‹ La mélancolieChapitre 24 sur 153 · Lange, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Lange, ouvr. cité, p

SYMPTOMATOLOGIE

La mémoire, c’est-à-dire la faculté de rappeler les images mentales, est généralement affaiblie chez le mélancolique. Ce trouble retentit sur tous les processus psychiques et notamment sur ce qu’on a appelé de ce terme vague Y idéation , qui se confond eh grande partie avec la reviviscence des images; car dans le travail intellectuel, ce qui sert le plus, ce ne sont pas tant les images nouvelles que les images anciennes.

La difficulté de l’idéation devient à son tour une nouvelle source de douleur morale. C’est elle qui provoque le vide psychique, l’inaptitude au travail intellectuel; aussi les malades déclarent-ils avoir perdu la mémoire, être devenus bêtes. Et quand le ralentissement du travail cérébral est considérable, les sujets ont souvent des crises de désespoir et d’anxiété.

Le trouble apporté dans le fonctionnement intellectuel par l’affaiblissement de la mémoire des mélancoliques, c’est-à-dire par l’effacement et la difficulté de reviviscence des images mentales, est donc considérable.

On peut diviser les images ou plutôt les idées en : idées abstraites, idées se rapportant à la personnalité du malade et idées se rapportant au monde - extérieur parmi lesquelles certaines dépendent plus spécialement de l’exercice des sens et de la motricité. L’effacement des images se rapportant aux idées abstraites porte surtout son influence sur le juge-

ment des mélancoliques. La faiblesse des images à base organique, qui tendent à constituer la personnalité du sujet, entre pour beaucoup dans la production des idées hypocondriaques et notamment de négation, sur lesquelles nous avons insisté plus haut. L’effacement de celles se rapportant au monde extérieur amène une difficulté plus ou moins grande dans la reconnaissance des objets ou des personnes de l’entourage du malade.

Étudions maintenant le trouble des images sensorielles *. On sait que chaque sensation laisse un résidu qui est l’image mentale conservée par la mémoire. Chez les mélancoliques, les sensations sont faibles et par conséquent laissent une empreinte légère sur le cerveau; en outre elles éveillent difficilement les images analogues déjà emmagasinées. C’est ainsi qu’on peut expliquer ces cécités et surdités psychiques souvent observées chez ces malades. On sait en effet qu’ils se plaignent quelquefois de ne pouvoir comprendre la signification de ce qu’ils voient et de ce qu’ils entendent.

Certaines de ces images sensorielles, dont nous venons de parler, sont spécialisées en vue de la fonction du langage. Leur effacement provoque les diverses formes de l’aphasie. Ainsi on peut observer de la surdité verbale plus ou moins complète. Le malade comprend alors difficilement les sons ver-

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