LE DROIT DE TUER
M. Max >'ordau, qui distribue libéralement des brevets de dégénérés â tous ceux qui ne sont pas de son avis, n'a rien dit de la peine de mort. Je le regrette vivement, car je ne connais pas de phénomène plus clairement régressif, que la sincère croyance où sont quelques hommes — d'ailleurs éclairés et bienveillants — que la société humaine, pour se maintenir, a besoin de verser le sang de ceux qui transgressent ses lois.
Il s'est fait, de tout4temps, dans les sociétés barbares, une effroyable consommation de vies humaines, et l'on admet volontiers, dans la conversation courante, que le degré de civilisation d'un peuple se peut mesurer aux garanties données au premier de tous les droits: le droit de vivre. Seulement, les mêmes philanthropes, qui vous concèdent ce point, concluent aussitôt: la vie humaine étant sacrée, qui la prend doit mourir.
C'est la justice rudimentaire du talion, c'est-à-dire la justice embryonnaire, informe, telle qu'elle se manifesta, d'abord, il y a beaucoup de fois mille ans, danles cavernes préhistoriques, où des silex taillés mêlé? aux ossements des fauves, attestent que là nos pères ont vagi, ébauchant les premières luttes contre la planète, débrouillant vaguement des commencements de pensées, de mœurs, préparant inconsciemment Manou, Zoroastre, Çakya-Mouni, Moïse, le Christ,