‹ La mélancolieChapitre 51 sur 153 · Séglas, Leçons cliniques..., ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Séglas, Leçons cliniques..., ouvr. cité, p

2. Séglas, Les troubles du langage chez les aliénés, p. 100 et suiv.

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de paraphasie. Le sujet ne comprend plus, ou mal, le sens des mots qu’il entend prononcer. Il a les plus grandes peines à coordonner les images qui doivent concourir à la compréhension. C’est donc et surtout un paraphasique. Mais on conçoit aussi que cet effacement des images verbales doit être souvent pour beaucoup dans le mutisme plus ou moins volontaire des malades. Le mélancolique est prostré ; d’autre part, il n’a à sa disposition que des images verbales motrices faibles, presque effacées. L’effort lui coûte, et il reste silencieux.

Un phénomène qui se rapproche par sa pathogénie du mutisme, c’est Yabasie L Les malades ne. peuvent marcher, bien qu’ils aient conservé leur force musculaire et qu’ils puissent se servir de leurs muscles pour d’autres actes que pour la marche et la station debout. Les malades observés par Charcot et Blocq, qui ont étudié les premiers cette maladie, étaient des hystériques. Ces auteurs admettaient qu’il existait chez eux un effacement des images motrices nécessaires à la marche. La malade de M. Séglas était surtout une émotive; et l’obsession de ne pouvoir marcher paraissait la cause prochaine de l’abasie.. Toutéfois, si ces abasies émotionnelles peuvent se rencontrer dans la mélancolie, il est légitime d’admettre que, dans cette maladie, l’efface-

1. Blocq, De l’astasie et de Pabasie, Arch. de neurol., 1888, t. XY, p. 24 et 181. — Séglas, Leçons cliniques..., ouvr. cité, p. 192 et suiv.

ment, la faiblesse des images motrices joue un rôle dans la production de l’astasie-abasie. C’est d’ailleurs là un phénomène des plus rares ou peut-être peu recherché.

Le refus 'd’aliments est un fait assez commun dans l’histoire des mélancoliques. Il s’observe tout aussi bien dans les formes anxieuses que dans les formes stupides, mais plus souvent dans ces dernières. Seulement, dans la stupeur, les malades sont plus dociles ou plus passifs et résistent moins aux efforts tentés par les médecins pour leur faire prendre de la nourriture par la voie naturelle ou artificielle.

Les causes du refus d’aliments sont dans certains cas des idées délirantes. Les malades se croient ruinés et ne veulent pas prendre des aliments qu’ils savent ne pouvoir pas payer. Ils sont, disent-ils encore, trop criminels pour manger ; et en se laissant mourir de faim, ils pensent expier leurs fautes. D’autres fois, ce sont des voix qui leur commandent d’agir ainsi ou qui les menacent des plus grands malheurs s’ils prennent de la nourriture. Quelquefois ils ont peur d’être empoisonnés. Enfin, dans certains cas, les malades ne veulent pas manger sans motif bien clair; ils résistent dans cette sorte de folie d’opposition qui les caractérise.

Les troubles somatiques sont en général la base et de ces idées délirantes et du refus d’aliments. Il est à noter que les fonctions digestives sont très

SYMPTOMATOLOGIE

altérées chez les mélancoliques, qui bien souvent refusent de manger tout simplement parce qu’ils n’ont pas faim, parce qu’ils ont perdu la sensation d’appétit. Cette hypothèse — la plus simple de toutes — est quelquefois rejetée en faveur d’autres beaucoup plus problématiques.

Le refus d’aliments des mélancoliques est variable dans son évolution. Parfois il s’installe assez brusquement, d’autres fois il est précédé par une période où le dégoût du malade pour la nourriture se prononce progressivement. Tout d’abord c’est la viande qui est mise de côté, puis tel autre mets. A de certains repas, le malade s’abstient de toucher aux plats. A ce moment la sitiophobie est constituée et devient totale, absolue. Le malade se laisserait presque mourir de faim plutôt que de manger. Quand le sujet est dans sa famille, il peut rester quelques jours sans rien accepter. L’haleine devient fétide, la langue et les lèvres se recouvrent de fuliginosités, le dégoût des aliments s’accentue à mesure que dure l’abstinence. Le malade est ainsi dans un cercle vicieux. Cet état de dénutrition, d’inanition est une base très favorable à la production et à l’aggravation du délire qui à son tour peut entretenir le refus d’aliments. La sitiophobie n’est pas toujours constante et parfois elle alterne avec des phases de gloutonnerie l . Elle serait alors la mani-

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