PREFACE XIX
chanteurs, ou leurs œufs, ou leurs couvées, sont détruits par des oiseaux ou des bêtes de proie. »
Oui, le chant de l'oiseau pâmé d'amour, enivré de vie, se fait des plaintes de l'insecte broyé; oui, le hurlement de joie du fauve se fait des cris de douleur de sa proie pantelante; oui, les grands rêves de l'Orient, la sublime pensée de la Grèce, Tart, la science, toute la gloire de la civilisation des peuples, et jusqu'à la conception de justice eft le bonté se font du concours obscur des iniquités meurtrières oii succombent tous les vaincus de l'éternelle bataille. Ecoutez cependant. Par l'accumulation des siècles, voici que le gémissement des faibles qu'on écrase, d'abord inenlendu, monte des profondeurs. Bientôt peut-être, la plainte de l'insecte torturé couvrira le chant de l'oiseau; le cri de l'oiseau déchiré, le hurlement du fauve; la malédiction des révoltés, l'expansion de joie des heureux de la terre.
Déjà la clameur croissante emplit le monde, accusatrice de la cruauté des forts. L'homme ému s'arrête incertain. Et, même continuant l'atfreux combat, se prend à juger l'œuvre de mort, à la détester. L'altruisme de la bête ne va pas jusqu'à la pitié de sa proie. L'homme s'exalte, lui, de la conscience de son crime. Il se sent atroce et suit sa loi. Mais sa loi c'est aussi l'in-