‹ La mêlée socialeChapitre 129 sur 131 · LOIS DE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LOIS DE RÉVOLUTION

Un Italien ayant assassiné M. Carnot, ce sont les Français qui doivent pâtir. Un crime affreux ayant été commis, c'est la liberté qu'il faut condamner. L'acte ayant soulevé l'unanime réprobation de la presse, le moment est venu de punir la presse et la parole. Ainsi raisonne le gouvernement de M. Casimir-Perier, qui prétend ne nous laisser d'autre alternative que les bombes de l'anarchie ou les ineptes violences d'une réaction affolée. Cette mamière de penser n'est pas nouvelle, et chacun sait que le poignard de Louvel lut emmanché d'une idée libérale. Il eût été bien surprenant que les malheureux qui sont en train d'achever la France, laissassent échapper l'occasion de porter à lu République un nouveau coup

Après le crime de Vaillant, M. Raynal, ministre de l'intérieur, se fit voter une somme de 800,000 francs pour réorganiser la police. Survint l'attentat d'Emile Henry. Quel emploi avait-on fait des 800,000 francs"

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Ils avaient été dépensés en province, nous dit-on. C'est tout justement en province qu'on assassine M. Carnot, que le police avait négligé de protéger. Le vulgaire pourrait croire que des comptes vont être demandés ;i ceux qui sont responsables de cet état de choses. Pas du lout. Ce sont eux qui, sous prétexte de loi contre les anarchistes, s'en prennent maintenant à l'ensemble des citoyens, et prétendent les livrer sans contrôle à tous les excès de l'arbitraire.

On ne peut pas feindre de s'y tromper. Une loi qui permet de déporter un citoyen pour un simple délit d'opinion, une loi qui se contente d'une lettre trouvée, d'une conversation rapportée, d'une dénonciation payée, pour envoyer un homme mourir de fièvre sous l'équateur, une loi qui cache le juge, qui supprime toute garantie de justice et déshonore ainsi d'avance le jugement, est une loi de révolution.

La République, nous disait-on, est le règne du droit. On remplace aujourd'hui le droit par l'arbitraire. Eh bien! l'arbitraire portera ses fruits. Autrefois, l'arbitraire, c'était Louis XVI, Charles X, un Napoléon. Aujourd'hui, c'est Dupuy, c'est Guérin, c'est Lasserre. On en rirait, si ce Dupuy, ce Guérin, ce Lasserre ne profitaient de leur pouvoir d'un jour pour nous rejeter dans les agitations violentes que la République avait la prétention d'avoir à jamais supprimées.

Des mesures contre les criminels? Qu'on en propose ! Des mesures sincères, efficaces! Et tous les bons citoyens concourront de tous leurs efforts à la défense commune contre des assassins.

Mais, sous le prétexte mensonger de prévenir le crime, mettre la liberté et la vie de tous les citoyens dans la main d'un pouvoir changeant livré à toutes le ■

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