Griesinger, ouvr. cité, p
SYMPTOMATOLOGIE
or il est habitué à n’être triste que sous l’influence de causes fâcheuses; de plus, la loi de causalité exige que cette tristesse ait un motif, une cause, et, avant qu’il s’interroge à ce sujet, la réponse lui arrive déjà; ce sont toutes sortes de pensées lugubres, de sombres pressentiments, des appréhensions, qu’il couve et qu’il creuse jusqu’à ce que quelques-unes de ces idées soient devenues assez" fortes et assez persistantes pour se fixer, au moins pendant quelque temps. Aussi ce délire a-t-il le caractère de tentatives que fait le malade pour s’expliquer son état. »
M. Séglas 1 a fait la même remarque au sujet de la pathogénie de ces idées délirantes liées à la souffrance morale : « Le sentiment de douleur morale, analogue à celui que doit éprouver un criminel après l’accomplissement d’un forfait, amène chez un malade l’idée qu’il est coupable, qu’il a commis un crime. Un autre, jadis religieux, en présence du changement qu’il ressent en lui, dans ses sentiments, se croira réprouvé de Dieu, abandonné aux puissances infernales, par suite de fautes, de péchés imaginaires, se sentant incapable d’agir; tel autre craint pour l’avenir des siens, se croit ruiné, se voit à charge à tout le monde. » C’est ainsi qu’on a pu dire que le délire des mélancoliques était secondaire. Or si nous acceptons que certains délires de
i. Séglas, Leçons cliniques, ouvr. cité, p. 300.
persécution débutent par une phase de dépression morale, amenée par des changements cœnesthétiques et autres troubles sensoriels, nous sommes obligés d’admettre que ce caractère de secondarité n’est pas absolument spécial aux conceptions délirantes mélancoliques.
b. Ralentissement intellectuel. -— Chez le mélancolique, on observe un ralentissement général des processus psychiques, qui est probablement en rapport avec les conditions somatiques de la tristesse. On a vu que les émotions tristes pouvaient être caractérisées psychologiquement par des associations d’idées difficiles; les deux phénomènes, la tristesse et la lenteur intellectuelle, seraient donc ainsi liées. Cliniquement on sait que dans toutes les émotions pénibles il existe une certaine torpeur cérébrale : la. tête parait vide, selon l’expression des malades. Lange 1 explique pathogéniquement ces phénomènes par l’anémie encéphalique que produirait la contraction (?) des capillaires du tissu nerveux.
Ce qui est sûr c’est que tous les processus intellectuels sont ralentis et affaiblis chez le mélancolique : les perceptions, la mémoire, l’idéation, l’attention, le jugement, l’imagination même, la volonté surtout. Nous allons insister sur certains de ces troubles.