PREFACE XXJ
éteinte, si les lois biologiques ont irrévocable ment succombé sous la loi mécanique éternelle, si dans l'espace infini tous les astres éteint-, immobiles d'un stupide équilibre, n'attendent plus rien, môme du hasard, si l'univers est à son point mort, une chose, du moins, ne peut être supprimée : c'est que nous avons vécu, c'est que nous avons souffert, c'est que nous avons voulu, c'est que nous avons aimé. Si, par impossible, Téternité a dit en nous son premier, son dernier mot, si nous sommes le grand miracle qui jamais n'avait été et jamais ne sera plus, au moins aurons-nous été ce miracle de conscience et de volonté, surgi de l'obscure matrice terrestre pour s'opposer, dans un instant de vie changeante, à l'immuabilité morne de l'éternel absolu.
Tout corps est impressionné d'un autre, et tout corps au contact d'un autre réagit : voilà de quoi se font la conscience et la volonté brièvement rassemblées dans une vie humaine. De l'amibe à l'homme intense, la puissance d'impression et de réaction s'amasse pour éclater soudain en mentalité supérieure. Parce que la conscience et la volonté, diluées dans le monde, se trouvent en nous subitement condensées, l'éclair de raison, de justice et d'amour a jailli de l'éternel inconscient sans raison, sans justice, sans amour. L'éclair de la foudre n'est pas plus miraculeux dans la nuit