvisé qui fit halte sur la place où la population devaildanser jusqu’à la nuit. , .

Cependant M. de Beauval mesurait ses termes pour répondre à Gervais Roverin : '

« Oui, certainement, il faut semer en bonne terre, lui disait-il ; et ce n’est pas moi qui vous détournerai de faine donner à votre neveu une instruction convenable. ...

— A la* bonne heure! me voilà satisfait! interrompit le paysan.

— Mais.... mais.... mais, poursuivit M. de Beauval, vous m’avez l’air de quêter mon approbation avec une arrière-pensée ? ,

— 11 est malaisé d’être plus fin que monsieur, fit Gervais en tortillant les bords de son grand chapeau.

— Le château n'est pas assez loin du bourg pour que j’ignore absolument ce qui vous préoccupe. » ,

Gervais passa le Rubicon. , -r

« Pour lors, notre monsieur, vous savez'que mon frère Joseph m’a laissé son petit fiston , en me disant de le faire bon paysan.

. — Vous n’en prenez guère le chemin, père Gervais. .

> — A savoir , sans vous offenser, monsieur de Beauval.

Le gars n’est pas plus mal instruit à la ferme qu’à Vécole,

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je suis son maître (l’agriculture, moi, et je m’y connais uu brin, m’est avis.

— Très-bien ! mais, si j’ai donné des louanges au laborieux élève de maître Biaise Cordon, j’hésite à vous en donner à vous-méme.^»

La figure dé Gervais se rembrunit ; il ne se. tint pas pour battu néanmoins, et d’un ton chaleureux :

c Âh! monsieur de Beauval , s’écria-t-il, je vois bien que vous ne savex pas toute l’histoire de mon frère. Il avait aussi une petite fille nommée Clarisse, qu’il préférait peutêtre bien un peu trop à son garçon, le pauvre cher homme : devant Dieu soit son âme! Sa fille Clarisse, donc, il en a fait une belle demoiselle de Paris, l'ayant laissée h une marquise de sa connaissance, pendant qull m’amenait à moi son Pierre-Paul. Faut pas oublier, notre maître, que la langue à mon frère Joseph s'est si fort épaissie tout d’un coup, qu’il n’a tant seulement pas pu nous répéter le nom de cette marquise ; et depuis, j’ai toujours idée qu’il ne m’a point dit sa dernière volonté bien complète. Voilà donc pourquoi, à l’effet de faire pour le mieux, j’en fais à ma tête, sauf votre respect. »

M. de Beauval ne prenant pas la parole, Gervais ajouta de l’air le plus convaincu :

< Joseph étant uu honnête homme et un bon père, devait vouloir avant tout que son gam fût le plus heureux possible, pas vrai ? Eh bien I je dis, moi, que Pierre-Paul ne sera jamais heureux sans une éducation pareille à celle de sa sœur Clarisse ; les montagnes ne se rencontrent pas, comme on dit, mais un frère et une sœur, c’est différent ; pour lors, je ne veux pas que la belle demoiselle de Paris ait vergogne de son frère le paysan. Ce n’est pas tout, continua Q-ervais de plus en plus à son aise, vous connaissez la petite Marcelle de chez les Morgan ; le gars aime cette ptiotte-là plus que tout; il en est amoureux pour de bon, monsieur de Beauval, clair comme de l’eau Coésnon; mais sa Marcelle est une demoiselle aussi, la lille à 40 ü

LA MElLUîUHK PART.

M. Éluilieu Durastais, qui va nous venil' d’uu jour à l’autre la reprendre h Corentiue. Gorentine a l'idée contraire ; malgré ça, je pourrais bien avoir raison, moi, vu que les Durantais sont des bourgeois et non pas des paysans, comme vous savez.

— llourgeois depuis deux générations, objecta M. de Beauval, car le père du .chirurgiemmajor était fermier k la Petite-Plorée.

— il y a cinquante, ans passés de ça, et M. Emilien est un beau monsieur de Paris, où Pierre-Paul ne manquera pas quelque jour de vouloir chercher sa sœur Clarisse et rejoindre sa chère petite bonne amie. Voilà donc pourquoi, en attendant que je l’envoie au collège de Fougères, j’ai dit à Biaise de lui apprendre tout ce qu’il savait en n’importe quelle chose. »

M. de Beauval n’essaya pas de combattre les intentions de l’oncle Gervais. Peut-être, connaissant l’obstination bretonne du paysan, jugea- t-il toute remontrance inutile; peut-être l'argument relatif à Clarisse lui parut -il digne d’être pris en considération ; peut-être enfin était-il influencé par les preuves d'intelligence et d’heureuses dispositions que Pierre-Paul venait de donner. Quant k ce qui concernait Marcelle, le châtelain, fort peu romanesque de sa nature, n’en tint absolument aucun compte. Pour toute réponse il dit k Gervais :

« Continuez k faire un bon cultivateur de votre neveu, car les dernières volontés de votre frère ne sont pas dou- ' teuses k cet égard ....

— Oh ! pour ça, monsieur de Beauval, on n’y fautera point !

— Mais, si j’ai un conseil h vous donner, faites grâce à Pierre-Paul du collège de Fougères. ,

— Hum! fit le Breton, m’est avis pourtant qu’il y a Un tas de belles choses qu’on n’apprend bien qu’au collége.

— Sans sortir du bourg, avec le concours des ecclésias”

tiques de notre paroisse , du notaire et de quelques autres personnes qui s’y prêteront de bonne volonté, votre neveu peut, selon moi,' faire des études très>satisfaisantes, s’il est aussi studieux qu’il me parait intelligent.

— Grand merci, notre monsieur, et pardon de vous avoir retenu si longtemps, » dit le paysan qui saluait jusqu’à terre, et qui, se souciant fort peu de jeux où de danse, aHa fumer sa pipe sur le bord de l’eau.

( Mon cher ami ! s’écriart-il au bout d’uqp demi-heure, mevoid l’esprit tranquille, à la fin des fins ! Gorentine, atec toutes ses sottes histoires, ne me le troublera plus. Pierre- Paul étudiera, apprendra, deviendra savant sur tous les articles.,.. £t puis après, à'ia garde de Dieu ! »

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