Calmeil, De la folie, ouvr. cité
2. Roübinovitch, Sur le délire de persécution avec autoaccusation dans l’alcoolisme, Annales médico-psychologiques, 1894, t. XX, p. 128.
que des mélancoliques ont commis des crimes pour être tués. Mais ce sont là des moyens de suicide détournés et exceptionnels. Plus ordinairement, c’est l’individu qui se donne lui-même la mort.
Chaque sexe a ses moyens. Les femmes se pendent plus volontiers, alors que les hommes préfèrent les armes tranchantes et se coupent par exemple la gorge, — manœuvre délicate et qui échoue fréquemment. Pour la pendaison, qui n’est souvent qu’une simple strangulation, tout est bon. Au dehors un arbre, et au dedans une espagnolette, un clou, les barreaux d’une échelle, un tuyau de plomb à découvert, tout ce qui fait saillie et qui peut retenir un lien est employé par les mélancoliques. Le lien est souvent une simple corde, un mouchoir, une jarretière, un fichu. La strangulation s’obtient avec ces objets et se substitue en fait fréquemment à la pendaison recherchée. Le sujet se pend mal; il touche à terre et s’étrangle. Il est des malades qui toute la journée essaient de se serrer le cou avec les cordons de leurs jupes. Témoin une de nos malades, qui, dès qu’elle n’était pas surveillée, se serrait avec les cordons de sa jupe ou même avec ses doigts, sans pourtant arriver à se faire grand mal.
La submersion est surtout employée, mais non spécialement, par les femmes. Elle sert quelquefois à l’accomplissement du suicide à deux, mis à la mode par le célèbre Chambige. Mais plus souvent
SYMPTOMATOLOGIE
— ainsi que le fit ce dernier — les amoureux mélancoliques qui se tuent emploient l’arme à feu, le revolver par exemple. Dans ces cas, l’homme commence par tuer sa maîtresse, puis il dirige son arme vers lui. Mais il arrive fréquemment que, soit maladresse, soit manque de courage, soit hasard providentiel, l’arme manque son effet et ne blesse que légèrement l’amant. Dans ces derniers temps il y a eu une véritable épidémie de suicides à deux, dont quelques-uns n’ont été que des assassinats déguisés, consommés par des amants pour se débarrasser de maîtresses gênantes.
L’intoxication par le charbon a été aussi employée par les suicides à deux et à plusieurs. On lit quelquefois dans les journaux des drames où une mère s’est asphyxiée avec ses enfants. Souvent ce sont là des drames, de la folie. Le réchaud est assez rarement utilisé par les mélancoliques solitaires-.
Les essais d’empoisonnement par le laudanum, les allumettes chimiques, sont courants. Toutes les substances, qu’on peut plus ou moins facilement se procurer, sont employées par les mélancoliques : l’eau de cuivre, l’acide sulfurique, la morphine, l’arsenic. Quelques individus ont essayé de mourir en s’intoxiquant profondément avec du rhum, de l’absinthe ou toute autre boisson alcoolique. Plus souvent l’alcool est absorbé comme devant fournir la stimulation nécessaire à l’accomplissement du suicide. Parfois c’est en ne prenant rien, aucun al -
ment, que les mélancoliques essaient de s’anéantir ; mais on ne les laisse pas d’ordinaire aller jusqu’au bout dans cette voie. D’autres se jettent d’un lieu élevé, d’une fenêtre par exemple; c’est là un mode de suicide à redouter dans un appartement situé audessus du rez-de-chaussée. D’autres moyens, plus rares encore, ont été observés. C’est ainsi que dans l’extrême Orient il est d’usage de s’ouvrir le ventre. Il est d’ailleurs facile de se tuer, quand on y est fermement décidé. M. Magnan 1 a rapporté le fait d’une femme qui se perça le sommet du cœur avec une épingle à cheveux et mourut.
M. Tillaux 2 a narré le fait d’un mélancolique qui s’était introduit dans la région du cœur une tige de fer de 16 centimètres de longueur; elle n’était pas visible au moment de l’examen, mais on la sentait sous les doigts soulevant vigoureusement la peau à chaque contraction du cœur. L’année suivante, cet aliéné ayant succombé à la suite d’une nouvelle tentative de suicide, M. Tillaux constata que la tige de fer avait traversé le bord antérieur du poumon gauche, la paroi postérieure des ventricules, et qu’elle s’était engagée dans le poumon droit.
Le suicide est souvent imité. Il y a eu des époques, durant la période du romantisme, où il était
1. Magnan, Suicide par blessure du cœur avec une épingle mesurant à peine 3 centimètres de longueur, ' Bull, de la Soc. de Méd. lég. de France, 1890, t. XI, 2 e partie, p. 283.