Calmeil, De la folie..., 184a
2. Constans, Relation d’une épidémie d’hystéro-démonopathie, Ann. méd.-psych., 1862.
de leurs parents, de leurs voisins, de la société. Mais l’un est une victime résignée, repliée sur ellemême dans son immense douleur, une victime qui s’humilie, qui s’accuse, qui croit expier quelque méfait. L’autre au contraire est une victime haineuse, qui se retourne contre ses persécuteurs avec toute son énergie ; qui est pleine d’orgueil et devient parfois fière même des persécutions qu’elle subit parce qu’elles indiquent une personnalité remarquable, illustre. Les deux délires ont la même base, les mêmes troubles hallucinatoires 1 ; mais les sujets interprètent leurs troubles morbides d’une façon tout opposée. On voit surtout dans cette différence de réaction la différence du caractère du malade ; de même dans la vie normale, tel est passif et tel autre agressif. Cette influence du caractère sur la couleur des idées délirantes a été bien étudiée en Allemagne et par M. Charpentier 2 en France.
Les idées de grandeur ne sont pas, tout au moins sous leur forme pure, propres à la mélancolie; mais elles s’y observent quelquefois. Cependant la plupart des observations qui tendent à mettre ce fait
1. On a dit aussi — surtout en Allemagne — que l’idée mélancolique est secondaire, qu’elle vient comme une explication aux modifications psychiques conscientes du malade, tandis que l’idée de persécution est un fait primitif. On a dit enfin que le délire mélancolique est convergent et rapporte tout à la personnalité endolorie du sujet, et que le délire des persécutions est au contraire divergent.
2. Charpentier, Les idées morbides et les délires de persécution, Ann. méd.-psych., 1887.
SYMPTOMATOLOGIE
en lumière se rapportent à des malades qui sont plutôt des persécutés. Lorsque les vrais mélancoliques sont ambitieux, c’est toujours à leur manière. Ils sont de grands coupables, s’accusent de tous les crimes et de tous les maux de la création; et s’ils sont une puissance, ce n’est qu’une puissance mauvaise, infernale. C’est là le délire d'énormité décrit par Cotard 1 et qui se rencontre surtout chez les mélancoliques négateurs. Les malades sont en quelque sorte des ambitieux à rebours ; car ce qu’ils ambitionnent ce sont des choses mauvaises, des défauts, la responsabilité d’actes horribles, monstrueux même, ainsi que cela s’observe dans la mélancolie avec délire des négations.
Nous avons examiné plus haut l'obsession dans ses rapports avec l’arrêt psychique et l’état cœnesthétique triste et comme conséquence de la mentalité propre à la mélancolie. On observe aussi des cas où des obsessions, tenant au terrain dégénératif du sujet, évoluent un peu en dehors de la mélancolie; c’est alors qu’on peut dire qu’elles sont associées à cette dernière. Les sujets sont par exemple des obsédés, qui tombent un jour dans un état mélancolique. Dans ces cas, rapportés par Séglas 2 , il semble que les deux affections marchent parallèlement sans trop se ressentir l’une de l’autre.
1. Cotard, Le délire d’énormité (1888), in Études sur Les maladies cérébrales et mentales , 1891, p. 374.