Legrand du Saulle, Les hystériques, ouvr. cité, p
8. Ballet, Des rapports de l’hystérie et de la folie, Rapport
au Congrès des aliénistes et neurologistes (Clermont-Ferrand, 1894). — Roubinovitch, Hystérie mâle et dégénérescence, th. Paris, 1890. — Colin, Essai sur l’état mental des hyslériques, th. Paris, 1890.
6. Joffroy, Congrès des médecins aliénistes et neurologistes (Session de Clermont-Ferrand, 1894).
on peut admettre qu’elle doit produire des délires un peu spéciaux. Ce qu’il faut dire cependant, c’est que ces différences n’ont pu être encore suffisamment établies.
Maintenant il faut ajouter que, parce qu’on constate l’hystérie chez un sujet, il ne s’ensuit pas que tous les troubles qui surviennent doivent être sous la dépendance de la névrosé. Il n’est pas interdit à un hystérique de s’intoxiquer, par exemple, et il est clair que le délire produit par l’alcool sera un délire toxique avec ses caractères habituels.
On peut en dire autant de l 'épilepsie. Tout ce qui survient chez un comitial n’est pas forcément de nature épileptique. M. Magnan 1 a bien montré ces associations morbides, et, par des analyses savantes, indiqué que l’on pouvait séparer selon leur cause les symptômes observés et apparemment confus. De môme que pour l’hystérie, ce qui est, chez les épileptiques, nettement raltachable à la névrose, ce sont les troubles mentaux liés aux attaques. Parfois on observe des états de dépression avec torpeur intellectuelle qui durent peu et sont suivis d’une amnésie plus ou moins étendue et totale. Mais il peut exister en dehors des accès convulsifs des états vêsaniques analogues et présentant une amnésie plus ou moins complète. Il s’agit alors d’« épilepsie larvée », ainsi que l’a décrite Morel.
1. Magnan, De la coexistence de plusieurs délires chez le même aliéné, Areh. de neurol., 1880, t. I, p. 49.
ÉTIOLOGIE
Les basedoiciens sont souvent des mélancoliques. Pour l’interprétation des phénomènes, il faut se demander si l’état vésanique n’est pas indépendant du goitre, comme dans le cas de M. Joffroy 1 où les accès de mélancolie étaient survenus avant le syndrome thyroïdien. Mais dans d’autres faits il semble bien que le goitre a provoqué l’état mélancolique par les troubles de la nutrition qu’il engendre et l’auto-intoxication thyroïdienne qui existe ordinairement. Or, même dans ces cas, on s’est demandé si le délire ne serait pas ressortissable à la dégénérescence mentale coexistant avec le goitre â .
La chorée est une autre névrose, fréquemment associée à dès troubles vésaniques, et notamment à des états mélancoliques. On pourrait en dire de même pour la paralysie agitante s .
Enfin la neurasthénie a été récemment aussi incriminée comme facteur d’états dépressifs. Mais il faut noter que c’est là un syndrome dont l’autonomie est mal établie. La plupart des mélancolies sans délire peuvent être étiquetées telles ou neurasthénie selon l’éducation du médecin. Aussi n’essayeronsnous pas d’établir un diagnostic différentiel entre
1. Joffroy, Des rapports de la folie et du goitre exophtalmique, Ann. méd.-psych., 1890, t. XIVIII, p. 467. — Séglas, Maladie de Basedow et mélancolie, Ann. méd.-psych., 1890, juillet.
2. Raymond et Sérieux, Congrès annuel de méd. ment, de Blois (4892), C. R., 1893, p. 198.
3. Bail, De l’insanité dans la paralysie agitante, Encéphale, 25 mars 1892.
deux ensembles morbides, qui ne sont en somme que les deux aspects d’une même affection. Les symptômes physiques de la neurasthénie sont les mêmes que ceux de la mélancolie sans délire. M. de Fleury 1 montre bien cette parenté, et les signes qu’il donne de ce qu’il appelle l’« épuisement nerveux » servent à caractériser les deux affections (hypotension artérielle, hypopnée, hypoglobulie, hyposécrétion glandulaire, atonie musculaire généralisée, insomnie) 2 . D’après cet auteur, qui adopte la théorie de M. Chéron, l’épuisement nerveux serait caractérisé par deux troubles généraux, ptose et hypotension, elles-mêmes consécutives à une altération primitive des centres nerveux. Il n’est pas niable que, dans tous les cas, les auto-intoxications (Bouchard) joueraient souvent un rôle provocateur.
Le cas suivant montre le mélange des symptômes mélancoliques et neurasthéniques.
Obs. XXII. — Mélancolie à stigmates neurasthéniques.
M me S..., Marie, cinquante-trois ans, entrée le 12 décembre 1893 à l’asile Ste-Anne (Service de M. Joffroy).
Le père, médecin, est mort à quarante-deux ans d’une attaque d’apoplexie. La mère est morte à quatre-vingtquatre ans des suites d’une affection pulmonaire aiguë. Un frère est mort de méningite à trois ans. Une sœur est morte trois jours après sa naissance (croup?). Une autre sœur est morte en bas âge également. Une autre
1. M. de Fleury, Pathogénie de l’épuisement nerveux, ouv. cité.
-• M - de Fleury, Uinsomnie et son traitement, 1894.
