‹ La mêlée socialeChapitre 118 sur 131 · LE DROIT DE TUER · texte numérisé non relu

LE DROIT DE TUER

si bien abolie, et cette idée que le législateur, pas plus que l'individu, n'avait le droit de détruire la vie humaine, s'ancra si bien dans les mœurs, que lorsque la Toscane s'annexa librement au royaume d'Italie actuel, elle mit nour condition que la peine de mort ne pourrait être rétaLlie. Et plus tard, en 1888, Humbert régnant, M. Crispi, pour unifier le code, dut faire, du régime toscan, la loi de toute la monar- I chie italienne. Haute leçon d'un monarque médiocre r aux prétendus républicains humanitaires que nous \ sommes.

La peine de mort existe en Belgique, comme en France. Seulement, depuis son avènement au trône, le roi Léopold II n'a jamais consenti à mettre son nom du bas d'une sentence capitale, et, par conséquent, aucune exécution 7i'a jamais eu lieu^ sous son règne, en Belgique.

Je dédie cette simple remarque à M. Antonin Dubost, garde des sceaux, à qui il appartiendra de proposer à M. le Président de la République le rejet de la grâce de Vaillant. Que pense ce fier républicain de ce monarque qui se permet de donner, du haut de son trône, un tel enseignement à nos démocrates?

Si la Belgique avait continué de faire partie de la France, la guillotine n'eût cessé d'y fonctionner, pour l'édification du peuple. C'est un roi qui a étendu la main entre le criminel et le bourreau, et sa volonté, plus humaine que la loi, a prévalu. L'ordre public n'en a pas soutlert apparemment. Faudra-t-il donc qu'on dise que i o ic République, qui fait sonner si | fort le grand mot de justice, en est là de ne pouvoir se hausser jusqu'à l'exemple d'un roi philanthrope?

Serait-il vrai que, pour oser bien faire, il faut se

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trouver tout au-dessus de la foule, séparé du reste des hommes, indépendant de leur volonté?

Serait-il vrai que les prétendus démocrates, qui veulent faire surgir le progrès de la masse anonyme, n'aboutissent qu'à s'enliser dans la plus basse médiocrité, au point d'être incapables de résister aux préjugés ataviques, dont l'accumulation fait obstacle à tout mouvement en avant vers un ordre meilleur?

Serait-il vrai que la République, f(jndée sur le respect primordial de l'être humain, sur le libre déve loppement de l'individu suivant une règle supérieure de justice, ne puisse sortir du peuple lui-même, et que ceux-là seront le plus près d'elle qui crieront : Vive le Roi?

La fortune donne à M. le Président de la République roccasion de répondre.

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