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La magistrature tient pour Séverine contre moi. Procureurs et juges trouvent mauvais que les classes inférieures se reproduisent à leur gré et nous encombrent de petits va-nu-pieds que nous sommes obligés
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d'entretenir aux Enfants trouvés^ ou à la Petite Roquette.
L'autre jour, à la police correctionnelle, un bandit provoqua une bousculade. Il fallut plusieurs gardes municipaux pour le contenir. A côté de lui se trouvait une femme qui fut assez malmenée dans la bagarre. Elle était venue chercher quelques mois de prison pour je ne sais quel délit de vagabondage ou de coups, ou de vol. Le malheur est qu'elle avait sur les bras un bébé de quelques semaines tout prêt à recevoir sa part des horions échangés. La maman n'eut que le temps de le jeter dans la robe d'un avocat compatissant pour le sauver des coups.
Voilà un petit citoyen qui fait un assez triste début dans la vie. Cette âme immortelle avait bien besoin de s'embarrasser de ce corps! Ils sont, comme cela, un petit lot de jeunes habitants de Saint-Lazare qui ne veulent pas mourir. Quelques-uns même y naissent par bravade. Que peut-on augurer d'une telle impudence?
Le cas des époux Schœnstedt est encore plus suggestif. Ils avaient neuf enfants, les imbéciles. Le dernier a sept mois, l'aîné onze ans. L'homme et la femme sont ouvriers riveurs. Ils travaillent tout le jour pour nourrir cette marmaille, logés dans une petite mansarde de Belleville, au loyer de 180 francs par an Enfermés dans l'usine, ils ne sauraient conduire la petite troupe aux Champs-Elysées pour monter sur les chevaux de bois ou se promener dans la voiture aux chèvres, après s'être bourrés de gâteaux. Il a fallu inventer autre chose, et faute d'imagination ils n'ont rien trouvé de mieux que de laisser les marmots à la maison. <^uelle imprudence I Et sans domestique
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encore 1 II était si simple d'installer tout ce monde dans une bonne nursery bien chauffée, sous la sur • veillance d'un personnel de choix. Vraiment, par leurcoupable négligence, les parents se préparent trop souvent de cruels remords.
Cependant le bébé résistait à la crèche, et les huit bambins sous clef, visités peut-être de temps à autre par quelque obligeante voisine, prospéraient comme millionnaires, ou même mieux encore. Il y a quelques jours, l'un d'eux se penchant à la fenêtre, tombe dans la rue. Pourquoi demeurer si haut? Tombant du rezde-chaussée, l'enfant en eût été quitte pour une foulure. Tandis que le voilà mort, et le procureur de la République n'est pas content. Il y a des lois, homme et femme Schœnstedt, qui protègent les enfants contre l'incurie des parents. Les magistrats vont vous l'apprendre, c'est leur devoir. Connaissez-vous seulement votre cas? Vous êtes coupables d'homicide par imprudence — et sur votre propre enfant ! Quel horreur! En police correctionnelle, lamentables parents. Venez rendre compte à la société de vos méfaits.
Ils y vont, car il se trouve un juge d'instruction pour les y expédier et un substitut pour requérir superbement contre eux. Mais tout se relâche, comme dit très bien M. Jules Simon en rompant ses derniers morceaux de lance pour Dieu. Les juges, qui ce jour-là ne dormaient que d'un œil, acquittèrent nos deux criminels. Bien contents les huits petits, restés plus seuls que jamais pendant que papa et maman, au lieu de Wue?' à l'usine sont allés rendre des comptes au magistrat du Peuple français.
Attendez la fin. Quand on est sous la griffe du chatfourré^ on ne s'en tire pas à si bon compte. Le tri-
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bunal indulgent avait consenti à ne pas appliquer la loi parce qu'il ne s'agissait, après tout, que d'un petit misérable dont les hautes puissances sociales ne pouvaient vraisemblablement attendre aucun profit. Mais le père a commis un autre délit.
