Esquirol, ouv. cité, t. I, p
TRAITEMENT
Mais on ne doit isoler ainsi que certains malades et particulièrement choisis; ce moyen thérapeutique employé sans discernement pourrait être nuisible.
Le malade étant isolé, il faut ensuite trouver aux mélancoliques une occupation convenable, quelques distractions, qu’on leur offrira de temps à autre et sans les forcer à les accepter. D’autre part, il est impossible de les abandonner à eux-mêmes à ce point de vue : n’ayant aucun désir, aucune volonté de se distraire, ils ne feront rien de leur propre initiative. C’est l’entourage quidoitles décider avec une douceur, une attention dont la sincérité ne doit pas leur paraître douteuse. Chose assez remarquable, les mélancoliques, tout en ayant sur le monde extérieur des notions souvent fausses, sont habituellement attentifs à ce qui est juste et sincère.j Ils détestent le mensonge et l’hypocrisie, qu’ils reconnaissent facilement. Ils deviennent alors très méfiants avec les gens qu’ils jugent peu sincères et n’exécutent plus rien de ce que ces derniers leur conseillent de faire.
Qu’il y ait ou non isolement, il est indispensable d’exercer une surveillance continuelle sur les malades pour les empêcher de commettre des actes dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Il faut se rappeler que tout mélancolique peut à chaque instant attenter à sa propre vie ou devenir subitement un danger pour son entourage. Les malades mettent souvent une ruse et une patience
remarquables dans l'accomplissement de leurs projets de suicide. Aussi les personnes, appelées à soigner un mélancolique, doivent-elles avoir toujours présente à l’esprit la possibilité d’un pareil événement, alors même que le malade n’aurait pas encore exprimé des idées en rapport avec sa funeste résolution. Il est inutile d’ajouter qu’on doit se préoccuper, à tout instant, de ceux qui ne cachent pas leurs projets ou qui ont déjà antérieurement attenté à leur vie, car l’obsession du suicide présente souvent chez eux une telle intensité qu’ils profitent de la moindre distraction de leurs gardiens pour se livrer à leurs impulsions. « Il ne faut jamais se fier à un mélancolique », dit Schüle. Aussi ne doit-on jamais laisser à la portée de ces malades les moyens de se donner la mort; de simples cordons de jupes ont servi quelquefois à des femmes pour s’étrangler.
La camisole de force ne sert aucunement, dans ces cas, de moyen préservatif; nous nous prononçons en faveur du no-restraint, à condition que les malades soient surveillés avec la plus grande attention, — ce qui demande des gardiens suffisamment nombreux. Nous adoptons sur ce point l’opinion de M. Magnan.
Nous sommes convaincus que les malades ne doivent pas recevoir trop de visites de parents ou amis, surtout au début de la mélancolie. Bien souvent nous avons remarqué qu’après des entrevues,
surtout prolongées, le mélancolique redevient plus déprimé ou plus anxieux. Cependant il est presque toujours possible de montrer quelques instants leurs parents aux malades. Enfin les visites, de même que la correspondance, sont très utiles ; mais pendant la convalescence encore faut-il veiller à ce qu’elles ne soient pas une cause de fatigue et de surmenage.
b. Traitement physique. — Il varie d’après les formes simples, agitées et stupides. Toutefois on peut dire, d’une façon générale S qu’il présente trois indications : relever la nutrition, calmer le système nerveux et soigner les complications gastriques et autres. Après avoir dit quelques mots sur le milieu climatérique et le régime des mélancoliques, nous passerons en revue les médications générales s’adressant aux complexus morbides, et les médications spéciales, visant certains symptômes.
Le milieu extérieur agit physiquement sur l’organisme qu’il modifie. Le mélancolique habitera une maison exposée au midi, c’est-à-dire à la chaleur et à la lumière. L’humidité, dont l’action est dépressive, sera évitée. Aussi vaut-il mieux ne pas vivre près des bois, et, quand on le peut, fuir, notamment dans lés cas de mélancolie automnale périodique, les froids humides du début de l’hiver et s’en aller dans le Midi.
i. Schüle, ouv. cité, p. 3o.
Les climats chauds réalisent une économie de combustion organique; les rayons chimiques qui s’observent dans les climats où le ciel est pur (mer, hauts plateaux) influent favorablement sur la nutrition. Enfin la lumière est un excitant certain, directement ou par la formation de l’ozone ; aussi la nostalgie frappe-t-elle les enfants qui viennent de la campagne dans les villes. Pour toutes ces raisons, les stations méridionales seront conseillées et par exemple Pau et les diverses villes de Provence, de préférence celles qui sont le moins exposées au vent (de Hyères à Menton).
Les orages semblent augmenter transitoirement la tension artérielle et le nombre des globules l ; mais leur influence totale est plutôt fâcheuse. Les hautes altitudes ne sont pas favorables aux mélancoliques; à ce point de vue les altitudes modérées (Ëvian, Divonne) ou les plaines (la Touraine) sont préférables. La mer est souvent contraire aux mélancoliques; il ne faut pas oublier que l'air marin (celui qui est saturé. par les sels) n’existe plus à 500 mètres de distance du rivage et à 50 mètres d’altitude. De nos trois mers, celle du Nord conviendrait mieux l’été, où l’humidité disparaît, bien qu'il y ait toujours de grands mouvements d’atmosphère; le golfe de Gascogne conviendrait assez bien l’automne; enfin la Méditerranée serait