LES DEUX MARIAGES
La grande difficulté est d’échanger les premiers mots sans être emporté dans le courant des lieiix communs ; le talent est de ne point faire de compliments rebattus et de maintenir la conversation d’une manière piquante, — préceptes plus faciles à donner qu’à suivre. Heureusement, Clarisse ne répondait ni en petite pensionnaire , ni en duchesse dédaigneuse , par des monosyllabes inarticulés. Elle avait appris -à l’école d’ismène la science aimable de la causerie; elle unissait l’enjouement à la finesse et se trouvait trop heureuse d’échapper enfin au malaise qui jusqu’alors l’avait obsédée. ' ’
Emilien Durantais continuait sur le tdn louangeur ;
< Les critiques mordantes vous fatiguent et vous blessent , mademoiselle ; les médisances que vous avez recueillies de toutes parts vous attristaient; les assauts de vanité dont vous étiez témoin malgré vous altéraient votre sérénité ordinaire. Les épigrammes de la jalousie ne peuvent vous amuser parce que vous êtes naturellement bienveillante. J’ai cru pénétrer tout cela, et me sera-t-il permis d’ajouter que je suis ravi de mes coupables indiscrétions....
— Si vous n’avez pas le don de double vue, monsieur, vous possédez au moins l’art dangereux de la flatterie.
— Dangereux ! oh I mademoiselle , ménagez la flatterie , je vous en coiljure.-
— Et pourquoi donc?... Elle est détestable! -
— Je me déclare son chevalier !
— Pure plaisanterie 1
— Sans mentir, j’ai pour elle un faible dont je me fais gloire. Ne m’obligez pas, mademoiselle, à rompre une
LA MElLLliUHE VAUT.
lance contre vous en l’honneur de la plus aimable de nos divinités....
— La messagère du courroux céleste....
— Pardonnez-moi , mademoiselle , vous confondez avec la Discorde. La Flatterie est, au contraire, la plus accommodante , la plus conciliante personne du monde ; aveugle pour les défauts d’autrui , elle ne voit que les bonnes qualités....
— Même celles qui n’existent pasl
— Vaut-il mieux voir les mauvaises qui existent? Nous haïssons la médisance, quoiqu’elle suit toujours véridique : pardonnons donc h la flatterie d’être mensongère quelquefois.
— Me voici sur mes gardes , monsieur le flatteur.
— Oh ! pour ma part , je n’estime et n’aime bien sincèrement que la flatterie sincère. Élevons des statues à la flatterie, ouvrons-lui les portes à deux battants, pour qd’elle mette en fuite la calomnie , la critique jalouse , l’envie et la discorde I
• — L’hôtel de Ponthervé serait bien désert ce soir , dit Clarisse en souriant.
— Il serait encore plein pour moij votre humble flat‘« teur. »
Clarisse repartit sur le ton enjoué : ’
.... présent le plus funeste ^ . -
Que puisse faire aux rois....
• — Awx rois, interrompit Émilien, mais non aux xeines de la grâce , de l’esprit et de la beauté. '
— Ah ! monsieur, s’écria Clarisse , vous abusez de votre profession de foi ; décidément, votre chère flatterie est une franche aventurière 1
— Franche! je vous prends au mot, mademoiselle;
mais vous souriez, et votre charmant sourire est pour moi la plus douce des flatteries. - * - '
- — Vous me renvoyez mes mots à la raquette, comme
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Ui MEll^LEURE PART,
(les volants; mon sourire, charmant, ùu non^ se transforme en flatterie ; vous prétendez me Jbattre avec mes armes.... Oh! monsieur, pour vous punir, que je voudrais bien vous faire une grimace horrible !
— Ah I répliqua Émilien , je suis à l’abri de la punition, il vous serait impossible d’exécuter votre menace.
— Encore un compliment.
— Encore une flatteuse vérité.
