II ^> PRÉFACE
devoir à qui comprend la loi suprême. Devoir secourable au vainqueur lui-même, dont la victoire n'est que l'engrenage de la défaite prochaine.
Plaignons le faible de souffrir. Plaignons le fort de faire souffrir. Montrons lui que, sous d'autres formes, le mal qu'il inflige lui est rendu. Faisons apparaître dans l'égoïsme triomphant l'ignominieuse déroute de toute noblesse. Combattons les sophistes qui mettent en doctrine moderne l'antique barbarie du chacun pour soi. Faisons la société profitable à tous, et non plus seulement à quelques-uns. Qu'elle soit plus douce à qui faiblit, plus rude à qui opprime, sévère gardienne de vie, relevée d'un plus haut sentiment du devoir.
Prêchons la paix, puisqu'il n'y a que bataille; la justice, puisque l'iniquité nous enveloppe; la bonté, puisque la haine sévit.
Surtout, agissons, puisque notre mérite est de protester par l'action contre la loi fatale de la déchéance des faibles. Ennoblissons la mêlée sociale de notre cri de secours, de notre acte de bonté. Donnons de tout notre être contre la nature marâtre, contre la stupide brutalité de la force, contre l'insolence heureuse, le dédain, l'indifférence ou la peur. Et prodiguons-nous sans mesure. Pour l'atome titanesque, dans sa lutte sublime
PRÉFACE XLiii
contre l'écrasant univers, s'efforcer seulement de toute sa puissance, c'est mal mériter la victoire qui, Dendant tout un éclair de temps, le fait difii.