Rikhartz, Allq. Zeitschr. fur Psychiatrie, F. XV, p
(Ideenszwang), et il leur est en même temps impossible de s’arrêter sur une seule .conception et de la bien examiner. En un mot, ils se lamentent sur le vide de leur conscience alors que celle-ci semble au contraire remplie d’une foule de pensées. D’après Emminghaus l’état mental du mélancolique serait une sorte d’obsession universelle portant sur l’ensemble des opérations psychiques *. Il faut sans doute comprendre cette proposition dans ce sens que le mélancolique envisage toutes les idées qui lui passent par la tête comme lui étant complètement étrangères.
La mélancolie simple des aliénistes, allemands offre une foule de sous-variétés classées d’après tel ou tel groupement de symptômes ou leur intensité. Les trois principales sont : la mélancolie sans délire, la mélancolie précordiale dans laquelle l’anxiété est le principal phénomène, et la mélancolie délirante et hallucinatoire. Cette dernière se subdivise en mélancolie religieuse et mélancolie hypocondriaque.
La mélancolie avec stupeur de Baillarger est décrite en Allemagne de la même manière que chez nous; nous ne nous y arrêterons donc pas.
Une question doit encore attirer notre attention avant de clore cet historique. Comment explique-
1. Emminghaus, Psych. Pathologie , p. 199. Le terme allemand exprimant bien cet état est : massenhaftes Zwangsvorstellung.
t-on en France et à l’étranger la production des deux phénomènes cardinaux de la mélancolie : la douleur morale et le ralentissement des fonctions psychiques?
Les notions pathogéniques modernes sur cette affection mentale sont encore de simples hypothèses. La nature de la maladie étant d’une façon générale liée à la nature de la cause qui l’a produite, la plupart s’accordent à dire que la mélancolie est provoquée par des agents physiques ou moraux affaiblissants et déprimants. L’action des facteurs physiques épuisants, qu’ils soient de nature traumatique, infectieuse ou toxique, se conçoit, quoique nous ignorions pourquoi le facteur physique produit dans tel cas un accès de confusion mentale, dans tel autre la neurasthénie, dans un troisième la mélancolie. La différence de réaction de chaque individu est sans doute la raison de ces effets variés. Quant aux causes morales, leur influence sur la production de la mélancolie est encore plus mystérieuse. On admet en principe que tous les chagrins, toutes les émotions déprimantes influent sur la nutrition générale en troublant les fonctions des principaux appareils (digestif, circulatoire, etc.) — et en déterminant des auto-intoxications. Mais une explication réellement scientifique manque encore.
Quelques auteurs, comme M. Séglas 1 par exemple,
1. J. Séglas, Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, Paris, 1895, p. 285.
ont remarqué, dans les symptômes physiques initiaux de la mélancolie, une analogie frappante avec la neurasthénie : troubles des fonctions digestives, perte de l’appétit, constipation, auto-intoxication gastro-intestinale, troubles vasomoteurs, palpitations, anxiété précordiale, battements dans les tempes, bourdonnements des oreilles, douleurs vagues, céphalalgie, faiblesse générale, amaigrissement, augmentation de la densité des urines. La douleur morale ne serait donc que l’expression d’un trouble survenu, dans la nutrition générale du système nerveux, sous l’influence d’une des causes énumérées plus haut et parmi lesquelles l’auto-inloxication occuperait une place importante. Mais ce ralentissement, cet arrêt des fonctions psychiques, de quoi dépend-il ? Est-il la conséquence de cette douleur morale ou en est-il au contraire la cause?
Les uns soutiennent que l’arrêt psychique est primitif. Certaines de nos représentations mentales, dit Schüle 1 , se rattachent directement au fonctionnement de nos viscères. Sous l’influence d’un trouble de nutrition les centres de ces représentations peuvent subir quelque altération. Il en résultera une modification au point de vue des fonctions sensitives de ces centres; il se produira alors un défaut des rapports qui existent normale-