L'accident survenu, on va le chercher à l'atelier, il accourt, trouve son enfant dans les dernières convulsions de l'agonie, chez le pharmacien où l'ont transporté les passants. Il crie, il pleure, il s'exaspère, il est fou de douleur. Un sergent de ville veut le calmer. « Laissez-moi, s'écrie-t-il, ou je vous crève le kiki. » Halte-là, père meurtrier ! La loi te tient pour responsable de la mort de ton enfant. Nous avons bien voulu feindre de l'ignorer. Mais outrager l'agent de lautoi-ité, voilà ce qui ne se peut tolérer. Allons, reviens causer avec ces bons Messieurs du tribunal. Quoi! tu restes à ton travail. Requérez, Monsieur le substitut.
Le substitut requiert. Un mois de prison. Avec les frais de justice et le papier timbré, les Schœnstedt ne se plaindront pas qu'on les oublie. Encore leur fait-on grâce de l'amende qu'ils ont encourue pour ne pas avoir envoyé le gamin de neuf ans à l'école, sous prétexte que le pain nécessaire passe avant l'alphabet obligatoire.
Il faut bien concéder que l'exemple de cette déplorable famille ne pousse pas nos travailleurs dans la voie d'une reproduction éperdue. Si le raisonnement intervenait chez eux dans les manifestations de fatale vitalité, ils se diraient sans doute qu'il n'y a pas de place pour leurs enfants dans une société qui n'aide que d'amendes et de mois de prison, le père, neuf fois criminel, de neuf petits Français. Et comme le bourgeois, d'autre part, n'a pas besoin de prédication
pour restreindre sa famille en vue du maintien et de l'accroissement du patrimoine, nous nous acheminerions doucement vers un état de choses où il ne nous resterait plus, dans la paix ou dans la guerre, qu'à ouvrir nos frontières aux peuples proliférants.
A. chaque nouveau recensement, c'est une lamentation générale. Nous ne faisons plus d'enfants. La population de la France décroît pendant que les nations voisines nous envahissent du surplus de leurs travailleurs qui viennent concurrencer 1-es nôtres. Mais les lois continuent d'écraser le travailleur prolifique pendant que les mœurs stérilisent la bourgeoisie. Quand on se plaint des générations décroissantes, c'est qu'on manque d'hommes pour les fièvres du Tonkin ou de Madagascar. Voilà jusqu'où se hausse l'esprit de gouvernement. Ce n'est pas pour l'œuvre de mort que je voudrais des Français, c'est pour la vie de la France, pour le rayonnement de son clair esprit qui réjouit les âmes et les vivifie, pour l'action libératrice si glorieusement commencée, il y a cent ans, par les grands morts dont nous sommes les fils indignes.
C'est le moment de s'occuper des petits enfants, diing cette rigueur d'hiver. M. Ledrain, dans un bel article ému de VEclair, fait une courte monographie des
fants d'hospice et de leurs misères
J'en puis parler aussi, les ayant vus de près. Trois volumineux rapports, qui encombrent les annale^ du Conseil général de la Seine, attestent que, pendant trois années consécutives, j'ai étudié à fond, jusque dans leurs détails, les différents services de cette partie de l'administration départementale.
Combien de Parisiens passent tous les jours devant cette petite porte fermée de la rue de Sèvres, sans donner une pensée aux drames déchirants sur lesquels «îUe se referme, à chaque heure du jour et de la nuit.
De toutes les tortures de la misère, il ne s'en peut concevoir de pire que celle de la pauvre créature enveloppant, pour la dernière fois, de ses bras aimants, le petit être grelottant qu'on vient de lui arracher dou loureusement des entrailles, et l'abandcmnant — elle pleine de tendresse et d'amour — aux mains impassibles qui le lui enlèvent pour jamais.
