‹ La mélancolieChapitre 26 sur 153 · Obersteiner, Virchow’s Archiv., B. IX, H. 3 et · texte numérisé non relu

Obersteiner, Virchow’s Archiv., B. IX, H. 3 et

SYMPTOMATOLOGIE

cola 1 tendent à démontrer que le temps de réaction pour les opérations psychiques élémentaires ; est considérablement augmenté chez les mélancoliques, — ce qui indiquerait une diminution de ! l’attention. Nous donnons plus loin les temps de réaction d’une mélancolique circulaire.

L’imagination est plus faible qu’il ne semble tout d’abord. Si certaines idées délirantes paraissent avoir une grande intensité, c’est qu’elles vivent dans un champ de conscience raréfié, où manquent les idées correctrices. Alors cette pensée peut facilement s’imposer au sujet sous forme d’obsession. On conçoit en outre qu’une conception de nature pénible, provoquée par l’état cœnesthétique triste, a toutes les chances de demeurer dans le champ de la conscience aussi longtemps que cet état ne se modifie pas. Elle s’imposera d’autant plus que l’idéation est ralentie et qu’aucune nouvelle impression ou représentation mentale ne viendra pas la chasser ; elle donnera ainsi naissance à une véritable obsession.

Le ralentissement des fonctions psychiques peut, dans certains cas, aller jusqu’à l’arrêt complet. Il s’agit alors de la mélancolie avec stupeur, la melancholia attonita des auteurs allemands 2 . Dans ces faits

1 . Buccola, Sulla micura del tempo negli atti psichici elementari, Riv. sperim. difreniatr., 1S S1.

2 . Roubinovitch, Variétés cliniques de la folie en France et en Allemagne, 1896, p. 41.

les fonctions cérébrales sont plus profondément atteintes que dans les autres formes de mélancolie. En effet à côté de la difficulté extrême éprouvée par le malade pour penser, sentir et agir, on observe une tension du système musculaire tout entier. Aussi voit-on le malade garder la même attitude, être absolument immobile et résister à toutes les tentatives faites pour le déplacer, ne proférant aucune parole, ne manifestant par sa physionomie aucune émotion; il a, qu’il soit assis ou couché, l’immobilité d’une statue.

Il est des cas — les plus fréquents d’après l’opinion de Baillarger 1 — où cette stupeur cache un délire très actif de nature pénible ; et l’on ne pourrait alors rattacher ces symptômes au ralentissement intellectuel. Cette théorie est basée sur deux ordres de faits. Les malades racontent, après guérison, qu’ils restaient immobilisés par un spectacle terrifiant ou par l’épouvante où les plongeaient des menaces de mort et de supplices ; d’autre part on surprend quelquefois chez les mélancoliques stupides des paroles, des gestes qui paraissent en rapport avec des hallucinations ou des conceptions délirantes très pénibles. Or tout cela ne prouve pas . que la pensée soit réellement très active, mais indiquerait plutôt que certaines images sont intenses.

1. Baillarger, De l’état désigné chez les aliénés sous le nom de stupidité, 1843, in Recherches sur les maladies mentales, 1890, t. I, p. 85.

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Nous serions portés à croire que le sujet est, dans ces cas, en quelque sorte obsédé par des hallucinations ou des conceptions délirantes, qui s’imposent avec une grande force à son esprit et d’autant plus facilement que, dans le ralentissement général des processus psychiques, elles ne se trouvent pas en lutté avec d’autres images concurrentes. On peut en outre comprendre comment ces idées délirantes apparaissent. Nous avons dit plus haut que le mélancolique, se trouvant dans les conditions somatiques du remords, en arrive à croire qu’il a commis des crimes pour s’expliquer à lui-même ses sentiments. Mais s’il se trouve dans les conditions somatiques de la stupeur, c’est-à-dire de la terreur poussée au plus haut degré, on conçoit qu’il sera amené à imaginer involontairement des craintes ou des spectacles en rapport avec son état émotif. Quoi qu’il en soit de cette explication, qui peut être bonne pour un certain nombre de cas, nous devons admettre que la stupeur parfois s’accompagne d’un travail cérébral qui n’est pas toujours aussi actif qu’on le croit communément et parfois est évidemment lié à une suspension des processus psychiques. Dans les faits de ce genre le travail cérébral n’est peut-être pas nul; mais il est tellement faible que le souvenir n’en est pas gardé.

