Article inédit
dans le département de la Seine, toutes ces survivances odieuses et tenaces du passé, disparaissent et à leur place se substitue un véritable hôpital, une maison de traitement pour les maladies mentales, où règne le calme qui convient à un établissement hospitalier, et ouïes préoccupations d’ordre médical, au lieu d’être sacrifiées, priment toutes les autres.
« Profondément convaincu des avantages de toutes natures que présente le traitement par le lit, nous ne craignons pas d’affirmer, sans crainte d’être taxé d’exagération, que ce mode de traitement des psychoses aiguës est appelé à prendre rang avec le no-restraint, Yopen-door , la colonisation des aliénés, parmi les conquêtes les plus importantes de la psychiatrie contemporaine. »
Les médications spéciales s’adressent à un symptôme. Parmi les troubles nerveux, les névralgies qui accompagnent si souvent les états hypocondriaques seront soignées par l’antipyrine ou localement par le chlorure de méthylène, le chloroforme, etc.
Les hypnotiques sont nombreux. Nous rappellerons le séjour au lit, le repos sensoriel, l’habitude régulière du sommeil, le bain, les boissons aromatisées. Certains remèdes, les sinapismes à l’estomac, les frictions de la peau, les bains de pied, réalisent l’anémie cérébrale, la condition principale du sommeil (Féré). Le froid aux pieds donne quelquefois l’insomnie.
L'insomnie , qui joue un si grand rôle dans l’épui-
TRAITEMENT
sement psychique et physique du mélancolique, ainsi que dans la genèse des conceptions délirantes et des troubles sensoriels, doit être tout particulièrement combattue. Le médicament qui paraît être efficace contre l’insomnie des mélancoliques e’est l'opium. Des cliniciens comme Erlenmeyer, Roller, A. Voisin. Schüle, l’utilisent le plus fréquemment sous la forme d’injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine , en commençant par des doses faibles, 5 milligrammes et même moins, et en allant progressivement jusqu’à 10 à 15 centigrammes. D’après M. Voisin, on a rarement, à redouter les effets de l'accoutumance *. L'extrait d'opium ou le laudanum pourront être administrés avec grand avantage chez les malades qui acceptent les médicaments; on les donne à la dose de 0,05 gr. dans un julep. L'hydrate de chloral rend d’excellents services pour combattre l’insomnie, mais il est dangereux à cause de son action vaso-paralysante.
L’un de nous a dans trois cas expérimenté le sulfonal*. Dans un cas de délire mélancolique datant de huit ans, l’effet du sulfonal a été d’autant plus remarquable que la malade, âgée de vingt-huit ans, souffrait d’une insomnie absolue; pourtant la première nuit, avec 2 grammes de ce médicament, elle a
1. A. Voisin, Leçons cliniques sur les maladies mentales , Paris, 1889, p. 684.
2. Roubinovitch, Du sulfonal chez les aliénés, 1890. Édition du Progrès médical.
dormi neuf heures et demie. La dose de 3 grammes a produit chez elle un sommeil trèslourdet prolongé pendant dix heures; en outre, pendant toute la journée, elle était somnolente et fatiguée. En employant pour cette malade la méthode de M. Mairet \ c’est-à-dire en administrant le médicament un ; jour à dose assez élevée, et les jours suivants à dose beaucoup plus faible (0 gr. 50 centigrammes), on pouvait prolonger le traitement pendant six, neuf jours consécutifs sans observer le moindre accident, ainsi que le montre le tableau ci-contre.
Une autre observation concerne une mélancolique ' de trente-deux ans, qui, dans un paroxysme de douleur morale, s’était jetée par une fenêtre du second étage. Dans sa chute elle se fractura les membres inférieurs et le bras gauche. Le sulfonal, même à la dose de 3 grammes, ne parvenait pas à produire le sommeil chez cette malade, et cela à cause de là douleur occa- ; sionnée par les fractures multiples. Pour obtenir le sommeil il fallut d’abord calmer cette dernière par des injections de morphine à la dose de 1 à 2 centigrammes. C’est à cette condition qu’avec 2 grammes de sulfonal on arriva à procurer à la malade de cinq à six heures de sommeil par nuit. La morphine seule calmait la douleur, mais ne produisait aucun effet soporifique. Sauf l’état grave de la malade à cause de ses fractures et 'de son escarre, nous
1. A. Mairet, Étude physiologique du sulfonal, Ballet, méd., 1889, p. 16 et suiv.
TRAITEMENT
n’avons observé aucun accident qu’on pût rattacher au sulfonai, quia été donné pendant quinze jours consécutifs à la dose de 1 à 3 grammes. En outre nous avons pu constater que ce médicament donné dans la journée à dose fractionnée de 2§ centigrammes d’heure en heure me calmait nullement lès sensations douloureuses.
Traitement par le sulfonai.
d'administration
du sulfonai.