Cette honte est sur nous. Elle est de tous les jours. Nous la côtoyons à chaque heure. Le Christ a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » On les lui expédie, en effet, et par la voie du Tou7\
Le mot Tour est une métaphore, car, dans sa forme primitive, le ToMraété supprimé. Il fut un grand progrès en son temps. Mieuxvalait, assurément, recueillir les enfants, tant bien que mai, et les soigner à peu YjVQS, que de les laisser abandonnés sous le porche des églises, dans la rue, sur les fumiers, quand on ne les jetait pas à la rivière. Ah! pour eux, la civilisation chrétienne n'était pas douce. Elle ne l'est pas davantage aujourd'hui. Ils n'ont pas fini de naître qu'elle les prend à la gorge. La lutte pour la vie avant de vivre. Une belle question sociale, n'est-ce pas? • La dure loi des choses a voulu que, d'un éclair de
joie suraiguë sortît un demi-siècle de misères. L'être n'est pas fait, ses organes ne sont pas constitués, que la douleur a mis sa marque sur lui. Et le pauvre corps déchiré ne l'a pas expulsé, que déjà la société demande compte au nouveau-né de sa présence : « Que viens-tu faire ici? D'où tes parents? Qu'ont-ils fait? Ont-ils suivi les rites? Obéi à la règle? Non? Va-t'en! Si tu n'as pas de rentes, va-t'en encore. Sinon, à nous deux! »
Ce fut donc un progrès que ce trou noir dans la muraille, moderne barathre des innocents, où l'obscure pitié sociale donnait à l'être arraché de sa mère, tout ce que la société voulait bien lui laisser de chances de vie.
Et quand la boite avait tourné? Quel accueil de l'autre côté du mur? On dirait que je mens, si je décrivais maintenant la réalité d'il y a seulement cinquante ans, — produit de christianisme, non de laïcité, peut-être. Allaitement, soins, hygiène, se jugent par un fait. Il y eut une année, dans la Loire-Inférieure, où la mortalité fut de 90 p. 100.
Nous n'en sommes plus là, quoiqu'il y ait encore, hélas ! beaucoup à faire.
D'abord, le tour est supprimé, et j'ai grandement contribué, pour ma part, à en empêcher le rétablissement, au grand désespoir de mon excellent ami de Lacretelle. Les intentions de Lacretelle sont les meilleures du monde, mais il a tort.
Il faut que toute femme, qui veut abandonner son enfant, puisse le faire, sans courir le risque d'être obligée d'avouer ce qu'elle peut vouloir cacher. Mais ce point réglé, il faut, dans l'intérêt de l'enfant, comme de la mère, tenter les plus grands efforts pour main-
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tenir, s'il se peut, le lien qui les rattache l'un à l'autre.
Pour cela, il faut interroger la mère, si eUe se prête à l'interrogatoire, s'efiforcer de lui faire accepter le secours pour prévenir l'abandon. Si, au lieu de lui prendre l'enfant, pour le mettre en nourrice chez une mercenaire, on le lui confiait à elle-même, commnourrice rémunérée? N'est-elle pas la meilleure nourrice de son propre enfant? Sinon, elle ne le reverra plus, car il n'y a pas de demi-abandon, et l'on ne peut pas venir visiter l'enfant qu'on a abandonné.
L'argument, bien présenté, produit presque toujours son effet. L'enfant pris en nourrice par la mère est sauvé, car il y a très peu d'exemples d'enfants abandonnés après l'allaitement. Et, à son tour, en un autre sens, la mère est sauvée par l'enfant.
Je revendique l'honneur d'avoir, le premier, donné, dans le département de la Seine, un grand développement au secours pour prévenir l'abandon. La bourgeoisie réactionnaire, qui avait administré jusque-l;: les finances départementales, s'y était montrée résolument hostile. C'était favoriser te vice^ disait-on. On n'est pas plus bête. Voyez-vous cette femme, qui se donne ou se vend parce qu'il y a un secours pouprévenir l'abandon? Hélas! les malheureuses n'ont pa~ besoin de cet affreux appâi pour subir la brutalité d* qui les pousse à l'abîme.
Je les ai vues venir, pleurant avec leur petit paque; de chiffons, geignant. Toujours la même histoire, U même cri de douleur et de honte. Pendant ce temps, rhomme, libéré du fardeau, continuait son œuvre, où la vie et la mort se mêlent effroyablement.
L'une arrivait l'œil sec, provocateur, mauvais, lu
voix brève, le ton dur, désespéré. A chaque mot, une courte réponse : « Non. » Elle jetait là le triste fardeau, comme elle l'aurait lancé n'importe où. Inutile de lui parler de secours, à celle-là, sur la pente du meurtre.
