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L'INDIVIDU ET L'ÉTAT

M. Léon Bourgeois a inauguré par un beau discours de philosophie politique le congrès de la Ligue de l'enseignement qui vient de se réunir à Nantes.

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Sous la direclion de M. Jean Macé, la Ligue de l'enseignement a puissamment contribué au mouvement qui a abouti à nos lois de réforme scolaire. Il était donc naturel que M. Bourgeois s'attachât émettre en relief les bienfaits de l'initiative individuelle, et la nécessité de l'action constante des citoyens, dans une démocratie qui prétend se gouverner elle-même. C'est ce qu'il a fait de la façon la plus heureuse, en des termes qui ont peut-être éveillé quelque remords dans l'esprit de ces bons Nantais dont le nonchaloir génial donne tant de charme à la paix de leur ville. Ils ont applaudi cependant et n'ont pas manqué sans doute de prendre vis-à-vis d'eux-mêmes les plus énergiques résolutions. Mais il est plus aisé de comprendre la nécessité de Faction que d'agir, d'agir aujourd'hui, demain, toujours, de donner son effort continu, sans jamais se lasser ni se rebuter, de provoquer l'activité d'aulrui, de la stimuler, de c'y associer, d'organiser de toutes les impuissantes bonnes volontés personnelles une irrésistible puissance collective, et de la faire triompher.

J'ignore quel sera l'effet de la bonne semence jetée à pleines mains par M. Bourgeois dans les alluvions de la Loire. Je souhaite une abondante moisson, La sagesse, toutefois, veut que nous ne l'attendions pas pour profiter nous-mêmes de l'excellente initiative dont l'orateur donne à la fois l'exemple et la leçon. Aussi bien, gouvernement et citoyens peuvent retirer plus d'un enseignement des paroles de M. Bourgeois.

L'Etat doit sans relAche — c'est le devoir pressant des pouvoirs pulilics — entreprendre de réaliser les réformes d'ordre fiscal, financier, économique, social quo la prudence au besoin suffirait à conseiller, mais que la justice

exige d'une grande démocratie comme la nôtre. Et pendant que la société s'acquittera ainsi de son devoir envers l'individu, les citoyens éclairés devront, par un enseiiinement incessant, j'allais dire par une prédication de tous les jours, se tourner vers l'individu et lui montrer à lui aussi son rôle, sa fonction sociale et son devoir.

Voilà déterminés d'un mot les devoirs de l individu, comme de la collectivité sociale. Seulement, j'en reviens toujours là : c'est la partie la plus ai?ée de la tâche. Oui, l'État doit faire des réformes générales, et l'individu se réformer lui-même.

Je prête l'oreille et j'entends les représentants de l'État qui vont criant partout : « Il faut que l'homme accomplisse sa propre réforme, qu'il te cultive, qu'il se discipline, qu'il fasse prédominer, comme le dit excellemment M. Bourgeois, l'autorité intérieure sur l'autorité extérieure, qu'il devienne droit, juste, bon, altruiste, tout d'action généreuse, et le reste lui sera donné par surcroît. » Je crois bien.

J'écoute encore, et j'entends sortir des profondeurs une voix lamentable : « Qu'est ce que vous me chantez là? Que j'agisse, que je me cultive, que je me réforme, que je développe et que je règle toutes les .^'orces dormantes qui sont en moi. Je veux bien. Mais corument?

« Sous la monarchie, je n'étais rien. Le fisc me prenait ma vie et ma substance, le sergent recruteur me volait mes enfants, et si je m'avisais de parler, j'allais ramer sous le bâton dans les galères du roi.

« Et puis vous vous êtes écriés : « Te voilà maître maintenant, sois roi, gouverne-toi, gouverne-nous. » Je ne demande pas mieux, mais la tâche est malaisée pour mon inexpérience. J'ai dit à ceux qui se sont pré-

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