XVIII PREFACE
versel massacre, nous n'en sommes pas émus.
Dans l'usine, dans ]e champ, au travail, au repos, dans sa tanière ou sous le ciel, toujours un vaincu qui succombe. Pas de vainqueur, sinon d'un moment éphémère. L'homme qui va frapper s'arrête, et, raidi dans son geste de victoire, tombe foudroyé. Pour une catastrophe isolée, l'émotion, la sympathie se feraient jour. Mais cent, mais mille, mais des milliers. Que faire? On se détourne, ou passe. « Défends-toi », crie l'égoïsme. On se met en défense : on est frappé. L'ambulance sociale, hôpital, geôle ou morgue, recueille le blessé, et, sous les menaces du prêtre qui surenchérit de son éternité de tortures, la terre, enfin apaisée, se referme pour l'oubli.
Loi de nature que, de ses propres mains, l'homme forge plus dure et plus impitoyable. Loi férocement raillée dans la danse macabre du moyen âge. Loi méconnue jusqu'à nos jours, de ceux-là mêmes qui, marchant inconscients dans leur rêve d'espérance, glissent — hallucinés — dans le sang.
(( De la nature, dit Darwin nous apercevons la face qui brille de bonheur. Nous oublions que parmi tant d'oiseaux qui chantent à loisir autour de nous, la plupart ne vivent que d'insectes ou de graines, c'est-à-dire que par une destructioD constante d'êtres vivants. Nous oublions que ces