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L'ARBITRAGE ET LES CONSERVATEURS

a fait. Culbuté, tête en avant, dans son trou, le mineur ne bougerait plus. Victoire!

Mais la bête a la vie dure. A peine revenu à lui, voilà notre gréviste qui recommence à demander l'arbitrage. Il propose d'organiser des comités de conciliation, où patrons et ouvriers auront part égale. Pendant qu'ils arbitreront, le travail continuera. Cela paraît excellent, même à des conservateurs endurcis comme M. Magnard, qui se félicite des bonnes dispositions des ouvriers, et me demande de les encourager comme lui.

Mais les patrons consultés refusent brutalement. Non seulement ils ne veulent pas consentir à la constitution des comités de conciliation, mais ils rejettent ridée avec dédain, sans même vouloir l'examiner.

Grande surprise de M. Magnard qui, en vrai mineur de la rue Drouot, n'avait pas douté de l'adhésion des Compagnies. Invité par la Justice à faire connaître son sentiment sur l'aventure, le directeur du Figaro s'est exécuté de bonne grâce.

Il trouve l'attitude des Compagnies minières « regrettable », tout en les excusant, cependant, sur la « mauvaise humeur » naturelle à des gens contre qui on a fait des articles dans les journaux. A ce compte, les mineurs bousculés, sabrés, ligottés, pourraient peut-être invoquer le droit de ne pas être en liesse : c'est d'eux, pourtant, que vient la proposition de paix que rejettent avec tant de mépris les amis du Figaro.

M. Magnard qui, dans un excellent sentiment, voudrait convertir ces derniers, fait justement remarquer que de semblables comités ont été créés en Angleterre

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par M. Mundella, en Belgique, par M. Julien Weiler, où ils fonctionnent à la satisfaction de leurs adhérents. « Je ne dis pas, conclut-il, que loutcela doive dénouer la question sociale, mais devant Timpuissance des moyens actuellement employés, est-il sage de ne pas essayer d'autre chose, et de se renfermer dans une résistance qui ne serait compréhensible que si toul marchait à merveille, ce qui n'est pas le cas? »

Sur quoi, M. Magnard, ayant dûment constaté l'insuffisance des moyens employés — à savoir les coups de sabre — et nettement dit leur fait aux patrons de la mine, rentre chez lui, le cœur à l'aise, pensant : « S'il y a du grabuge, ce ne sera pas ma faute. »

Est-ce bien sûr?

Je le demande à cet aimable bourgeois, d'un scepticisme si parisien, tour à tour bienveillant ou féroce, suivant l'intérêt du moment : pourquoi les patrons de te, mine accepteraient-ils l'arbitrage et les comités de conciliation? Ils ont les gendarmes, c'est plus sûr et surtout plus décisif. Ils ont l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie, que sais-je? Ils ont la police, la magistrature. Ils ont le Fiç/aro^ sur la demande de qui le gouvernement de la République met la troupe en mouvement, toutes les fois que leurs ouvriers se permettent de n'être pas d'accord avec eux sur le taux du salaire.

Qu'est-ce qu'il leur faut de plus? Et pourquoi feraient-ils la sottise d'accepter des comités d'arbitrage, aT.ix mains de qui ils sont certains — connaissant mieux que personne les abus dont ils profitent — de laisser quelques plumes?

Pour le plaisir de permettre aux journalistes qui

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les soutiennent de se poser en philanthropes? Non. Non.

Quand on emploie la force armée — au mépris de la loi — à contraindre les grévistes à un travail qu'ils jugent mal rémunéré, ces journalistes approuvent. Quand les gendarmes violent le domicile du mineur, ces journalistes approuvent. Quand les agents de l'autorité violentent le gréviste, allant le chercher chez lui pour le conduire à la mine, ces journalistes approuvent. Quand des juges, qui attendent leur avancement des grands actionnaires de la mine (au pouvoir aujourd'hui), envoient en prison des malheureux, coupables de vouloir vivre de leur travail, ces journalistes approuvent. Quand des témoins sont condamnés pour n'avoir pas voulu mentir, ces journalistes approuvent. Ils encouragent la répression. A ceux qui crient : tue, ils répondent : assomme. Et ils croient bonnement que les patrons ne se déclareront pas satisfaits, et chercheront autre chose?

Les patrons doivent bien rire, en vérité, quand M. Magnard les engage à la conciliation, à l'arbitrage.

On parle de l'Angleterre, où l'ouvrier mineur e&t autrement brutal et violent que le français. Là, la force armée intervient seulement quand il y a délit. Les patrons ne sont ni meilleurs ni pires que chez nous, mais ils ne disposent pas de la force publique pour contraindre leurs ouvriers à recevoir un salaire insuffisant. L'opinion ne le tolérerait pas.

Pour conserver, les conservateurs anglais cèdent progressivement. Les nôtres ne savent que se cacher derrière la troupe, et leur résistance imbécile fait couler le sang français. Qui donc les encourage dans cette lâche attitude? Qui donc refuse l'enquête sur les

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mines? Qui donc, en ce moment même, prépare, fomente, attise la grève de demain?

Qu'est-ce donc qui fait la violence, Témeute, la révolution? — L'égoïsme criminel des conservateurs.

Qu'est-ce donc qui ferait la paix, civile, la paix sociale? — Un gouvernement qui aurait le courage d'être juste.

La monarchie n'a pas donné ce gouvernement. La République, aux mains de républicains mal démonarchisés, Ta vainement promis. A la République démocratique de faire l'arbitrage social.

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