ÉTIOLOGIE
sœur est morte à dix-sept ans de fièvre typhoïde. Une sœur existe et est actuellement âgée de soixante ans, bien portante.
Convulsions dans l’enfance. Réglée à onze ans; pas d’incidents jusqu’à la ménopause. Fièvre muqueuse à vingt ans, scarlatine à vingt-quatre ans. Maîtresse de piano, elle a eu une existence souvent difficile et s’est surmenée. A trente ans, premier accès de neurasthénie causé par le surmenage, des chagrins domestiques et préoccupations morales. Guérison au bout d’un an. A la ménopause, à quarante-huit ans, deuxième accès de neurasthénie causé par l’épuisement résultant de métrorragies répétées à l’époque du surmenage. A quaranteneuf ans début des accidents actuels, pour lesquels elle a consulLé de nombreux médecins.
Depuis cette époque la malade est devenue très émotive et n’a pu que très difficilement exercer sa profession; en novembre 1895, elle a même cessé tout travail, qui est pour elle une cause de souffrance (le piano lui causait une céphalie intolérable). Au début de décembre 1895 elle entre à l’Hôtel-Dieu pour neurasthénie; elle manifeste alors des préoccupations hypocondriaques, refuse la nourriture durant deux jours (non en raison d’idées délirantes, mais par suite de troubles dyspeptiques) et est envoyée à l’asile Sainte-Anne.
Depuis son entrée à l’asile, son état ne s’est guère modifié ; elle s’est alitée peu après son arrivée, a été traitée parles douches et le bromure, mais d’une manière discontinue et sans grand résultat.
Il existe des signes de neurasthénie cérébro-spinale à la période d’état. La céphalée est intense, continue (sensation de casque, surtout prononcée à gauche, à l’occiput et à la nuque). Il lui semble que sa peau est « comme écorchée à vif et arrosée de vinaigre ». Dans le cerveau elle sent une trépidation « comme celle d’un chemin de fer ». La lecture, l’écriture, les bruits augmentent la céphalie que n’influencent pas les repas; dans les paroxysmes, la vue est brouillée et il survient des bourdonnements d’oreille et des vertiges.
La rachialgie est tenace mais moindre que la céphalée; elle est localisée à la moitié supérieure de la colonne vertébrale, avec prédominance cervicale, et à la région lombo-sacrée; la pression des apophyses épineuses est douloureuse.
L’asthénie neuro-musculaire est bien caractérisée. La malade est alitée, évite tout mouvement et garde l’attitude qui évite toute dépense de force musculaire (flexion). Elle accusé une impuissance motrice complète, et n’exécute les mouvements commandés que lentement et en gémissant-. Au premier abord elle parait paralysée, et cependant, quand on la stimule, elle peut marcher convenablement. L’amaigrissement est marqué par absence de gygmnastique musculaire. Gâtisme par incurie (et par intervalles seulement).
Il existe une dyspepsie par atonie gastro-intestinale. Le matin la bouche est pâteuse ; la salive est ordinairement rare ; inappétence, alimentation médiocre et sans plaisir (on doit la faire manger). Pas d’amélioration après le repas, et une heure après l’ingestion des aliments crampes d’estomac, douleurs dans le dos, étouffements, éructations, borborygmes, constipation fréquente. Comme conséquence, dénutrition extrême (poids actuel : 80 livres environ).
La dépression mentale est accusée. L’aboulie est très prononcée. Il existe une grande diminution du pouvoir de synthèse. La malade compare son cerveau à une lanterne magique; « elle voit défiler devant elle des pensées dont elle ne peut fixer aucune ». L’attention ne peut durer sans que s’accroisse la céphalée. Cette faiblesse mentale s’accompagne d’une conscience très lucide. La malade sent qu’elle est l’objet d’illusions, mais n’en souffre pas moins, dit-elle. Il en résulte un état de malaise inquiet qui va jusqu’à l’anxiété et se traduit par des plaintes sur un ton monotone et une physionomie angoissée. La malade, très découragée, se laisse aller à « des pensées tristes », appelant parfois la mort, et à quelques préoccupations hypocondriaques (son cerveau se prend, elle est perdue, elle va devenir
ÉTIOLOGIE
folle, etc.). Elle est en même temps d’une émotivité extrême. Aucun trouble du côté des sentiments affectifs.
L’insommie est très fréquente, avec anxiété vive au réveil, le sommeil est léger; quelques hallucinations hypnagogiques. Elle a parfois des vertiges; il lui semble, lorsqu’elle est couchée, que son lit s’enfonce.
La sensibilité est altérée. Hyperesthésie généralisée (pression, piqûre, pincement, chaud, froid); sensations douloureuses aux omoplates, larynx, hypocondres, jambes. Les pupilles sont dilatées; il existe une asthénopie neurasthénique et des sensations auditives douloureuses.
Pas de troubles génitaux; besoin fréquent d’uriner; urines sans albumine ni sucre. Palpitations, pouls petit et dépressible (80) ; le cœur a une impulsion forte, pas de bruits orifîciels. Parfois pâleur des extrémités. Respiration normale. Stigmates de dégénérescence (oreilles non ourlées, implantation irrégulière de quelques dents). Réflexes tendineux et réflexe cutané plantaire conservés.