Esquirol, ouv. cité, t. II, p. 1"S
TRAITEMENT
déjà réalisées à l’étranger, et à ce point de vue nous sommes en retard sur la plupart de nos voisins.
Les critiques que l’on peut faire actuellement à nos établissements sont nombreuses : insuffisance du nombre des médecins traitants; classement imparfait des malades assistés; confusion des curables et des incurables ; emploi abusif des cellules et des moyens de contention ; discipline trop sévère. Dans certains asiles étrangers, en Écosse notamment, régnent les libertés suivantes : liberté aux malades d’écrire, de recevoir des visites et de prendre leurs repas avec leurs familles dans l’intérieur de l’établissement; mélange des sexes au réfectoire; sorties provisoires; congés en cours de traitement; abolition des punitions; promenades et chasses hors l’asile; suppression des murs autour de l’établissement. Le régime de la plupart de nos asiles est loin d’être aussi libéral; et les mauvaises conditions où se trouvent les malades provoquent leur incurabilité; on a môme décrit l’affaiblissement intellectuel causé par le séjour hospitalier (Asylum dementia).
Le principal obstacle à la transformation de nos asiles, qui sont surtout des dépôts d’assistés, en hôpitaux de traitement, est le nombre exagéré des malades confiés à chaque médecin en chef. Il s’élève de 500 à 1100 et plus. Dans ces conditions, toute thérapeutique sérieuse est impossible, ainsi que le faisaient ressortir récemment avec raison, à la Société
médico-psychologique, MM. Colin, Marandon de Montyel et Pactet i . Tous les aliénistes de bonne foi l’ont reconnu. « Dans mon service à l’asile de Villejuif, qui contient 370 places, dit M. Vallon 2 , la population atteint le chiffre de 684.... Il y a beau temps que l’on a élevé les aliénés à la dignité de malades. Le moment serait peut-être venu de les traiter en conséquence. Or quelle thérapeutique vraiment sérieuse peut-on faire quand, dans une année, il entre, comme en 18S4, dans mon service de Villejuif, plus de 800 malades? Pour traiter les malades, il faut les connaître; il faut en avoir un nombre raisonnable. » De son côté, M. Bourneville, dont la compétence en tout ce qui touche l’assistance des aliénés est grande, déclarait récemment : « Nos asiles doivent être le moyen de traitement par excellence. Pour cela, le nombre des malades de ces établissements, celui de chaque service, doivent être limités. Dans beaucoup d’asiles, le nombre des médecins par rapport à la population des malades est beaucoup trop limité, ce qui rend tout traitement sérieux très difficile. Il en est ainsi dans plusieurs asiles de la Seine, par exemple à Villejuif, où il n’y a que deux médecins en chef et deux médecins adjoints pour 1 600 malades et quelquefois davantage. Il en est ainsi à Maréville, où pour 1 700 aliénés