PREFACE XXV
lui. Chacun pour soi, voilà le mot d'ordre des éléments déchaînés.
Contre cette anarchie l'homme met sa gloire à réagir. Il prétend modérer, régler la fatalité s'il ne peut s'y soustraire. Gomment? A la fois, par l'acte individuel, oii l'altruisme peut se donner carrière jusqu'à la folie de l'amour, et par l'action collective, plus mesurée, mais d'un effet plus durable par les règles de vie sociale qu'elle transmet aux générations, préparant, façonnant, imposant les mçEurs. L'individu agit par la suggestion de la parole et de l'exemple. La loi, en décrétant un minimum de moralité publique.
L'homme gêne l'homme, ai-je dit. L'homme aide l'homme aussi. L'aide pour la vie dans la lutte pour la vie, voilà l'ordre pour la vie, né de la loi suprême de la solidarité de tous. Toute la nature fournit l'exemple du secours pour la vie et la sociabilité n'a pas d'autre raison d'être. Les organismes associés pour vivre, même luttant entre eux, s'entr'aident. La cellule avoisinant la cellule lui prend sa part de vie quand elle peut,, mais réglée dans son action de vie par l'équilibre des forces environnantes, apporte la solidarité de son effort individuel à l'effort de commune défense. Ainsi fait l'homme dans le corps social : une partie de. sa force nuit au voisin, une autre le protège et le soutient.
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Seulement cette force d'altruisme, rudimentairc en bas de réclielle organique, va grandissant dan l'espèce humaine, se développant en justice, en bonté, toujours conquérant, sur la loi mauvaise, une part do souffrance atténuée.
Comment l'action de progrès serait-elle de l'individu, sans être du corps social eu même temps? A la notion plus haute de justice, imposant une morale individuelle supérieure, correspond nécessairement une règle plus sévère de moralité sociale. C'est cette règle nouvelle de respect plus complet de l'individu et de justice accrue, que le socialisme entend fixer par la loi, alléguant que les libertés ainsi supprimées sont des liberLi de barbarie.
De l'Afrique centrale à Paris, tous les échantillons historiques de la mêlée sociale sont présentement sous nos yeux. L'esclavage africain, rudiment de l'histoire, témoigne des premiers jour- Il est d'hier aux Etats-Unis, comme le servage eii Russie. A l'autre extrémité de l'évolution sociale. le salariat, venu de l'esclavage atténué de l'anti- . quité, déjà couvre les continents de la terre, « Mendiant, salarié ou voleur «^ disait Mirabeau. Le socialisme cherche un quatrième terme : associé Déterminer le nouveau contrat, voilà le problème, dont la solution veut à la fois la réforme progressive des conditions de la lutte éco-.
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nomique, et la réforme menlale qui rend l'homme capable d'une civilisation meilleure.
L'association n'a pas la vertu de supprimer la lutte, soit des éléments, soit des groupements entre eux. C'est les conditions mêmes de l'association qu'il s'agit de transformer, en vue d'un idéal de justice que notre grandeur est de concevoir, même si notre loi nous en refuse la réalité.
Rapprocher les hommes, encore séparés par les sentiments subsistants de l'antique barbarie, resserrer les liens de solidarité de l'espèfce, développer la mentalité altruiste par la restriction sociale des égoïsmes effrénés, telle est la tâche consciente ou non des politiques. Les uns s'y efforcent; les autres, en résistant aveuglément, provoquent une impulsion plus vive de l'altruisme social. Entre ces actions et ces réactions se meut l'humanité diverse, subissant sa loi de lente évolution en dépit des bonds qui la tentent et des reculs qui la désespèrent. D'une part, la guerre du capital contre le travail, du travail contre le travail, du capital associé contre le travail associé, les syndicats violentés, les marchandages, les grèves, les usines à l'index, tous les tumultes de la concurrence pour le salaire, pour la vie, avec leurs conséquences de misères, de maladies, de famines, de suicides, de tourments et de morts. D'autre part, les grandes luttes d'idées, avec leur
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éternel aboutissant de massacres, de bûchers, d'échafauds. Autant de pas douloureux vers la libération, vers l'accroissement de la créature humaine, vers son ascension dans la justice et dans la bonté. Ainsi le bien qui toujours croît, naît du mal d'abord sans mesure. Ainsi l'homme lentement se fait de sa larve d'humanité.
Que sera-t-il des sociétés futures? Qui peut le dire, ou même l'entrevoir? Toujours évoluant vers la justice, vers la bonté supérieure, elles se maintiendront dans les conditions de la vie : la lutte pour le mieux-être, le conflit d'égoïsme et d'altruisme, source de tout progrès.
Une certaine part de misère supprimée — comme on a déjà fait, comme il est facile de faire encore — de nouveaux maux, hélas! s'offriront aux efforts de la pitié croissante. Plus de guerre, plus de faim sur la terre, plus de froid, à tous l'abri assuré contre les intempéries, plus de pauvreté, plus de misère, quel emploi de l'activité humaine ? Qu'on se rassure. Si cet idéal était jamais atteint, les ressorts d'action ne manqueraient pas à l'homme et l'éternel aiguillon du mieux-être le pousserait encore en avant. La bonté sociale accrue jusau'aux ultimes limites main