B. Symptômes physiques . — L’aspect extérieur des mélancoliques (flg. 1) révèle toujours plus

ou moins nettement, et quelle que soit la forme (excitation ou dépression) de la lypémanie, les deux symptômes psychiques que nous avons vus être constants : la douleur morale et le ralentissement psychique. C’est surtout l’arrêt physique, analogue à l’arrêt psychique, qui est, dans la sphère organique, caractéristique de la mélancolie. Il y â une diminution dans l’activité de tous les phénomènes somatiques, de tous les processus vitaux.

Les troubles sont cependant complexes, et certains faits semblent parfois en contradiction avec cet énoncé général ; c’est qu’il nous manque des intermédiaires èxplicateurs. Il paraît y avoir — pour les fonctions organiques—plusieurs manières de trahir une diminution d’énergie ; et Ton comprend que certains phénomènes puissent être apparemment exagérés. Aussi déclarons-nous que nous n’avons pu isoler aussi nettement les symptômes physiques constants des variables, ainsi que nous l’avons fait pour les symptômes psychiques. D’autre part il y a des phénomènes de réaction, qui, par l’excitation qu’ils impriment à certaines fonctions, notamment à la respiration, à la circulation, à la calorification, masquent en partie — ou tout au moins durant un temps — la dépression physique habituelle.

A ce point de vue on peut établir une grande division parmi les mélancoliques : les uns ne réagissent pas — ce sont les stupides — et réalisent l’arrêt psycho-physique dans ce qu’il a de plus net; les autres,

de façon plus ou moins bruyante le travail psychique en rapport avec la douleur morale. Nous aurons souvent l’occasion de revenir sur cette division. Ajoutons encore que quelques stupides se rapprochent des anxieux par certains caractères physiques ; ce sont probablement ceux chez lesquels existe un délire actif. Le travail cérébral, invisible pour l’observation clinique grossière, se trahit dans certaines modifications somatiques, respiratoires et circulatoires. D’autre part les anxieux ne sont pas toujours les mêmes ; au moment des paroxysmes, les phénomènes somatiques liés à l’excitation cérébrale douloureuse sont différents .de ceux qu’on observe à l’état de repos. Enfin l’anxiété peut survenir au milieu d’une période de stupeur; et cette dernière apparaît quelquefois après une crise d’anxiété. Ces incidents troublent l’aspèet et la marche schématiques des deux affections mélancoliques opposées, la stupeur et l’anxiété.

Pour éviter les répétitions nous décrirons ici les troubles somatiques habituels des mélancoliques, réservant pour le chapitre suivant les troubles nettement variables, qui sont plutôt des complications. Et l’on verra que ces altérations somatiques communes donnent encore assez nettement l’impression de la loi d’arrêt général qui les réunit probablement.

La physionomie des mélancoliques exprime leur souffrance morale et leur défaut d’énergie. Les sourcils sont contractés, des plis verticaux se for-

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ment immédiatement au-dessus de la racine du nez; le front présente des plis horizontaux par suite d’une contraction prolongée du muscle frontal ; les angles de la bouche sont abaissés, la bouche ellemême' est serrée; la face, 'vieillie, semble plus longue qu’à l’état normal. Quand une impression externe vient solliciter l’attention du mélancolique, aussitôt les sourcils et le front se contractent encore plus que d’habitudè. Dans les moments où la douleur morale est à son paroxysme, le faciès prend souvent une expression de souffrance plus aiguë, mais conserve toujours les caractères décrits plus haut.

Les mélancoliques se tiennent souvent couchés ou accroupis, le menton sur les genoux, ainsi que l’avait noté Guislain l . Cette attitude, où tous les membres extenseurs sont relâchés, montre à première vue l’affaiblissement de la puissance musculaire 2 .

Cette diminution delà motricité se voit sur les traits affaissés du malade; elle se manifeste aussi dans son immobilité. Les muscles sont souvent animés de tremblements, ce qui indique que la contraction est hésitante et l’impulsion nerveuse faible. La parole est parfois tremblée, ce qui peut faire songer à la paralysie générale; la voix est en outre sourde, monotone, indistincte même dans la stupeur. On a

1. Guislain, Leçons orales sur les phrénopathies, 2 e édit., 4880, t. I, p. 17-

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