‹ La mêlée socialeChapitre 26 sur 131 · EN BAS · texte numérisé non relu

EN BAS

LA FAim

« La faim, voilà l'ennemi de la race humaine... Tant que l'homme n'aura pas vaincu ce cruel et dégradant ennemi, les découvertes de la science n'apparaî Iront que comme une ironie de son triste sort, comme le luxe d'une existence à laquelle il manque le nécessaire. >v

Ainsi s'exprime M. Oscar Comettant dans un curieux article de la i\'ouvelle Revue, intitulé : La Faim. Je reconnais que c'est une sujétion cruelle pour tout ce qui vit, que ce perpétuel besoin d'alimentation qui contraint tous les êtres vivants à s'ingénier, à se torturer, à s'entre-détruire pour conserver à tout prix ce bien ou ce mal suprême : la vie. C'est la loi.

Le cristal indilïérent enchâssé dans le roc iniiiiu.ihle, ne sent, ni ne désire, ni ne veut. Les eaux du cic-I inconscientes mettront peut-être cent siècles à ronger son arête, sans qu'il en souffre, sans que le besoin lu' vienne de réparer la perte subie. Il est, il demeure. Toute la mécanique planétaire qui l'a produit le menace et quelque jour disposera de lui, renvoyant dans le cycle des impalpables nébuleuses l'éternelle matière, témoin muet de ce qui a été et de ce qui sera. Lui, le dur cristal enroché, il attend, défiant les éléments, semble-t-il. Cependant le nuage qui passe doucement Teffleure, et le caresse d'une insensible égratignure. C'en est assez pour le marquer du signe que le temps sera vainqueur de lui...

Regardez cette petite tache grise que couvrirait une r^te d'épingle. C'est le lichen, venu du vent, qui s'est l:amponné là et ne s'en ira plus. 11 veut manger, lui, et le bon cristal qui ne s'en soucie guère, impassiblement Talimente et le fortifie. C'est la vie qui est apparue, la vie exigeante, absorbante, mangeante, qui veut s'accroître, s'épanouir aux dépens de ce qui l'entoure, dompter la matière inerte pour se l'assimiler, pour en faire de la substance organisée, tour à tour souffrant du besoin qui veut se satisfaire, ou jouissant du besoin satisfait.

Et puis dans l'humidité de la tache lépreuse, survient la graminée qui pousse ses radicelles à travers la fissure des âges, et d'un filament gonflé d'eau, capillaire, incompressible, fait éclater la pierre. Alors c'est la guerre déclarée. L'hiver tue et le printemps fait renaître. L'herbe a vaincu le lichen, comme le lichen <•; vaincu le cristal. Survient l'arbuste qui prendra la vie de tous. La faim est reine du monde. Et tout à l'heure

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