G. Dumas, La Joie et la Tristesse, Revue philosophique
pouls et la respiration, ralentis tous deux, sauf dans les tristesses avec excitation qui forment bien un groupe à part et proche des états d’excitation, sont réellement caractéristiques. Retenons aussi ce fait que le ralentissement intellectuel est un signe des tristesses passives. Enfin il faut séparer les émotions courtes, qui paraissent agir comme des excitants (Binet et Courtier), des émotions prolongées qui s’accompagnent peut-être d’hypotonus généralisé. Mais l’étude n’en a pas encore été poussée bien loin. M. Dumas a fait ses recherches sur des malades, et les signes physiques correspondant à leur état émotionnel sont certainement influencés par d’autres causes qui compliquent singulièrement le problème.
Quels des phénomènes étudiés plus haut sont les causes immédiates, les antécédents de la perception de tristesse? Peut-être aucun de ceux-là, mais d’autres plus cachés. Ce qui paraît acquis, c’est que, dans les émotions provoquées, le pouls capillaire se contracte après la perception. Ces phénomènes ont aussi des rapports étroits avec l’activité cérébrale et aussi entre eux. Comment se reconnaître dans ce dédale ?
Comme on le voit, l’étude des conditions somatiques des émotions et notamment de la tristesse est à peine ébauchée, et nous ne pouvons arriver actuellement à des conclusions définitives. Ce qu’il faut retenir, c’est que la base somatique de la tris-
SYMPTOMATOLOGIE
tesse paraît être celle de la mélancolie, ainsi que nous le vérilierons dans le chapitre suivant. El nous devons penser que chaque fois que ces conditions organiques sont données, la douleur morale apparaît.
Il reste à expliquer pourquoi cette souffrance ne provoque pas de réactions chez les mélancoliques et au contraire est subie passivement. D’où vient cette différence dans la tolérance des lypémaniaques et celle des persécutés qui, les uns et les autres, souffrent? On ne peut guère faire sur ce sujet que deux hypothèses. Ou bien ce sont les conditions somatiques qui sont différentes chez les uns et chez les autres et qui amènent forcément soit les idées de résignation et d’impuissance, soit au contraire les réactions agressives. Ou bien — ce qui est plus vraisemblable — ce sont les sujets qui sont différents, et qui apportent dans leurs manières de réagir leurs tendances propres, manifestant leur caractère, si bien que l’on pourrait dire avec M. Joffroy 1 , reprenant l’idée de Lorry, que l’on naît mélancolique comme on naît persécuté, c’est-à-dire avec des dispositions à se laisser abattre ou à lutter énergiquement en cas de souffrance morale. M. Joffroy fait souvent remarquer à ce propos que les causes les plus différentes (fièvre typhoïde, émotions, traumatisme) peuvent déterminer chez le même sujet un mêmc.état mélancolique