‹ La mêlée socialeChapitre 40 sur 131 · LA VIK C0:N'T1^'UE · texte numérisé non relu

LA VIK C0:N'T1^'UE

LA ViE CONTINUE

Séverine ne veut plus que nous fassions d'enfants. « Ce qui est fait est fait », dit-elle sagement. Mais il faut s'en tenir là. Elle préfère la continuité du néant à a douleur enfantine et nous adjure de ne plus alimenter Muloch. « Tant qu'encourageant le pauvre à augmenter l'eflectif de la nation, on ne lui aura pas fourni les moyens d'élever ceux qu'il a engendrés ; tant qu'il ne sera assisté qu'en monnaie de singe, viande creuse et félicitations de philanthropes, qu'il écoute, goguenard, et se garde, comme de la peste, de pluraliser sa graine : viande à caserne, viande à bagne, viande à trottoir ! »

Voilà une réforme qui ne passera pas inaperçue si le beau zèle de Séverine l'obtient de notre courtoisie. Je crains des résistances pourtant. Nous sommes routiniers. Nous avons pris là, hommes et femmes, depuis trop longtemps une trop facile habitude. Ce sera le diable d'y renoncer. Le clergé catholique assurément nous donne l'exemple. Mais si l'exemple avait été suivi, comment se seraient recrutés les pasteurs d'âmes? L'àme, hélas I a besoin d'un misérable corps pour manifester ses vertus. Il a donc fallu que d'obscurs papas et mamans se chargeassent de cette partie nécessaire de l'œuvre universelle, sans laquelle la stérilité cléricale n'aurait pu sauver le monde.

Ce sont les misérables laïques qui ne voudront

entendre à rien. Les vieux se laisseront peut-être raisonner. Mais cela ne nous avancera guère, car ceux-là sans doute ne sont plus malfaisants. Pour ce qui est des jeunes, je crains bien que Séverine ne perde son temps et sa peine. Ils la laisseront dire et pousseront tout droit devant eux, l'espérance au cœur, la flamme aux yeux, tout vibrants de la joie de vivre et de communiquer la vie.

« J'aime, vous criera l'homme ; la vie déborde en moi. Que me parlez-vous d'arrêter la sève fécondante appelée des bourgeons qui veulent naître. Engendrer est la loi de la vie. Je veux l'action, toute l'action : l'action sur la nature que je violente, sur la matière que je pétris et modèle, sur les hommes de mon temps par le consentement d'effort que j'apporte à l'effort commun, sur les hommes futurs par ce que je laisserai de moi — œuvre ou postérité — sur la compagne par qui, de deux âmes confondues, se fait la vie continue, le prolongement indéfini de l'activité humaine. Tout cela n'est pas trop pour la puissance qui est en moi, et il est des heures oti, affrontant les mondes qui m'entourent, je me plains de mon triste globe vieilli, pour lancer aux étoiles des défis qui se perdent dans le silence de l'immensité.

« Et c'est quand j'appartiens tout à la joie de l'action, quand la terre me suffit à peine, que vous venez me proposer de m'arrêter dans la propagation de vie par qui je suis, de souffler la flamme qui me fut transmise et que ma loi impérieuse est de communiquer plus briik nt? et plus belle. Quel beau cri de révolte, ô Séverine, si quelque désillusionné vous eût tenu ce langage à vingt ans! Vous me parlez de souffrance., Croyez-vous que j'aie peur de souffrir? Non. je réclame

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