— Dites un mensonge , car la politesse seub m’empêche
de vous faire reculer d’épouvante.... ,
— Et la raison de la raison , mademoiselle , c’est que la pohlesse a pour enveloppe la flatterie.... '
— Admirable ! votre déesse n’est plus qu’un pardessus ,
une sortie de bal , un surtout qu’on ferait aussi bien , en efl'et, délaisser au vestiaire..,. " '
— Juste ciel 1 que deviendrions-nous sans cette mantille de la bienveillance, sans ce domino rose du savoir-vivre. En ce moment, moi qui vous parle, je vous dirais peutêtre d’incroyables impertinences....
Oh! fit Clarissse avec un sourire d’incrédulité.
— Remarquez bien que -je me suppose dans ce fameux palais^ de la Vérité , où l’on ne pouvait user du moindre détour de langage , où l'on ne s’exprimait que sous la dictée d’une franchise terrible, audacieuse , grossière....
— Eh bien ! moiisieur, vous me diriez des injures?...
— Pis que cela !
— Pis que des injures? ^
— Mille fois ! " •. , • ■
— Vous me faites frémir!,-. '
— Rassurez- vous : nous ne sommes pas dans ce maussade palais d’où la Flatterie est exilée , et ou , privé de son secours, je m’exposerais, je le sens, à votre juste courroux , bà , je ne pourrais, déguiser aucune de mes impressions. . . .
— Et nous nous dirions des personnalités?...
— Et vous m’ordonneriiSz^de me retirer de. votre présence.... ». ' . ■
Clarisse comprit-elle que -dans le palais de la Vérité , dès la première conversation, Émilien eût été forcé de prononcer le téméraire mot amour ? Non , sans doute , car, au lieu de rougir ou de détourner le sujet de l’entretien :
< Monsieur , dit-elle , vous m’intriguez beaucoup.
— C’est mon devoir aujourd’hui.
— Si nous en sommes aux énigmes , je ne vous cacherai pas que je suis fort curieuse.
— A toutes vos perfections, mademoiselle , vous ajoutez donc la qualité par excellence?
— La curiosité!... un affreux défaut dont je m’accuse humblement I
— G’est-k-dire, mademoiselle, que vous vous en vantez.
— Moi?...
— Une femme qui n’est pas curieuse mérite k peine de vivre , et k coup sûr n’est point digne d’étre aimée.
— Un pareil exorde promet ! Pour faire suite k l’éloge de la flatterie, celui de la curiosité! Oh! vous piquez la mienne!... »
Clarisse ignorait jusqu’au nom du jeune cavalier qui la divertissait par ces frivoles paradoxes. DéjkM. le comte de Lersant, beaucoup mieux instruit, le faisait remarquer k Ismène.
«Ha l’air très-bien , dit la jeune marquise , et vous dites, mon ami , que 'sous tous les rapports il conviendrait parfaitement k Clarisse ?
Même naissance vulgaire , même éducation distinguée, et fortune k peu près égale, k ce qu’affirme le baron de Minalès, qui le connaît intimement , m’a-t-il dit, depuis quatre ou cinq ans. >
Le baron s’était ménagé une porte de derrière en ne faisant pas remonter plus loin son intimité avec Émilien.
« Vous pouvez juger par vous-même des convenances d’âge ; Clarisse a seize ans , mais en parait dix-huit ; M. Burantais n’en a guère que vingt-cinq. Observez-les; ils causent avec un abandon du meilleur augure.
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— Mais vous-même , Édouard , d’oü connaissez-vous M.deMinalès?
— Je l’ai rencontré au balcon de l’Opéra» il fréquentait alors le même cercle que moi. G'e>t un gentilhomme espagnol qui s’est volontairement exilé pour je ne sais quelle cause politique, et qui tient à Paris un rang fort honorable. II est reçu partout.
— C’est égal, Édouard, la recommandation decetélrânger ne me suffît pas; complétez vos renseignements sur M. ûurantais , et , s’il est vraiment digne de Clarisse , je favoriserai vos vues de toute mon influence. >
Le comte de Lersant ne perdit pas une seconde ; Minalès avait eu soin de lui désigner dix jeunes gens qui étaient en relations plus ou moins suivies avec Émilien Duranlais ; mais toutes ces relations étaient postérieures à l’époque de la mort de Jeanne-Marcelle. Émilien n’ayant été produit dans le monde de la finance par le baron qu’après leur fameuse rencontre dans la cour des Messageries générales, et après ce souper au PalaisrRoyal , durant lequel l’aventarier espagnol s’imposa à lui comme mentor, personne ne soupçonnait qu’il eût été marié.
