PREFACE XVII
On ne tue plus l'homme d'un coup : on l'use. De l'activité de chacun, chacun tâche à surprendre le bénéfice, ne laissant à qui s'efforce que la part de vie nécessaire pour s'efforcer encore. On n'a plus la pitié de tuer. On entretient la vie pour tirer avantage du supplice de la vie. On tourmente le nerf, on galvanise le muscle du vaincu pour soulager d'autant le nerf et le muscle du vainqueur.
Longues journées d'efforts sans réparation suffisante, accidents de toute heure, étiolement de vie dès l'enfance, la femme arrachée au berceau pour l'usine ou la prostitution, le fœtus marqué du sceau de la défaite dès le ventre de sa mère, l'ancienne sélection de force remplacée par la sélection de fraude et de ruse, les vices qui sont de la vie dévoyée, les violences qui sont de la vie détruite, un résidu de mendiants dont la fonction sociale est d'obtenir pour autrui les félicités éternelles au prix d'une modique aumône, voilà les faits de toute seconde marquée du balancier, sur la planète indifférente roulant dans les cieux sourds le cri accusateur de la vie torturée.
Et puis, parce que nous sommes au plus fort du carnage, parce que nous sommes tout à notre bataille, nous n'avons pas conscience de l'uni-