‹ La mêlée socialeChapitre 117 sur 131 · LE DEOIT DE TUER · texte numérisé non relu

LE DEOIT DE TUER

saint Paul, Marc-Aurèle, et tous ceux par qui l'humanité a senti, pensé, vécu.

N'admirez-vous pas que les siècles se soient écoulés sans nombre, que tous les grands penseurs aient dit leur mot, faisant de l'anthropoïde inconnu ou de l'ancêtre de Cro-Magnon surgir Homère, Empédocle, Dante, Michel-Ange, Rembrandt, Shatespeare, Goethe, Newton, Laplace, et que sur cette question primoidiale : l'homme a-t-il le droit de prendre la vie de Thonmae, le consentement des peuples policés, ou se disant tels, ne soit pas encore acquis?

Il n'y a pas un siècle que Joseph de Maistre proclamait le bourreau la clef de voûte de l'édifice social. Et tous les prétendus disciples du grand condamné à mort qui fut Jésus de Nazareth, applaudissaient à l'envi. Nous vivons encore là-dessus. La lâcheté sociale a besoin du bourreau pour se rassurer. Le droit, refusé à chaque individu, pris à part, de tuer son semblable, le consenlçment commun le donne à tous. On oublie seulement de dire où la callectivité a trouvé ce droit de vie et de mort, dont aucune parcelle n'existe dans chacun des membres qui la composent.

Peu importe. Si on n'a pas Le droit, on a la force; et depuis l'anthropoïde aux longs bras, l'homme continue, en la tempérant plus ou moins, l'œuvre de meurtre imposée à sa race par un atavisme qu'il n'a pas encore réussi à dompter.

Je ne dis rien de l'Afrique, le plus vaste champ de massacre de la planète. Je parle des civilisations raffinées. La Chine torture avec délices, coupe ses condamnés en morceaux. L'Indo-Chinois fait voler la tête d'un coup de sabre comme le Japonais, à qui la

vue du sang produit aussi des excitations délicieuses. L'Anglo-Saxon pend avec une conviction inexorable. Le Turc empale flegmatiqueraent. L'Espagnol, qui a dû renoncer, avec toute l'Europe, à torturer, à brûler, d'un tour de garrot écrase le cou. L'Allemand décapite d'une lourde hache, souvent malhabile. Le Français, progressif, se sert d'une machine, empruntée du moyen âge allemand, comme l'atteste une peinture murale de la salle des Maîtres chanteurs, à Nuremberg. Et ce qui est édifiant, c'est que tous, d'accord pour tuer, s'accusent réciproquement de barbarie

Il y a bien, chez nous, un tempérament: le droit de grâce. Mais on a découvert que ce serait insulter le jury que d'en faire usage. Notre Président qui ne tue rait pas un poulet, sans l'excuse de la faim, se fait sans doute ce raisonnement simpliste, que sa charge l'oblige à faire primer, en lui, le sentiment humain sur le devoir politique, ou plutôt par l'ensemble des préjugés ataviques qu'on dissimule sous ce nom.

Ce serait peine perdue, sans doute, que de lui parler de l'abolition de la peine de mort dans le royaume d'Italie, et de lui montrer, par cet exemple éclatant, que le prétendu devoir de tuer ne lui est vraiment imposé par aucune nécessité sociale.

Il y a plus de cent ans que le grand-duc de Toscane, Léopold, frère de Marie-Antoinette et de Joseph II, devenu plus tard empereur d'Allemagne, eut la gloire d'abolir la peine de mort dans son duché. Beccaria avait écrit; Léopold agissait.

Oui, c'est un monarque qui se fai.'^ait gloire de suivre le mouvement de la pensée humaine, au lieu de lui résister stupidement, comme le tentent aujourd'hui des républicains abêtis. Et la peine de mort fut

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