Féré, La 'pathologie des émotions, 1892, p. 36S
2. Ed. Toulouse, De la dynamométrie chez les aliénés, Comm. à la Société de Biologie, 3 juin 1893.
SYMPTOMATOLOGIE
giques, puisqu’elles n’atteignent que 18,1 et 16,9 ‘. »
Le mélancolique ne sait ou ne veut pas serrer énergiquement; c’est pour eela qu’il ne le peut pas. L’image mentale du mouvement est chez lui trop faible pour provoquer une volition se manifestant par un acte énergique. Dans certains cas d’anxiété on peut obtenir des pressions dynamométriques temporairement plus élevées. C’est que la souffrance morale se décharge en quelque sorte dans une contraction brusque des muscles de l’avant-bras, qui devient un phénomène en tout analogue aux raptus. Ce qui montre bien que la pression dynamomé-' trique est en rapport avec les conditions générales somatiques et psychiques de la tristesse, c’est l’observation des circulaires. Une de nos malades, circulaire, avait, dans ses périodes gaies, des pressions dynamométriques supérieures à celles des phases dépressives.
Parmi les symptômes physiques qui se montrent tout à fait au début de la mélancolie il faut noter les ; troubles du sommeil. Ce sont des insomnies rebelles . ou des rêvasseries pénibles accompagnées souvent de réveils en sursaut. Dans d’autres cas, l’individu ] remarque que, même après avoir dormi, il se 1 réveille le matin aussi fatigué que la veille au soir ; le sommeil cesse alors d’être réparateur.
- 1. Les expériences, ont été faites sur des femmes.
En même temps le malade accuse une céphalalgie plus ou moins intense et ressemblant singulièrement à ce que présentent beaucoup de neurasthéniques. C’est la même sensation de vide dans la tête, ou de pression excessivement pénible au niveau du front, de l’occiput ou des tempes. Cette céphalalgie peut être la conséquence de l’anémie cérébrale produite par une contraction permanente des vaisseaux qui, comme le supposent Meynert et Lange, se produit sous l’influence d’un état cœnesthétique triste. Peut-être est-elle aussi l’expression de la difficulté de plus en plus grande que le malade éprouve dans son travail cérébral.
La sensibilité générale des mélancoliques est souvent profondément modifiée. Il se sent, comme le neurasthénique, fatigué, courbaturé, brisé. Tout lui est pénible, tout est prétexte à des sensations désagréables.
Les troubles de la sensibilité cutanée sont fréquents, et probablement ne peut-on pas déceler les principaux, car souvent on ne trouve rien alors que l’état cœnesthétique est profondément altéré. Des hyperesthésies donnent lieu, dans certains cas, à de véritables névralgies. Ces dernières peuvent être le point de départ des paroxysmes d’anxiété ou de conceptions délirantes. Quelquefois on observe des anesthésies et des paresthésies, surtout dans la sphère du trijumeau (Schüle).
A ce point de vue les recherches de M. Kova-
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levsky, professeur de médecine mentale à Varsovie, sont fort intéressantes. Voici ses conclusions : « Le mélancolique vit continuellement plongé dans sa tristesse, insensible aux impressions venant du dehors. Il faut une excitation très vive pour le sortir de sa concentration de plus en plus forte, il se développe chez lui petit à petit une insensibilité de tous les organes sensitifs. Cette insensibilité, qui est au début fonctionnelle, devient à la longue organique, par suite de la nutrition insuffisante des éléments cellulaires et aussi de la stase veineuse donnant lieu à un œdème qui comprime ces mêmes éléments *. » Tous ces troubles s’exagèrent chez la femme pendant les époques menstruelles.
La sensibilité sensorielle est ordinairement diminuée chez les mélancoliques. Dans la période d’excitation de la folie à double forme, Clouston 2 a remarqué que l’acuité visuelle et auditive était plus grande, tandis qu’elle l’était moins dans la période de dépression. De même la sensibilité réflexe est diminuée. Guislain 3 rapporte le cas d’un mélancolique qui n’éternuait plus avec le tabac à priser alors qu’en état de santé celui-ci provoquait facilement l’éternuement. La sensibilité génitale est affaiblie ; et Morel croyait même que beaucoup
1. P.-J. Kovalevsky, Psychiatrie (en russe), 1887, t. II, p. 7.
2. Clouston, Clinical lectures on mental diseases, 2 e édit., 1887, p. 231.
3. Guislain, Leçons orales sur les phrénopathies , 2e édit., 1.1, -p. 192.
d’hypocondriaques étaient inféconds. Le sommeil est souvent court et peu réparateur, troublé par des cauchemars. M. Maurice de Fleury, qui a fait de nombreuses recherches sur les neurasthéniques, si voisines des mélancoliques, attribue lèur insomnie à l’hypotension artérielle *.
La respiration subit une altération très impor-
Fig. 2. — Dissociation du pouls et de la respiration chez un mélancolique.
tante dans sa fréquence et dans son rythme. Étudions ces modifications dans la mélancolie avec stupeur et dans la mélancolie anxieuse. '
Le nombre des respirations est-il augmenté ou diminué chez les stupides ? Marcé avait observé qu’il était diminué, surtout relativement au nombre des pulsations 2 . Il faut remarquer que pour Marcé la concordance normale entre le chiffre des pulsa-