‹ La mêlée socialeChapitre 20 sur 131 · PREFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIII

Un jour, après des gestes inconnus, l'humanité ayant gravi sa cime — pour un temps de raison, immobile entre deux impulsions contraires — verra le gouffre devant elle et douloureusement subira la noire descente dans l'Averne. Quelle horrible angoisse quand l'être le plus parfait, né de nous, ultime expansion de joie en qui se rachetait le malheur humain, au moment de jeter le cri de triomphe, se retournant tout à coup, verra la sinistre pente déjà parcourue, la pente vers le gouffre insondable qui attend sa proie dans la sérénité de l'inévitable.

A cette heure déchirante, qui ne regrettera les douleurs ennoblies d'espérance^ perdues dans l'ombre du passé? Oui, nos fils en seront là que l'horrible massacre des temps historiques, et même la barbarie primitive, Jeur sembleront de l'humanité heureuse au regard de l'effrayante catastrophe qui, d'un pas irrésistible, à toute heure gagnera sur eux. Ce serait, jusque dans la décadence dernière, une monstrueuse ascension de douleur si la notion, déjà présente, de la fin nécessaire, ne suscitait en nous la philosophie supérieure qui nous permet d'affronter toute destinée sans pâlir.

L'affreuse décroissance insensiblement sous nos yeux s'accomplira. La décrépitude envahissante amortira les chocs pour la conscience de sensi-

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bililé diminuée, et pas à pas, par le chemin de mort déjà parcom'u vers la vie, l'homme venu de la terre, retournant à la terre, trouvera sa tombe dans son berceau, noyé d'oubli dans la source de douleur. La lente régression sans pitié fera son œuvre. Le dernier humain qui vivra s'éteindra dans le même mystère où surgit le premier qui vécut. Ainsi s'achèvera, dans la suprême misère, la lutte commencée pour la vie aux jours de la naissance heureuse dans le monde enchanté.

La vie humaine avait été de domination mortelle sur toute vie inférieure. De nouvelles conditions de vie font maintenant de nouvelles conditions de lutte. L'heure est venue de la grande revanche de la nature d'en bas contre la nature d'en haut. L'organisme inférieur, moins exigeant que ses grands concurrents, se contente de conditions médiocres pour vivre. A mesure que les conditions de vie s'atténuent, Ihomme, la bête, l'arbre, rabougris, s'appau\Tissent, s'anémient, s'étiolent. Incapables de réprimer plus longtemps l'obscure végétation des formes primitives, ils reculent maintenant : et la vie inférieure envahit l'immense domaine d'où la vie supérieure la refoula jadis. C'est la suprême bataille, la grande déroute de la vie vaincue cédant le terrain pas à pas, sous le regard des siècles, indifférents à quelque moisissure humiliée qui dans quelque ;

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