Chacun se complut à déclarer que M. Durantais était un homme d’honneur accompli. Sa délicatesse allait jusqu’au scrupule. Un jeune agent de change raconta même sur le ton semi-railleur le trait des actions de la Dordogne :
< Au moment où la compagnie se fondait sur des bases peu solides, il est vrai , mais suffisantes en somme, comme les résultats le prouvent bien, M. Durantais vint nous faire une scène inouïe; il refusa de participer désormais à l’opération , il exigea que son nom fût rayé de l’acte de société, et se fit blesser en duel pour se donner la satisfaction de perdre trente mille francs, qui en représenteraient cent mille aujourd’hui. »
Le comte de Lersant se trouva suffisamment édifié ; < — aussi, peu après son mariage avec la marquise de Ponthervé, sa cousine, Émilien , invité à un diner de cérJrao-
LA MEILLEURE f*ART.
nie, fut-il placi* îi la droite de Clarisse, dont le baron Vincent de Minalès occupait la gauche.
A cette table, dans le vieil hôtel de Porithervé , au milieu des Gn^rigny, des la Gisaie, des Marculles, des Lersant ou des Beauregard, tous gentilshommes et titrés, tous représentants de la plus belle noblesse de France, se trouvaient donc — uniques en leur espèce — Mlle Clarisse Roverin et M. ïlmilien Duranlais, la fdle du pauvre précepteur Joseph , la nièce du gros paysan Gervais et le descendant direct des modestes cultivateurs de la Petite-Plorée.
Kiniiien osa beaucoup. Clarisse, vivement émue , n’eut pas de peine h deviner toutes les flatteuses énigmes de la première’ causerie son cœur ne fut pas moins satisfait que sa curiosité. Depuis dix jours, d’ailleurs, elle n’avait point fait un pas hors de chez elle, elle n’avait pas mis les pieds dans un salon , sans rencontrer Émilien, dont l’assiduité parlait aussi fort éloquemment.
« L’invitation d’aujourd’hui , mon cher Durantais est très-significative , lui dit le baron de Minalès dès qu’ils furent sortis ; vous avez plu à tout le monde* hâtez- vous de faire une demande en règle. »
Émilien soupira.
« J’oublie toutes mes craintes dès que je suis près de Clarisse , mais elles me reprennent dès que je me retrouve seul.-
— Si l’on vous refuse sa main, mon cher ami, ce sera certainement par votre faute.
— Est-ce ma faute , si je suis veuf et père d’une petite fille de six ou sept ans?
— Non 1 La fatalité seule....
— Il est temps que j’avoue ma fausse position.
— Pourquoi ? un million de fois, pourquoi?
— La loyauté l’exige.
— Non. Serez-vous moins bon mari pour faire comme tous les futurs mariés passés, présents et à venir?
— En général , les futurs mariés ne sont point veufs.
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— Ils OBt tous des dettes de jeuùesse de mille uâtures. Les conséquences d’intrigues mal dénouées les menacent et les poursuivent comme des cauchemars. La plupart s’estimeraient heureux de n’avoir à cacher que l’existence d'une petite fille nourrie incognito dans le hameau paternel. C’est égal, les dangers d’un éclat scandaleux ne les empêchent pas de conclure; car, une fois mariés, ils seront maîtres de la situation.
— Ce que font ces messieurs n’est pas un motif pour que je manque k l’honneur.
— En avant les grands mots 1 Eh bien ! rompez.
— Moi! Ignorez-vous que j’aime éperdûment Clarisse ?
— En ce cas, ne dites rien! Épousez d’abord !... Plus tard, la violence même de votre amour sera votre excuse , si vous êtes obligé de parler.
— Qu’entendez-vous par là , baron ? Ne faudra-t-il pas nécessairement déclarer la vérité tôt ou tard! ' ‘
— Non !
