‹ La mélancolieChapitre 115 sur 153 · Kovalevskv, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Kovalevskv, ouvr. cité, p

de réagir, mais à la façon d’un enfant qui s’irrite, qui brise dans un moment de rage tout ce qui se trouve à sa portée ; puis il retombe dans un anéantissement encore plus profond qu’auparavant.

Mais, chez les mélancoliques délirants, l’acte criminel est souvent la conséquence d’un raisonnement très logique et d’une préméditation non douteuse. Le mélancolique hypocondriaque et persécuté dont parle Marc a mis douze ans avant d’en arriver à la conclusion qu’il lui fallait tuer son médecin. Le mélancolique religieux de Kovalevsky a préparé pendant plusieurs mois l’assassinat de sa famille. Tous les deux ont agi posément, lentement, d’après un plan mûrement établi.

La constatation de la préméditation ou de son absence ne peut donc servir à l’appréciation de la responsabilité d’un mélancolique. Ce qu’il importe de considérer avant tout c’est son état psychique au moment de l’accomplissement du crime, état caractérisé par la douleur morale, l’hallucination, la conception délirante.

Un autre caractère des crimes des mélancoliques c’est que ces derniers n’essaient pas après de se cacher ou .de fuir. Ils vont parfois se remettre, avec la résignation qui caractérise leur état mental, entre les mains de la justice; ils racontent tous les détails de leur crime, ils se chargent même autant qu’ils peuvent, en ajoutant aux faits vrais des faits imaginaires inspirés par leur délire d’auto-accusation. Souvent,

MÉDECINE LÉGALE

ils manifestent une conscience complète de l’acte commis par eux. Ils le déplorent, tout en déclarant qu’ils vont enfin trouver la mort qu’ils désirent tant. Ils demandent l’exécution capitale comme une grâce.

II est certain que des actes accomplis dans des conditions pareilles portent le cachet de la folie et ne peuvent aucunement être imputés. Aux mélancoliques qui les commettent, l’article 64 du Code pénal : « Il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au moment de l’action », est entièrement applicable. Il faut ajouter qu’en qualité d’individus dangereux, la seule demeure qui leur convienne c’est l’asile.

Il arrive que des mélancoliques, en se suicidant, entraînent dans la mort des personnes de leur entourage : quand ces dernières sont des enfants, incapables de s’opposer au projet de leur parent, c’est là un véritable assassinat; et on peut en poursuivre l’auteur s’il ne meurt pas. Dans certains cas la victime est majeure; c’est par exemple une maîtresse, à qui son amant a persuadé de se tuer ensemble. Or il arrive que l’homme, après avoir tué son amante, ne se donne pas la mort. C’est là quelquefois un crime dûment prémédité ; et il faudra rechercher très sévèrement le délire.

Les mélancoliques commettent rarement d’autres actes criminels ou délictueux i .

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