Pour d'autres, c'était de cruelles scènes. La monotone histoire, entrecoupée de larmes. La joie, quand apparaissait le moyen de garder l'enfant; l'hésitation, la lutte, le refus. « Je ne peux pas, monsieur, je ne peux pas. » Et le petit, ballotté par les secousses des sanglots, s'hébétait de ces soubresauts, comme d'un bercement tragique. Enfin, l'horrible déchirement, quand il fallait prendre la petite chose vivante, et la remettre à l'infirmière impassible qui attendait. Le dernier contact de la main, de l'œil, quand on l'emportait. Oh ! l'atroce regard d'adieu ! Il n'y a pas de mots pour ces choses. Je voudrais que les femmes gâtées de la fortune, allassent quelquefois passer une heure en ce lieu.
Je me souviens d'une grande fille blonde, rose et blanche, molle, flasque. Les larmes tombaient de ses joues, sans une parole, sans même un sanglot. D'un mouvement machinal des genoux, elle berçait le petit. Quand on l'eut enlevé, sans qu'elle eût fait un geste, dit une parole, elle restait là, ballante, regardant stupidement l'empreinte laissée par l'enfant sur ses gejoux, l'arrosant de grosses larmes muettes, berçani: le vide du même mouvement inconscient. Il fallut la chasser. On la mit debout. On la poussa dehors. Elle franchit le seuil toute raide, retournant dans la vie comme on marche à l'échafaud.
Voilà ce qu'on voit, à Paris, derrière la petite porte de la rue de Sèvres. Et pendant ce temps, avant de rentrer pour le /ive o'clock, nos belles chrétiennes
mettent dans un tronc d'église une pièce blanche, pour sauver un petit Chinois.
Pour tout dire, la misère physiologique, l'affreuse contagion, ne guettent plus nécessairement le petit misérable aux mains qui l'ont reçu. De grands progrèi ont été faits. Je voudrais les dire, l'espace me manque.
J'ai visité les enfants abandonnés dans un gi*and nombre de départements. Je suis allé de ferme en ferme, et je puis dire à M. Ledrain que, s'il est vrai que le paysan est trop souvent dur aux petits de l'hospice, une bonne surveillance protège parfois très efficacement les petits abandonnés.
Je connais des vieux inspecteurs chenus, qui sont tout simplement des anges pour les petits de l'hospice. C'est l'exception, sans doute, et le nombre est encore trop grand des petits misérables, que l'indifférence des surveillants livre à la brutalité de leurs exploiteurs.
Puisse donc le généreux cri de M. Ledrain être entendu des hommes illustres, qui consacrent leurs veilles à sauver l'Etat par des lois (admirez l'euphémisme) de sécurité générale. Après tout, ce serait peutàtre aussi un élément de sécurité générale, de prendre soin des petits abandonnés, d'en sauver le plus possible, d'en faire de bons travailleurs et de bons citoyens.
Sans doute, on fait quelque chose. Mais quand il s'agit de sauver des hommes, on n'a pas le droit de s'arrêter en chemin.
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LES BATARDS
Les bâtards sont plus populaires au théâtre qu'à la Chambre. La foule, qui sent vivement Finjustice, se révolte contre la barbarie du Code et acclame les victimes du droit antique, détruit par la Révolution tant honnie, ressuscité par Napoléon tant glorifié. Antony fut dieu, Didier fondit les cœurs, et le drame de M. Alexandre Dumas fils, qu'on disait démodé, remue, fait éclater en applaudissements de révolte le public blasé d'aujourd'hui.
C'est que les spectateurs de l'Odéon diffèrent notablement d'instincts, de passions, d'avec la plèbe de l'hémicycle parlementaire. Mettez les uns à la place des autres, le résultat sera tout de'même, tant l'homme est faible contre le milieu. Le fait n'en demeure pas moins acquis : prenez l'homme moyen de notre Société moderne, et, de sa stalle de théâtre, dégagé de tout intérêt particulier, donnez-lui à juger la cruauté du Code Napoléon, au regard des enfants naturels : il n'hésitera pas, la condamnation sera prompte et sans appel.