— Mais j’aime ma fille, moi! Pour tous les bonheurs
du monde, je ne voudrais la sacrifier , l'abandonner , la renier!,.. ' ' '
— Eh! qui vous parle de'la renier?...
— Je ne la laisserai pas au village , je lui ferai donner une excellente éducation; dès qu'elle sera grandefette, j'irai la chercher et je veux que ma seconde femme soit pour elle une seconde mère 1
— Très-bien, pourvu que l’enfant vive assez pour cela, » dit le baron d’un ton sec, froid et tranchant.
Émilien tressaillit :
« Elle vivra ! s’écria-t-il.
— Lieu seul le sait ! » répliqua le baron.
Puis , pendant cinq minutes , ils cheminèrent sans rompre le silence.
11 est des mots auxquels il faut laisser le temps de vibrer dans tontes les régions de l’intelligence de son auditeur'. Il est des mots qui , comme un corps pesant lancé dans le
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liquide, s’enfoncent profondément en remuant toutes les couches de pensées.
Le baron observait Êmilien Durantais qui, Jatête courbée, méditait cette parole menaçante : « Dieu seul sait si votre fille vivra. » Dès que , s'arrêtant court , il Moulut répliquer :
c Vous êtes un homme, reprit Miualès, un homme ferme et capable d’entendre ùne vérité pénible. Eh bien ! mon excellent ami, écoutez-moi. Il y a cent à parier contre un que votre fille Marcelle, hile de poitrinaire, n’atteindra pas l’âge de quinze ans. »
£milien pâlit de douleur.
« Pas de faiblesses , poursuivit le baron , il s’agit ici de choses graves.
— J’écoute, monsieur, j’écoute ! » dit sourdement le père de Marcelle.
Minalès lui prit affectueusement la main , et d’une voix douce :
c Dans l’intérét de l’enfant, dit-il , la campagne, le lait de vaches , la vie en pleine liberté , au grand air , peu ou point d’études , du repos , du calme , voilà mon premier conseil. Gardez-vous bien de la rappeler avant qu’elle ait dépassé l’âge le plus dangereux. Cela bien dit et bien convenu, dans votre intérêt à vous, silence, car, si l’enfant meurt, ce qu’à Dieu ne plaise, vous ne serez jamais obligé ' de dire qu’elle a vécu.
— Elle vivra! elle vivra!... interrompit Émilien avec, trouble.
— Eh bien ! si elle survit, vous serez déjà marié depuis , six ou sept ans quand vous parlerez.... Et , en sept ans , morbleu! vous pouvez mourir, vous, ou même devenir veuf une seconde fois.
— Ah! vous êtes atroce!... dit Emilien en reculant.
— Je suis vrai, je raisonne, jè calcule ; je veux votre ' bonheur, et, quant aux difficultés de détail, je m’offre à vous servir avec tout le zèle possible. Ainsi , par exemple.
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la correspondance des parents nourriciers de l’enfant peut être adressée chez moi. Je garderais de même tous vos papiers dangereux, tels que votre premier acte de mariage, l'acte de décès de Jeanne-Marcelle, l’acte de naissance de votre, enfant; bref, tout ce qui se rattache à cet ordre de faits. Les jeunes filles du grand monde, n’entendant rien à la vie, sont remplies des plus ridicules préjugés contre les hommes veufs , et remarquez que la jeune veuve du vieux marquis de Ponthervé méritait, il y a quelques jours encore , d’être rangée parmi les jeunes filles. On est romanesque , on veut absolument avoir le premier amour de son époux, on est jalouse du passé , jusqu’à ce qu’on en sache assez long pour se féliciter de né pas l’être du '
présent. Deux ans de mariage, et votre Clarisse et la comtesse son amie auront tout naturellement changé de manières de voir. En résumé, je suis certain qiie, si vous vous faites un sot point d’honneur de tout dire , vous ‘
échouerez au port!... Mais il faut nous séparer. Adieu! cher ami, réfléchissez! La nuit porte conseil.
A l’instant où le baron de Minalès, dont on connaît toute l’influence sur le caractère d’Émilien , le livrait ainsi à lui-même, Clarisse, frémissante de pudique amour, avouait à Ismène les plus secrètes impressions de son cœur.
