Schüle, Traité clinique...., ouyt. cit., p
îestation d’une de ces impulsions brusques, auxquelles sont sujets les mélancoliques.
La sitiophobie des mélancoliques se rapproche parfois assez de la sitiophobie des hystériques. Chez tous deux la sensation d’appétit est perdue et le dégoût pour les aliments absolu. Chez tous deux il peut y avoir un fond de tristesse, de complet découragement. Lorsqu’il y a du délire, des hallucinations révélant une psychose mélancolique, le diagnostic s’éclaire; sinon il reste incertain. D’autre part les hystériques anorexiques sont quelquefois des mélancoliques, et alors ce qui domine ce n’est plus la névrose, mais l’état psychopatique nouveau qui évolue avec ses symptômes propres.
Les auto-mutilations sont fréquentes chez les mélancoliques. Elles manifestent chez ces malades la douleur morale, qu’ils essaient quelquefois de calmer par quelque douleur physique très vive. Les uns se grattent avec les ongles la peau du front jusqu’au sang; les autres se mordillent les lèvres; d’autres se pincent continuellement les bras, les cuisses ; d’autres encore s’arrachent un à un les cheveux, les poils de la barbe. Certains se frappent la tête contre le mur ou contre la barre de leur lit; quelques-uns se brisent les doigts ou tentent de s’enlever les organes génitaux. On cite des cas dans lesquels les malades se sont arraché les yeux. M. Korsakofï rapporte l’observation d’un mélancolique qui se perça un œil avec la pointe d’une aiguille.
SYMPTOMATOLOGIE
Il faut noter que ces auto-mutilations ne s’observent généralement que chez des mélancoliques délirants qui y sont poussés par quelques conceptions morbides correspondantes.
Certaines mutilations ont un caractère épidémique< On cite une secte religieuse russe, les scoptzi , qui pratiquent la castration volontaire. Cette automutilation s’observait déjà dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Mais il s’agit ici de suicides collectifs, qui ne se relient pas toujours individuellement à un état mélancolique nettement caractérisé.
Les suicides sont très fréquents au cours de la mélancolie. On les relève dans toutes les formes cliniques ; les mélancoliques délirants et les anxieux sont surtout à surveiller à ce point de vue. D’ailleurs, il faut se méfier de tout malade à attitude mélancolique. Évidemment les actes de suicide sont l’expression des idées de suicide; et quand cellesci se manifestent, les tentatives d’exécution sont à craindre. Mais il arrive que des malades, qui ne paraissaient nullement en proie à des idées de suicide, se donnent la mort d’une façon inattendue.
Les causes de suicide sont assez variées. Tantôt — le plus souvent — c’est la souffrance morale, qui, devenue insupportable, affole le malade et le pousse au meurtre de lui-même. Et à ce propos il est bon de rappeler ici que la peur de la mort- — laquelle se manifeste parfois d’une manière angois-
santé — n’est pas du tout une garantie contre les tentatives de suicide. Elle peut même y pousser l . Dans d’autres cas, c’est une idée délirante particulière qui provoque les impulsions au suicide. Un mélancolique veut, en se tuant, échapper au déshonneur où ses fautes et ses crimes l’ont plongé ; sa mort en outre sera une expiation. Celui-ci ne peut survivre à la perte de sa fortune ou de ses parents. Tel autre se précipite dans la mort à la suite d’une hallucination qui le lui commande.
Les tentatives de suicide sont bien souvent timides et alors facilement entravées dans leur exécution, soit que le sujet plus ou moins aboulique n’ait pas la volonté suffisante pour aller jusqu’au bout, soit que ses calculs, mauvais en quelque point, aient été déjoués au dernier moment par l’entourage. Cependant il est des mélancoliques qui savent à merveille combiner les moyens de se donner la mort et qui manifestent, dans l’exécution de leur plan, une ténacité et un courage extraordinaires.
Les moyens qu’emploient les mélancoliques pour se suicider sont des plus nombreux. Ils ont varié selon l’époque historique, et actuellement encore ils varient selon que les sujets sont libres de leurs mouvements ou étroitement surveillés. Dans les époques de troubles publics, certains de ces malades vont au-devant du péril, cherchant dans une mort
l. Nicoulau, Ann . médico-psychol., 1892, t. XV, p. 189.
SYMPTOMATOLOGIE
glorieuse ou au contraire infamante la réalisation de leur plus grand désir, qui est de ne plus vivre et parfois d’expier leurs fautes. Au moment de la décadence romaine, sous la tyrannie de certains empereurs, le suicide obligatoire imposé par un ordre du souverain était exécuté avec la plus complète indifférence par les premiers citoyens du pays, dont beaucoup, ébranlés par l’idée de l’insécurité de leur vie et la perte de leurs biens, étaient vraisemblablement atteints de mélancolie.
Plus tard, au moyen âge i , bien des mélancoliques avouèrent des pratiques démonolatriques pour trouver une mort capable de leur faire expier des délits et des fautes qu’ils n’avaient commis qu’en pensée. La torture, la décapitation, le bûcher devenaient ainsi des moyens employés par des mélancoliques pour s’anéantir.
Actuellement ces portes du suicide sont fermées. Tout au plus peut-on s’accuser de crimes commis par d’autres et dont les coupables sont inconnus. Mais ces procédés sont rarement employés par les mélancoliques, si l’on veut bien ne pas considérer comme tels les alcooliques auto-accusateurs, rêveurs éveillés et dupes plus encore que dupeurs, qui se comportent tout autrement 2 . Cependant il est arrivé