Quel crime est sur cet embryon d'être, qu'une contraction suprême vient de jeter tout sanglant dans la vie, douloureuse répercussion d'une détente nerveuse de hasard? Aucun. Alors, pourquoi le frapper? Et quand deux êtres d'inconscience et d'innocence égales arrivent au jour, pourquoi toute la loi pour l'un, toute la loi contre l'autre? C'est l'iniquité même, dit l'homme dans son fauteuil, et de ses mains encore chaudes des
applaudissements de sa passion généreuse, il va le lendemain donner son vote à l'homme prudent et sage qui ne renversera pas de ministère, ne troublera pas la quiétude des majorités serviles, et laissera pourrir les petits criminels qu'on est en train de faire à l'heure même où j'écris, dans le goufTre de misères et de turpitudes où les rive Tinsondable loi du hasard, aggravée par la volonté de l'homme.
Et nos législateurs sont réunis, et ils délibèrent. Ils le disent du moins, et quelques-uns le croient. Et voilà devant eux la question des enfants nés hors mariage.
On a dit, j'ai moi-même dit cent fois, que le premier vice du régime parlementaire c'était de mettre deux votes dans un seul. Il faut, à tout instant, se prononcer à la fois et sur la question posée et sur l'existence même du gouvernement. Que faire quand la question posée n'a pour elle que le bon droit? Le sentiment, la raison, c'est bien abstrait. Le gouvernement, quoi de plus réel et de plus fort? Et puis, ces deux questions simultanément posées, c'est ce qu'on voit. Pensez donc à tout ce qu'on ne voit pas. Les ambitions grandes ou petites, les intérêts, l'engrenage des services rendus, des promesses, les rancunes, les passions, les préjugés, l'ignorance, tout ce qui partout conduit la vie. Contre tant d'ennemis, que faire? Misérer, mourir' C'est bien ce que fait le bâtard.
Quelquefois, pourtant, il vit, malgré tout. Yoilà pourquoi les Chambres sont mises en demeure de s'occuper de lui. Des députés demandent le retour au droit de la Révolution française, l'iniquité du droit romain — prolongé dans le droit chrétien de la monarchie — faisant place à l'égalité civile promise
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sur les murailles, outrageusement violée dans la loi.
Que de batailles livra ce malheureux Emile Acollas pour Fenfant né hors mariage! Que de passions chez ce grand homme de loi dédaigné, honni, parce qu'il voulut le droit! Tant que vous n'aurez pas fondé le droit de la femme et de l'enfant, disait-il, votre démocratie ne sera que mensonge.
Je vois dans la Chambre ses amis, ses élèves, qui relèvent le drapeau. Je lis dans V Evénemml un excellent article de M. Léopold Lacour. Si l'on n'obtient pas toute la justice, peut-être en arrachera-t-on quelques bribes à l'indifférence parlementaire. Si l'égalité civile du Code demeure un mensonge, — comme il n'est que trop probable, — si l'enfant naturel reconnu reste dans son état actuel d'infériorité « quand il est en concours avec des descendants légitimes », peut-être obtiendrat-on la modification d'un régime dans lequel il suffit qu'un défunt laisse un parent au douzième degré pour que son enfant naturel reconnu ne puisse hériter — en dépit de sa volonté — de la totalité de ses biens.
Mais il faudra lutter, car l'esprit bourgeois veille et ne veut rien abandonner de ce qui subsiste des privilèges de caste. Tout ce qu'on pourra garder de la famille romaine, on a la volonté de le maintenir pour en faire un instrument de domination sociale. C'est au nom de Vordre social, que les mêmes rédacteurs du Code civil qui avaient fait adopter le décret de la Convention assimilant les enfants nés hors mariage aux enfants légitimées, les exclurent plus tard du droit commun quand, avec Napoléon, la réaction s'installa triomphante sur les ruines de la Révolution.
Lisez le Journal des Débals et vous verrez de quelle ardeur l'esorit bourgeois bataille pour maintenir tout
ce qui est de réaction monarchique dans l'œuvre du grand restaurateur du trône et de l'autel. Oui, « le régime est injuste pour les enfants naturels qu'il punit de la faute d'autrui ». Oui, « l'inégalité dont souffrent les enfants naturels est bien évidemment injuste, si fon 7ie consi'Jère que les individus gui en sont frappés. Mais notre loi... n'a pas eu la prétention d'accomplir une œuvre de justice individuelle absolue. Elle a accompli une œuvre de justice et de morale sociales^ ce qui est bien différent ».