Ismène en sourit ; elle l’encouragea et répondit à ses timides confessions par des paroles d’espérance ; mais tout à coup, saisie d’une appréhension bien légitime, elle courut en instruire son nouvel époux.
« Je ne suis pas sûre, lui dit-elle, de la mort de M. Joseph Roverin. Pour marier Clarisse, il nous faut absolnraenl son consentement ou la preuve de son décès, et j’ignore jusqu’au nom de son village.... '
— Étrange incurie ! s’écria le comte de Lersant vivement contrarié; quelle imprudence !... »
Ismène se rejeta sur les conseils du marquis de Ponihervé.
« '\’oilh bien les vieillards ! Ils voient la mort .si près 'lO't ‘
LA MElf,LEURE PART.
d’eux, qu’ils ne tiennent plus compte des nécessités de la vie. Que faice h présent?
— ‘Remonter ù la source ! Tout ceci ne date que de six ans. Je connais l’ancienne adresse des Hoverin à Paris, je sais le nom de la mère de Clarisse et la date de sa mort... . » Le baron de Minalès , qui avait prévu la difficulté , se tenait prêt b la résoudre. A peine Émilien eut-il fait sa demande de mariage, qu’il fut instruit du souci de M. le comte de Lersant. Avec son obligeance b toute épreuve et en sa qualité d’ami d’Emilien Durantais, il offrit ses services. — On les accepta. — Le surlendemain, il arrivait triomphalement avec le nom du bourg de Saint-Loup, arrondissement de Fougères (Ille-et-Vilaine). Quelques anciens voisins des Roverin le lui avaient appris, disait-il, et, pour plus de certitude , il avait interrogé vingt personnes. Du reste, il venait d’écrire b Saint-Loup.
Huit jours après, le baron de Minalès apporta l’acte de décès de Joseph Roverin. En même temps, il présentait une lettre signée, comme l’acte mortuaire : Malhurin Gillet, maire de Saint-Loup, et communiquant officieusement la mort de Pierre-Paul Roverin , ce qui acheva de trancher les principales difficultés.
Pierre-^Paul, par bonheur, ne s’en portait pas plus mal, paissait ses vaches, étudiait ses livres, caressait Plantiau, chérissait sa petite Marcelle, faisait l’orgueil de la nombreuse dynastie des Roverin, et jouissait de l’affection générale dans tout le canton, du château de Beauval aux Dames-Plorées, et de Saint-Loup b Lavignais.
Le vertueux Malhurin Gillet était assurément incapable d’avoir communiqué une fausse nouvelle : qui donc avait falsifié sa signature? qui donc avait supposé la lettre qu’accueillirent d’ailleurs avec tant de plaisir M. le comte et Mme la comtesse de Lersant?
Leur crédit aplanit toutes les autres difficultés relatives b la position irrégulière de cette orpheline sans tuteur, qui, depuis six b sept ans, vivait h l’hôtel de Ponthervé.
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Bref, sa main put être accordée à M. Érailieji Durantais, né natif de Besançon et fils d’un médecin, comme le disait, sans trop mentir, M. le baron Vincent de Minalès. Et le mariage fut célébré en l’église de Saint-Thomas d’Aquin, deux mois environ après celui du comte et de la comtesse, lesquels, n’étant plus retenus à Paris, purent enfin partir pour leurs terres du Dauphiné.
Si les nobles époux étaient délivrés de la jeune et inoffensive étrangère qui, malgré toutes ses qualités charmantes, venait d’être pour eux une entrave, dans le ménage modeste d’Émilien Durantais, il y avait un tiers bien autrement incommode. Clarisse aimait Emilien avec une tendresse qui lui rendit doux à supporter son nouveau changement de fortune. Au plus grand luxe succédait pour elle une médiocre aisance, comme autrefois ce grand luxe avait succédé à la plus profonde détresse. Clarisse, ramenée dans sa sphère naturelle, eut la sagesse de s’en estimer heureuse ; mais instinctivement elle redoutait l’officieux baron de Minalès, ami intime de son mari, et parasite ordinaire de la maison.