‹ La mélancolieChapitre 141 sur 153 · Belle et Lemoine, Ann. méd.-psych · texte numérisé non relu

Belle et Lemoine, Ann. méd.-psych

4. M. Jofîroy a essayé le traitement par le lit,chez les paralytiques généraux et l’applique actuellement à certains mélancoliques.

TRAITEMENT

aussi bien au point de vue physique qu’au point de vue psychique, il semble rationnel en effet de le soumettre au repos. Les indications pressantes du traitement par le lit sont : l’état de dénutrition, le ralentissement de la circulation, l’agitation, la stupeur, l’insomnie, les idées de suicide. Les contre-indications n’existent pour ainsi dire pas. Si les malades sont malpropres, on les surveille et on les change. S’ils se masturbent, il n’y a qu’à redoubler de surveillance. La constipation est facilement combattue par quelques légers laxatifs. On a parfois cru remarquer une anémie survenue par l’absence d’exercice au grand air; dans ce cas on pourrait transporter les malades à l’air libre et les masser ou leur faire faire des mouvements passifs. Parfois il sera nécessaire de leur faire prendre un peu d’exercice volontaire.

Les avantages du repos au lit sont les suivants : les forces se relèvent 1 , le cœur bat plus fort et plus régulièrement, la cyanose des extrémités disparaît, la circulation cérébrale est plus aisée, la température se relève. Les maladies viscérales sont plus aisément dépistées, à cause de l’examen plus facile aulit. Les tentatives de suicide sont à peu près impossibles. Au point de vue mental les avantages sont considérables : le sommeil est meilleur, la douleur morale se calme, l’agitation s’apaise. Le malade

i. D’après M. Hayem, le repos au lit chez les chlorotiques empêche la destruction des globules rouges.

doit être couché dans son lit et non assis et, dans aucun cas, ne doit être attaché. Quelques médecins font lever pendant une heure ou deux leurs malades. Lorsque la convalescence arrive, il faut diminuer progressivement les heures de repos. Le traitement par le lit ne dispense pas des autres traitements, des hypnotiques, etc.

On dira qu’un malade très agité se soumettra difficilement à une pareille méthode et voudra continuellement quitter le lit. Mais en habituant petit à petit le mélancolique à ce traitement, en lui expliquant tous les avantages qu’il en retirera, en l’entourant d’autres malades traités de la môme façon, on finira par le convaincre. Il importe toutefois de bien assortir les malades qu’on désire soigner par cette méthode. En mettant dans une salle un malade bruyant au milieu d’autres qui sont calmes, on trouble le repos de ces derniers, et le but principal qu’on désire atteindre est de la sorte compromis.

M. Magnan expérimente depuis deux mois, dans sa division des femmes à Sainte-Anne, le traitement par le lit et se déclare satisfait. Il fait coucher toutes ses mélancoliques en leur disant qu’elles ont de la fièvre, de l’embarras gastrique, une affection quelconque pour laquelle le repos est nécessaire. Quand l’agitation est. grande, il met à côté de la malade des gardiennes en nombre suffisant pour la maintenir couchée. Les convalescentes aident les gardiennes avec un dévouement remarquable. Au

TRAITEMENT

début les malades se lèvent, puis elles se trouvent bien au lit, et la surveillance nécessaire est de moins en moins grande. M. Magnan emploie aussi, concurremment avec le lit, l’hyoscine, le sulfate de quinine, le chloral.. Nous avons pu nous rendre compte des excellents effets obtenus par M. Magnan ; et l’un de nous se propose d’expérimenter cette méthode thérapeutique dans son service de Villejuif.

M. le D r Sérieux % qui a eu l’occasion de voir beaucoup d’asiles où ce traitement est pratiqué et qui nous a donné certains renseignements utilisés dans ce chapitre, est un partisan convaincu de l’excellence de ce moyen.

« Le traitement, dit-il 1 2 , a pour conséquence de faire considérer l’aliéné comme un malade ordinaire par le personnel, par les familles. Enfin, l’application systématique du traitement par le lit aux psychoses aiguës a ce résultat qu’il ne faut pas dédaigner de transformer complètement la physionomie de l’asile. La bruyante et funeste « renfermerie » de fous où tout : discipline uniforme, murs élevés, grilles, barreaux, saut de loup et camisoles, où tout fait sentir la présence d’un geôlier ingénieux, alors que si rarement apparaît l’intervention du médecin, la garderie d’aliénés,. l’établissement de détention tel qu’il se rencontre trop souvent en France, môme

1. Sérieux, Uassistanee des alcooliques en Russie, en Allemagne, en Autriche, 1894.

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