On ne leur fait pas dire. Ils l'avouent spontanément. Leur justice sociale se fonde sur l'injustice individuelle^ leur morale collective sur l'iniquité particulière.
Et ce sont les mêmes hommes qui opposent à la doctrine socialiste de l'intervention de l'État cette réponse superbe: « L'État ne nous doit que l'armée et la justice. Le reste est de l'individu. » Les voilà maintenant qui veulent faire le bonheur de cette entité métaphysique, le corps social, par la violation avouée du droit de l'individu naissant qu'un destin mauvais jette en pâture à la violence des forts.
Au moins, les communistes nous offrent l'égalité dans l'oppression.
Ni communistes, ni économistes, nous nous maintenons sur le fondement solide du droit de l'individu, et nous n'invoquons l'autorité sociale que pour le garantir, le protéger, le défendre contre la violence des coalitions d'intérêts. C'est la République.
DECLASSES o7
DÉCLASSES
Le coup de pistolet du cocher Moore et l'attentat de Vaillant ont fait reparaître à la lumière tous les vieux articles que je lis depuis trente ans sur les déclassés. Naturellement, la diffusion de Tinslruction dans le peuple est notée par nos conservateurs comme Tagent principal de ce déclassement, qui fait les mécontents, les pousse au désordre, à la violence.
« L'instruction populaire, dit M, Magnard, est toujours inutile et souvent nuisible Les masses ne
sont pas plus heureuses depuis qu'elles savent lire, personne ne leur ayant en même temps appris à raisonner. » Conclusion : la fermeture des écoles ? Ils n'oseront jamais le dire.
C'est qu'on peut écrire autant d'articles qu'on voudra contre les avantages et les inconvénients de l'enseignement populaire : la cause du développement intellectuel de l'homme est désormais gagnée. L'article de M. Magnard retarde de cinquante ans. La science a pris son vol : on ne la fera pas rentrer dans le cabinet du docteur Faust.
Dans la lutte impitoyable de tous les êtres déchaînés les uns contre les autres, l'homme doit tendre nécessairement à tirer de son cerveau, comme de ses muscles, le plus possible de la force accumulée par les générations antérieures. Ne perdons pas notre temps à discuter ces choses.
Moore était à l'école sous l'Empire ; Vaillant a été
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élevé par les frères. Ils seraient sortis hier de Técole laïque, que cela ne prouverait pas davantage. Il y a eu des violents de tous les temps. Ils savent lire quand tout le monde sait lire, voilà tout. Y en aura-t-il moins quelque jour, grâce à un enseignement plus rationnel et à une éducation meilleure? C'est possible et même probable. Pourtant, l'impulsion héréditaire ou acquise, favorisée par les circonstances, jettera, pendant longtemps encore, certains hommes en dehors des sentiers battus de l'honnête et paisible médiocrité.
Mais quelle singulière erreur de croire, comme M. Magnard, qu'on peut rendre les hommes heureux en leur apprenant à raisonner. Qu'il s'interroge luimême. Il s'apercevra qu'il n'y a rien de plus relatif que la félicité qui naît d'un syllogisme bien construit et d'une conséquence déduite suivant des règles de Port-Royal.
Apprendre à raisonner pour être heureux serait pour l'homme une nouveauté singulière, lui, dont le bonheur est fait de sentiment bien plus que de raison. Est-ce que le grand motif d'impulsion chez l'homme n'est pas le sentiment ? Est-ce que le principal office du raisonnement n'est pas, le plus souvent, d'expliquer, de justifier, après coup, l'action plus ou moins consciemment impulsive? Le sentiment trompe assurément. Et le raisonnement donc?
Enseignez! Ensemencez! La loi de l'homme, c'est que la bonne graine qui germe dans son esprit, en mûrissant, étoutTe l'autre. Les Jésuites qui ont élevé Voltaire, vous diront que le semeur ne peut pas toujours prévoir la moisson. Mais la moisson vient 1 A travers tout, l'humanité grandit. Pour un poisson qui naît dans la mer, des milliards de milliar':